Et si nous nous échappions de la ville, un instant, pour rêver ? De lucioles et d’étoiles ? Le documentaire Pollution lumineuse / Une lumière allumée, clin d’œil à l’obscurité du Strasbourgeois Coco Kimenau « réalisateur/photographe naturaliste poétique » t’invite à regarder autour de toi et te questionner sur les lumières de la ville, tout en t’émerveillant de celles de la nature. Un docu d’une poésie folle qui t’emmène loin, réalisé par un raconteur d’histoires passionné d’astronomie. À regarder dans le noir, lové sous un plaid.

59 minutes et 42 secondes

Pendant le confinement, les sorties étaient limitées à 1h et dans un rayon de 1 km autour du domicile. Mais quand ton périmètre s’arrêtait à une arène pavée de béton, que la première forêt à l’horizon était hors-champ, et que les parcs étaient fermés, difficile, alors, de rêver des grands espaces.

Pour combler ce vide et te rappeler la beauté du monde extérieur, Coco Kimenau avait sorti, au milieu de ce printemps si particulier de nos vies, sa dernière vidéo, sur sa chaîne YouTube, pour nous embarquer dans une expédition à travers champs et forêts.

© Coco Kimenau

Un voyage qui ne requérait ni justificatif, ni l’abandon de son domicile.

Presque comme nos sorties de l’époque, son docu dure 59 min et 42 secondes. Alors, s’il avait fallu cocher une case sur l’attestation, je crois que j’aurais mis « déplacements pour motif de rêve et d’évasion ».

Les lucioles et nos grands-pères

Avant tout cela, dans le monde d’avant, j’étais allée, pour Pokaa, à la rencontre de Coco. À la fin de l’été dernier, dans la fraîcheur de la nuit, à l’orée d’un champ, les yeux levés vers le ciel, il m’avait posé une question. « Où sont passées les lucioles ? ».

Une luciole filmée, tout jeune, avec son caméscope d’antan.
Capture d’écran de « Pollution Lumineuse /
Une lumière allumée, clin d’œil à l’obscurité « 

Ce soir-là, il était l’interviewé, et pourtant, avec ces quelques mots, il m’interrogeait. En évoquant son grand-père, et ses souvenirs de lucioles filmées par son vieux caméscope retrouvé dans son grenier, il me replongeait dans les miens. Ceux d’un pépé qui capturait dans ses mains des étoiles volantes et bourdonnantes pour les montrer à l’enfant de la ville que j’étais. Fascinée et effrayée à la fois, je regardais la lumière filer au travers des doigts ridés de mon Pépé. Quand il les ouvrait, la lumière s’envolait. J’avais 6 ans, et je découvrais les lucioles.

Depuis, le Pépé est parti. Et avec lui, les lucioles de mes souvenirs. Et je n’y ai plus repensé, avant cet instant.

Sous les étoiles, Coco m’annonçait cette nuit-là, monter un documentaire sur la pollution lumineuse. Comment la lumière des villes a dévoré la lumière des lucioles, et celles du ciel. Quelques mois plus tard, après des mois de couvaison, alors que c’était à notre tour d’hiberner : ce petit bijou de poésie vit enfin le jour.

© Coco Kimenau

Confinés mais éclairés

En commentaire sous sa vidéo, Coco écrit qu’il s’interroge sur « l’impact de la pollution lumineuse sur l’environnement, sur l’être humain et sur sa capacité à rêver ». Et notait qu’« alors qu’environ 3 milliards d’êtres humains sont confinés, des lampadaires restent allumés et éclairent des rues vides en consommant de l’énergie ».

Coco Kimenau, au milieu du sur-éclairé Times Square, à New York.
Capture d’écran de « Pollution Lumineuse /
Une lumière allumée, clin d’œil à l’obscurité « 

Il suffisait d’ouvrir nos fenêtres pour le vérifier : même désertées, nos rues n’en restaient pas moins éclairées. Et si nous profitions de ce post-confinement, pour regarder le monde autrement ? Pour réinventer nos demains ? Ne serait-ce pas à notre tour, d’en ressortir éclairés ?

Coup de projecteur

Comme une lumière braquée sur les zones d’ombre d’une société qui a peur du noir, la vidéo de Coco nous questionne sur nos habitudes, et nous informe sur l’éclairage. Celui des villes, des projets de pubs dans le ciel, des satellites qui passent. Et tous ces insectes qui trépassent, cette biodiversité qui trinque et notre santé à surveiller.

Un projet bien documenté, qui ne manque pas de poésie, mené depuis 3 ans, à la recherche des lucioles de son enfance. Un voyage presque initiatique qui l’entraîne aux confins du monde et du ciel.
Du Québec à Times Square, de sa chambre à sa tente, de Strasbourg à son village natal, il nous fait rencontrer d’autres passionnés qui eux, aussi, veulent rallumer les étoiles dans nos yeux. Des astronomes, des astrophysiciens qui, grâce à des initiatives collectives, un dialogue ouvert avec les municipalités, et le développement d’innovations plus écoresponsables, cherchent à remettre la voie lactée au-dessus de nos voies de circulation. Et peut-être, à sauver les lucioles menacées de disparaître à jamais, de nos prés.


« Installe-toi bien, baisse la lumière et bon voyage », nous écrivait Coco. J’avais suivi ses conseils. Depuis mon canapé, à l’époque encore confinée, j’avais attendu que le silence de la nuit gagne mon appartement ; puis avais tout éteint autour de moi, ne laissant d’allumé que mon écran : cette fenêtre vers un ailleurs, à portée de main, de clic. J’avais presque cru un instant quitter ma chambre. Puis la vidéo s’était arrêtée. Comme la petite larme, au coin de mon œil, à la fin de ces 59 minutes et 42 secondes.
Mon dernier mot pour ce documentaire sera celui-ci : lumineux.


Pour en savoir + sur Coco Kimenau & son projet Nébuleuses et Cacao :
Sa chaîne YouTube
Son Instagram
Sa Page Facebook

[Pour (re)lire son portrait sur Pokaa : c’est par ici]


>> Fanny SORIANO <<

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