Le collectif Les morts de la rue réalise le décompte des personnes sans domicile qui meurent en France. Strasbourg est l’une des villes où le plus de décès sont recensés. Depuis le 1er janvier 2019, au minimum 27 d’entre eux ont trouvé la mort. Contrairement aux idées reçues, ces disparitions n’ont pas lieu qu’en hiver mais à toutes les périodes de l’année. Une grande mobilisation citoyenne pour le droit au logement et contre l’exclusion sociale a lieu en ce moment, à travers l’ouverture de squats ou la dénonciation de l’arrêté « anti-mendicité agressive » pris par le maire de Strasbourg.

Au moins 29 personnes sans domicile fixe sont décédées dans le Bas-Rhin, dont 27 à Strasbourg, depuis le 1er janvier 2019. Le collectif « Les morts de la rue » réalise le décompte des personnes qui meurent du fait de vivre dans la rue en France. Celui-ci comprend donc aussi les SDF qui meurent par exemple à l’hôpital des suites de la dégradation de leur état de santé lorsqu’ils vivaient dehors. « La liste n’est en rien exhaustive » peut-on lire sur le site internet.

L’association strasbourgeoise Grain de Sable fait partie du collectif « Les morts de la rue ». Son objet : « montrer la situation des personnes sans-abri qui voient leur état de santé gravement altéré au point d’en mourir et alerter sur les autres situations qui les conduisent à une mort solitaire. » L’association s’assure aussi que « les funérailles des morts de la rue aient lieu dans des conditions dignes et respectueuses de la condition humaine. » Elle est constituée d’anciens sans-abris, de personnes issues du milieu associatif, ou encore de retraités.

Strasbourg, une ville sous tension

Guillaume Keller-Ruscher, porte parole de l’association, explique que Strasbourg est une ville « sous tension » :

« Après Paris, avec Lyon et Marseille, Strasbourg est une des villes de France dans lesquelles on meurt le plus dans la rue. Il y a énormément de personnes dehors, qui sont isolées, qui dorment seules dans leur voiture, ou cachées. Une grande partie de l’iceberg n’est pas visible. C’est aussi lié au grand nombre d’arrivées de demandeurs d’asile qui peuvent se retrouver dehors sur de longues périodes. »

Beaucoup de décès recensés en été

D’après le décompte, l’idée selon laquelle les sans-abris meurent majoritairement de froid en hiver est fausse. En 2018 à Strasbourg, une personne est morte en janvier et une personne en février. En juin, 3 personnes sont décédées, 2 en juillet et 3 en août. En 2019, 6 personnes sont mortes en janvier et février, et 5 en juin et juillet. Guillaume Keller-Ruscher s’exprime à ce sujet.

« Bien-sûr, certains meurent de froid, mais souvent on trouve plus de morts au printemps et en été, notamment lors des canicules du fait de la déshydratation et à cause de l’effet de la chaleur sur des personnes qui sont en état grippal par exemple. En plus, en hiver, les moyens alloués par l’état sont supérieurs. »

En effet, le plan hivernal prévoit 321 places d’hébergement d’urgence supplémentaires dans le Bas-Rhin, dont la majorité à Strasbourg. Les maraudes d’associations sont plus fréquentes. Malgré tout, de nombreuses personnes dormiront encore dehors d’après Guillaume Keller-Ruscher :

« À Strasbourg, par rapport à d’autres villes, beaucoup de choses sont faites. Les citoyens se sont bien mobilisés, notamment avec l’ouverture de squats. Il faudrait encore plus de places d’hébergement d’urgence, et arrêter de loger des gens pour 2-3 jours et leur dire de partir après. Si on veut sortir des personnes de la rue, les places doivent être pérennes et liées à de l’accompagnement… sinon c’est juste un pansement. »

Comment s’impliquer ?

Effectivement, plusieurs collectifs et associations appuient les sans-abris à Strasbourg. Des collectifs informels ont pris l’initiative d’ouvrir des squats. L’hôtel de la rue et le squat bugatti, permettent de loger 300 à 400 personnes dans la capitale alsacienne. Sinon, des associations telles qu’Abribus, la Croix Rouge ou encore le Secours populaire réalisent des maraudes et/ou du soutien alimentaire.

Le squat Bugatti, ouvert par un collectif informel en septembre, permet de loger des personnes en grande précarité.

Guillaume Keller-Ruscher insiste sur un autre point :

« Beaucoup de personnes ignorent les sans-abris, c’est déshumanisant. Il est impératif de les considérer, de leur montrer qu’ils existent, cela change tout. Et puis il faut être vigilant. Si une personne paraît en détresse, il ne faut pas hésiter à appeler le Samu ou le 115 (numéro d’appel pour l’hébergement d’urgence). »

En marge, un collectif contre l’exclusion

Le collectif en marge, créé suite à « l’arrêté anti-mendicité agressive » signé par le maire de Strasbourg le 25 avril 2019, lutte contre toutes les formes d’exclusion des plus démunis. Ceux-ci dénoncent notamment « l’exclusion des personnes en difficulté pendant le marché de Noël, dans le but de créer une « Ville-Vitrine », dans laquelle l’espace public n’a plus qu’une fonction marchande. » Laetitia explique les motivations de la formation de ce collectif :

« On constate que les démunis sont souvent stigmatisés, qu’il y a beaucoup de clichés négatifs. On veut lutter contre ça, et montrer que la faute revient aux autorités et à ce système inégalitaire et exclusif qui crée de plus en plus de précarité. On veut aussi affirmer qu’il y a des solutions politiques qui sont envisageables comme la réquisition des bâtiments vides par la municipalité. Cela se fait déjà dans d’autres villes. »


Photo de couverture : Sweet Boobs Revolution

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