A chaque élection, c’est la même rengaine. Les sondages tombent comme des mouches, disant tout et son contraire, avec des panels aussi représentatifs que si tu demandais à ton voisin d’élire le nouveau maire. Dès lors, on a décidé de commander nos propres sondages, en allant chercher des expertises inexplorées. On est alors allé voir Philippe de Verduron, voyant et tarologue pour qu’il nous dévoile en exclusivité qui remportera le trône de maire de Strasbourg.

Le moment spoiler

Si jamais vous n’êtes pas friands de l’expérience ésotérique, voici quelques informations quant à ce que Philippe de Verduron, le voyant que je suis allé consulter, a pu me dire concernant les municipales à Strasbourg.

Partie 1 : L’attente

Mener des sondages, quand on veut le faire bien, a toujours quelque chose de stressant. L’envie de faire les choses de manière éthique et déontologique, de prendre le panel le plus représentatif possible. Et non pas uniquement suivre le sens du vent en interrogeant juste un peu plus de 1 000 personnes. Pour cela, rien de mieux que le monde ésotérique qui, comme le monde des statistiques, repose sur une science éloignée du commun des mortels. Seule, mais néanmoins importante, différence : le monde ésotérique est quand même largement moins prétentieux, ce qui le rend bien plus fun.

Philippe de Verduron est encore au téléphone avec une personne quand j’arrive et je suis donc invité à patienter dans une salle d’attente en-dehors de son appartement. Le paillasson hibou me souhaite la bienvenue, je suis rapidement mis en confiance. Je sens le plancher, que j’imagine en bois lustré, craquer sous ses pas. Il se rapproche, le stress monte. Il ouvre la porte…

Partie 2 : La rencontre

C’est un homme souriant qui m’ouvre la porte. Très vite, je passe dans le couloir du grand appartement qui renferme bien des secrets de voyance. Première réflexion que je me fais : c’est rempli de chouettes et de hiboux. Philippe détaille : « Dans le monde ésotérique, le hibou et la chouette sont les gardiens dans le monde spirituel et des protecteurs ! De mon côté perso, c’est un lien à ma grand-mère qui était aussi médium voyante et qui y a voué une grande passion dans le domaine de la voyance ! C’est un clin d’œil à sa mémoire, c’est affectif ! »

S’il a un don de voyance par sa grand-mère, il l’exerce par vocation, il en fait depuis 25 ans. Il reste également à l’écoute et très modeste sur son don. Il se considère comme apolitique, et pas forcément au fait des arcanes de la politique strasbourgeoise. C’est donc de manière très neuve, sans a priori, qu’il va m’accompagner dans ce voyage pour découvrir qui, de façon sûre et certaine, va remporter le trône. Je rentre dans son grand bureau, une pièce baignée de lumière, remplie de cristaux et d’objets ésotériques plus intrigants les uns que les autres. Je m’installe dans un grand fauteuil en bois, en face de lui. Un peu d’appréhension, ce sentiment de stress et d’attente avant un moment que l’on sait déterminant. La séance peut commencer.

Partie 3 : La séance de voyance

Je lui fournis les photos de chaque candidat, pour qu’il puisse se familiariser avec leur visage. Mais aussi leur date de naissance, inscrite au dos. Après avoir inspecté chaque candidate et candidat, il réalise déjà un premier choix, pour déterminer celles et ceux qui passeront la barre des 10 %, pour rejoindre le second tour. Il ne sent pas vraiment Kevin Loquais ni Chantal Cutajar. Pour cette dernière, il s’engage néanmoins en la voyant au-dessus des 5 %, c’est-à-dire dans la position de se faire rembourser ses frais de campagne. Premier scoop d’importance. De manière plus surprenante, si l’on tient compte des sondages « officiels », il ne voit pas du tout Hombeline du Parc passer le cap du premier tour ! Deuxième révélation, dès les premières minutes de la séance.

Je le vois ouvrir son grimoire, pour vérifier ses intuitions à l’aide d’un peu d’astrologie. Le grimoire est ancien, les pages sentent bon les vieux livres. Son choix se porte sur un quatuor Barseghian/Fontanel/Trautmann/ Vetter. Dans cette quadrangulaire, il voit une liste à 11 ou 12% et une autre liste avoisinant les 15%.

Il sent que la ville de Strasbourg semble divisée entre celles et ceux qui veulent faire jeune, rester dans l’ambiance d’une ville qui bouge et au contraire, les gens qui incarneraient le ras-le-bol de voir une ville constamment évoluer et donc un retour à des temps plus anciens.

Spontanément, et avec l’astrologie, ce sont Fontanel et Trautmann qui se démarquent. La raison ? Ils sont chacun sous deux planètes Capricorne, qui sont connues pour donner de la chance et de la réussite. Il me fait une dernière confession avant de tirer les cartes : « Celui qui va prendre la place de Ries va être beaucoup mieux. Il va améliorer ce qui a été fait. »

Partie 4 : Le tirage des cartes

Effectivement, il faut réussir à ressentir le climat autour de ces élections. Pour cela, il faut tirer les cartes. Il enlève alors les cristaux, « qui soignent et nettoient à travers les pierres », sur le paquet de cartes et me propose alors de les tirer. Tout d’abord, je dois les couper main gauche. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans le symbolisme les énergies rentrent dans la main droite et finissent par la gauche, la main du coeur.

Je dois alors me concentrer sur chaque candidat, individuellement, puis tirer une carte. Première candidate : Catherine Trautmann. Je me concentre, je choisis une carte, Philippe tressaille. Je découvre une carte délavée, la carte du monde. « La carte du monde représente le nouveau monde, qui envoie la lumière sur la situation de la personne. Là, Mme. Tautmann a le monde en elle, elle a la possibilité d’avancer de la façon dont elle veut. » Pour Philippe, l’affaire est donc presque pliée. D’entrée de jeu. Pas de bol pour le suspens.

Pour Jeanne Barseghian, c’est la carte du jugement qui sort. « Le jugement indique qu’elle sera jugée sur ce qu’elle est. Il y a de l’ouverture, des possibilités mais trop de contradictions. » Philippe précise également qu’elle a l’air d’avoir du monde à ses côtés, ce qui peut être une bonne comme une mauvaise chose. Pas de quoi viser la mairie néanmoins.

Vient le tour d’Alain Fontanel. Je me concentre sur son visage et tire la carte du soleil. Philippe réagit avec entrain. « Avec le soleil, les gens sont bien, heureux, la personne a grande chance de son côté, mais moins que le monde quand même. » Le rebondissement fait frissonner mon échine. L’affaire n’est donc pas jouée d’avance ! Arrive enfin Jean-Philippe Vetter, pour qui je tire la carte du diable. Philippe ne cache pas son désarroi : « La carte du diable est l’une des cinq plus mauvaises. Il ne réussira pas ce qu’il entame ni ce qu’il veut. Il vaudrait mieux s’orienter vers autre chose. »

Partie 6 : Le deuxième tirage

Les dés ne sont pas encore jetés puisqu’il faut retirer une deuxième fois les cartes, de façon à avoir la lecture la plus juste possible de ce qu’il va se passer. Je recoupe main gauche. Pour Jean-Philippe, s’il n’avait aucun espoir après le premier tirage, la carte de l’impératrice lui permet d’espérer trouver sa place dans la prochaine municipalité. Mais sans plus.

Pour Jeanne Barseghian, c’est la tempérance qui vient s’ajouter au jugement. « Placées ensemble, les deux cartes montrent une personne posée et sage, qui a de bonnes idées. Et elle pourra sans doute tirer son épingle du jeu dans la mairie. » Sans pour autant prendre le trône.

Avant que je ne tire la carte pour Alain Fontanel, Philippe me fait une confession : « Il me fait quand même chtiber ». Une façon très bas-rhinoise de dire que Fontanel lui fait peur. En langage voyant, cela présume un tirage favorable. Gagné : je tire la carte de l’étoile. Soleil/étoile : duo gagnant. « C’est la meilleure combinaison possible. Les étoiles éclairent la nuit et le soleil éclaire le jour. Soleil avec l’étoile, s’il ne réussit pas y a un problème. »

Il restait néanmoins Catherine Trautmann, la favorite de Philippe dès le départ. Mais dans la dernière ligne droite, la bonne étoile de l’ancienne maire de Strasbourg semble s’éteindre. Je tire la carte du fou. Revers de la médaille. Surprise twist. « La carte du monde lui avait donné une longueur d’avance. Mais elle vient d’avoir un fou, qui donne échec au roi. » Ou, dans ce cas précis, échec à la reine.

Alors que tous les voyants – #jeudemots – étaient au vert pour Catherine Trautmann jusqu’au dernier tirage, Philippe est donc catégorique : Alain Fontanel sortira vainqueur des élections municipales de Strasbourg.

Partie 7 : La conclusion

Je quitte alors l’appartement de Philippe, encore un peu sonné de ce qu’il vient de m’arriver. Les planches craquent comme mes certitudes sur tout ce que j’avais pu entendre sur la campagne jusqu’à présent. La sensation est agréable ; comme si le monde des possibles s’était ouvert devant moi. Le soleil brille sur Strasbourg, comme un symbole.


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