Couverture : © Capture écran du film Hippocrate


Depuis le début de la crise du Covid-19, la France tourne au ralenti. Seules les personnes exerçant un métier “indispensable” doivent continuer de travailler selon le gouvernement. Hormis le personnel soignant, qui est plébiscité chaque soir au travers des applaudissements des Français et à raison, on a voulu donner la parole à différents corps de métier, qui ne peuvent pas arrêter de travailler sans que les conséquences soient lourdes. Ils travaillent dans les services techniques des hôpitaux, prennent soin des personnes en difficultés ou nous permettent de remplir nos frigos, on a décidé de jeter un œil par le judas, pour observer le quotidien de ces Strasbourgeoises et Strasbourgeois, qui poursuivent leur activité professionnelle pendant le confinement. Et sans qui, notre petit monde, tournerait bien moins rond. En bref, les indispensables.
Le premier article de cette série est consacré à Bruce*, jeune alternant, technicien de maintenance climatisation dans les hôpitaux strasbourgeois et principalement à l’hôpital de Hautepierre.


La plupart du temps, Bruce travaille à l’hôpital de Hautepierre. Il porte une tenue d’hôpital et sillonne les couloirs du gigantesque bâtiment. Mais il n’est pas soignant. Le jeune apprenti exerce une activité rarement mise en lumière, mais pourtant essentielle au bon fonctionnement de nos services hospitaliers : technicien de maintenance climatisation. Son métier consiste, comme il l’explique : “à s’assurer du confort des patients et des médecins et des infirmières, qui luttent en première ligne face à l’épidémie de Covid-19. À l’aide d’une supervision, il gère l’éclairage, le chauffage, la climatisation, mais surtout : le flux d’air dans les chambres des patients infectés. L’objectif ? Contrôler que des particules volatiles du virus ne s’échappent pas de la chambre et éviter toute contamination. Du haut de ses 19 ans, Bruce s’assure donc que soignants comme patients, vivent dans les meilleures conditions leurs moments à l’hôpital

© Onisep TV


Mobilisé sur les urgences Covid-19, en pleine pénurie de protections

Bruce n’a pas encore terminé ses études et exerce donc son activité en alternance. D’un commun accord, le lycée dans lequel il passe son BTS et son supérieur, ont décidé de garder le même rythme que d’habitude, qui varie régulièrement. Il peut donc aussi bien ne travailler qu’une semaine entreprise avant de retourner en cours, tout comme un mois entier. Depuis que l’hôpital de Hautepierre est passé en Plan Blanc, le jeune alternant doit se concentrer sur le plus urgent, là où les patients atteints du Covid-19 sont placés.

Il raconte qu’au début, les masques étaient réservés aux patients et aux infirmières en réanimation : “Si on devait intervenir, on devait demander pour qu’ils nous donnent un masque. Sinon, on avait rien. Et pour les gels hydroalcooliques, en fait, plusieurs personnes les volaient, alors ils les ont tous enlevés et gardés dans les bureaux. Donc, même ça, on n’y avait plus accès.


Cinq collègues sur treize, infectés par le Covid-19

Et ce manque de protection n’a pas été sans conséquences. Rapidement, un des collègues de Bruce est infecté par le Covid-19 : Il l’a filé à un autre, qui l’a filé à un autre et ainsi de suite. Jusqu’à ce qu’au final, cinq personnes soient infectées, sur les treize de l’équipe. Aujourd’hui, le jeune homme assure que certains de ses collègues se sentent déjà mieux. D’autres toussent encore un peu : mais les médecins ont dit qu’ils étaient aptes à revenir travailler.

Depuis la semaine du 13 avril, l’apprenti et ses collègues disposent enfin de masques chirurgicaux. Il précise : “On n’a pas de gants, mais on a une bouteille de gel hydroalcoolique. Ça s’est fait progressivement. D’abord les zones les plus grandes, jusqu’à ce qu’il en ait assez pour nous en donner à nous. Maintenant avec les équipements, il y a moins de risques, c’est déjà beaucoup mieux comparé aux premières semaines.Par précaution, Bruce a dû passer un test, qui s’est finalement avéré négatif. En attendant les résultats, il est resté chez lui pour limiter les risques de transmission sur son lieu de travail. Mais il est de retour au travail cette semaine.


Dans les couloirs, méfiance et un stress palpable

En général, quand les patients nous croisent, ils ont toujours une petite frayeur, car on porte une tenue des hôpitaux, donc ils restent à l’écart, de peur de se faire infecter.précise le jeune homme. Quant au personnel soignant, ce sont des femmes et des hommes stressés, que Bruce observe s’agiter : “J’en ai vu courir à droite à gauche dans les couloirs. Ils n’ont même plus le temps de nous dire bonjour. Ou alors, quand ils ont un problème, ils nous appellent, mais on favorise les relations à distance.

Même lorsqu’il suit ses cours à la maison, le technicien de maintenance garde le contact et continue de prendre des nouvelles de ses collègues. Certains lui racontent leurs pauses déjeuner en solitaire : Ils se mettent dans des bureaux seuls, pour manger. Comme ça, ils respectent les mesures de sécurité.

© Capture écran du film Hippocrate


Inquiétudes familiales et financières : une situation quotidienne anxiogène

À seulement 19 ans, Bruce a beaucoup de choses à gérer pendant cette crise sanitaire. Comme l’inquiétude de sa mère, chez qui il habite : Au début, elle avait vraiment peur, elle paniquait beaucoup. Les semaines où je suis à la maison, elle est bien plus sereine. Pour la mère de famille, c’est un peu l’ascenseur émotionnel, les craintes s’apaisent et refont surface, au fil de l’emploi du temps son fils. Et si au départ, Bruce ne stressais pas d’être en première ligne, en voyant son entourage être infecté par le virus, l’angoisse de le transmettre à sa mère l’a rapidement gagnée : Elle est quand même plus âgée et elle fume. Je me suis dit : comment je vais faire si je lui file ?

À ça s’ajoutent les craintes liées aux études. En plein BTS, l’apprenti devait passer ses épreuves à la fin de l’année. Et alors que le gouvernement annonçait le 3 avril dernier, que la validation du diplôme se ferait sur la base des moyennes obtenues tout au long de l’année hors période de confinement, certains de ses professeurs envisageraient tout de même d’autres contrôles.

Pour le moment, Bruce explique vivre relativement bien le fait de continuer à travailler pendant le confinement : Savoir que je peux sortir au moins pour aller travailler, c’est toujours mieux que de rester à la maison, ça me permet de me libérer un peu du confinement. Je sais que j’ai des amis qui deviennent fous à force de rester à la maison.” Ce qui le préoccupe, c’est surtout les risques financiers, pour sa mère et lui. Elle louait un cabinet d’esthétique avec une autre collègue, en indépendante et a donc dû cesser de travailler. Et comme Bruce le résume si bien : “Pas de clients, donc pas d’argent.” Alors pour vivre, la famille dépend du salaire d’alternant du jeune homme, inférieur au SMIC. Dans ces conditions, difficile d’envisager la suite sereinement : “Je me dis qu’il faut encore qu’on tienne le mois d’avril, jusqu’à mai. Et imaginons qu’ils rajoutent des jours de plus de confinement…



*Le prénom a été modifié.

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