Photo de couverture : Clybee

Tu mérites plus qu’une journée, toi qui m’a porté dans ton ventre pendant neuf mois. Mon premier souffle dans une maternité déjà débordée, épuisée par un combat avec des contractions vicieuses pendant plus de sept heures à supplier le dieu de la péridurale pour que le calvaire s’achève et que l’agitation insupportable de ton bas-ventre se calme. Mon premier cri sur une planète chaotique à chercher ta peau rassurante, couverture de soie tiède indestructible me protégeant de l’agitation des géants qui parlent fort. Ma première nuit contre ton sein sentant le battement de ton cœur, ta respiration et la douceur de tes paroles apaisantes. Il y eut mon premier cauchemar à combattre un monstre imaginaire crachant du feu et rampant au plafond, en boule sous une couette épaisse, à transpirer jusqu’à ce que tu entendes mes cris et que tu viennes me réconforter en pleine nuit. Ma première rentrée des classes, terrifié devant la grille de l’école maternelle Saint-Jean, un doudou au bord de l’asphyxie à la main, me demandant si j’allais survivre dans cet énorme bâtiment anonyme. Ma première bagarre dans la cour, à coup de râteau, de sable dans les yeux et de crachats gluants en plein visage.

Tu étais là pour m’encourager lorsque je n’arrivais pas à poser une division ou à réciter un poème de Jacques Prévert, pour panser mes genoux écorchés après ma première chute à vélo, en équilibre précaire sans les petites roues ou pour soigner une fracture ouverte du cœur après avoir été largué pour la première fois en rentrant d’une colonie de vacances dans les Vosges. Mes premières désillusions à l’adolescence, quelques poils sur le menton à jouer à l’anarchiste, un exemplaire de Charlie Hebdo dans la main, tu m’as expliqué que la vie n’est ni noire, ni blanche mais grise et que s’il y a des mauvais moments, il y en a aussi des bons. Lorsque je percutais un camion en plein milieu de la nuit en rentrant de Colmar, les pompiers me demandèrent si je souhaitais contacter quelqu’un, c’est ton numéro qu’ils composèrent, le plus naturellement du monde. J’avais besoin d’entendre ta voix et de te dire que tout va bien malgré l’état d’une Fiat Uno qui ressemblait davantage à une compression de César de mauvaise qualité.

Tu étais présente à beaucoup de premières fois, pas à toutes heureusement, mais si j’ai pu devenir ce que je suis actuellement, c’est en très grande partie grâce à toi, à tes conseils, ta présence et ton amour et parce qu’en tant qu’homme, il y a beaucoup moins de possibilités de subir les premières fois dramatiques dont tu as peut-être été victime mais que la pudeur t’interdisait de me raconter.

Le premier viol comme pour 12% des Françaises ou le premier geste sexuel sans consentement comme pour 43 % d’entre-elles – Le  premier coup reçu et pour certaines, le dernier, lorsque celui-ci est assassin, comme pour 220 000 femmes victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Parmi elles, 3 femmes sur 4 déclarent même avoir subi des «faits de violences répétés» et 8 sur 10 auraient également été soumises à des atteintes psychologiques et/ou des agressions verbales.

Tu mérites plus qu’une journée, plus que des miettes de marketing hypocrite mais une reconnaissance permanente, du respect, de la compassion, de l’égalité, la légitimité d’aimer qui tu veux et comme tu veux, d’avoir accès à un métier qui te passionne, de faire l’amour seulement quand toi tu le souhaites, de baiser sans être traitée de salope, de dire NON, de mettre un décolleté ou une mini-jupe sans être sifflée, insultée ou tripotée, de t’épanouir, d’avoir un avis et de le crier haut et fort, d’être ivre sans craindre de retrouver du GHB dans ton verre, de ne pas être considérée uniquement comme une femme d’intérieur, la mère des enfants, une poupée Barbie ou un objet sexuel. Tu mérites de jouir, de t’engager en politique, de diriger des entreprises et des hommes, de gagner autant ou plus que ton mari, de ne pas te maquiller ou de ne pas mettre de talons, de ne pas t’imposer de régime pour plaire aux autres, de t’aimer, d’avoir ou non des enfants, de rester célibataire ou d’être en couple, de ne pas avoir à te justifier en permanence à chaque repas de famille. Tu mérites d’être considérée, écoutée, de créer, de choquer et d’avoir les moyens de le faire.

Tu mérites d’être défendue lorsqu’on te met une main aux fesses dans le tram et d’être écoutée lorsque tu portes plainte. Tu mérites d’exister et de te faire entendre, de te rebeller, de t’énerver, de surprendre, de faire la gueule ou de sourire, de demander de l’aide ou de te débrouiller toute seule, d’emmerder le monde et de vivre comme tu l’entends.

Ce « TU », ce n’est pas seulement Adèle Haenel, Virginie Despentes, les Femen ou Simone de Beauvoir, c’est une mère, une sœur, une femme, une fille, une tante, une amie, une maîtresse, peu importe, c’est un être humain avec des sentiments, des envies, des droits, 365 jours par an et non pas juste une journée.

9 COMMENTAIRES

  1. J ai pas pour habitude de laisser des commentaires, mais ce texte est criant de vérité. ELLES sont LA pour nous les hommes à penser nos bobos à supporter nos humeurs je dis un grands merci aux femmes qui m entourent. Que ce soit ma femme ou ma maman ou ma soeur. MERCI
    JE VOUS AIME ET JE NE RENDRAI JAMAIS CE QUE VOUS ME DONNEZ CAR C EST TELLEMENT.

  2. Mwé, voilà le discours d’un mec pas sur de sa sexualité ou quelqu’un qui se croit feministe. Ça ne va pas t’aider à coucher plus…

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