Des militants pour le droit au logement inconditionnel ont rendu public l’occupation d’un bâtiment à Eckbolsheim ce dimanche 22 septembre. L’objectif : loger des sans-abris. Une centaine de personnes devraient investir les lieux ces prochains jours, peut-être plus par la suite.

Un bâtiment de bureaux vide depuis 4 ou 5 ans reprend vie peu à peu. Nous sommes au fin fond de la banlieue ouest de Strasbourg, au 11 rue Etorre Bugatti, à Eckbolsheim. Ce dimanche 22 septembre au matin, un collectif de militants pour le droit au logement pour tous, notamment composé de sans-abris, décide de rendre public son action. Élie explique que la bâtisse devant laquelle nous sommes est discrètement occupée depuis maintenant une semaine. Le stade des 48h est donc largement dépassé, une expulsion n’est plus envisageable sans décision de justice. Le Squat Bugatti est né, son but : loger des personnes qui dorment dehors.

Kodjo, futur habitant du lieu, ne cache pas sa joie :

« Je suis arrivé à Strasbourg il y a un mois. Depuis je suis installé au camp du Glacis, et le 115 (numéro d’appel pour l’hébergement d’urgence) ne m’a jamais aidé. En plus le froid va bientôt arriver. »

Il regarde vers le bâtiment et embraye :

« Je vais avoir un toit maintenant. C’est vraiment la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Ceux qui ont toujours eu un logement ne peuvent pas s’imaginer à quel point ça change tout… Vivre dehors c’est avoir la peur au ventre presque toutes les nuits. »

Des chambres, un jardin, une cuisine collective, une infirmerie…

Ce bâtiment serait l’ancien siège de l’union des industries et métiers de la métallurgie, une filiale du Medef. Le propriétaire actuel n’a toujours pas été identifié. D’après Élie, le lieu est habitable :

« En tout, il y a 2200 m². Une vingtaine de pièces se transforment déjà en chambres, et il sera possible d’en aménager plus grâce à des cloisons et des murs amovibles de bureaux. L’eau et l’électricité sont en fonction. Beaucoup de choses restent encore à définir, mais on pense loger une centaine de personnes minimum, peut-être plus. Des pièces seront certainement dédiées à une infirmerie et à accueillir des travailleurs sociaux. Le grand espace vert dehors nous permettra de faire des activités comme du jardinage par exemple. L’un des principes de ce lieu sera l’autogestion : les habitants fixeront eux même les règles, géreront les affaires qui les concernent. »

Pour A., également du collectif, cette action était nécessaire :

«À Strasbourg comme partout en Europe, il y a un paquet de personnes à la rue, et un paquet de bâtiments vides. En tant que citoyens, vu que le gouvernement et les collectivités ne prennent pas cette situation en compte, nous faisons coïncider les deux. On a vraiment le sentiment que leurs discours, notamment celui de l’Eurométropole, c’est de l’esbroufe. Il faut arrêter, ils ont les moyens d’arranger la situation, c’est simplement qu’ils préfèrent se consacrer à des choses qui n’ont pas de sens social. Pour nous, le droit au logement est primordiale, tout être humain devrait avoir un toit. »

« Je suis vraiment heureux que cela soit mis en place. »

De nombreux collectifs et associations d’aide aux sans-abris accusent régulièrement l’Eurométropole, qui fait partie du collectif « Ville d’accueil », de ne pas être à la hauteur de ses engagements en matière d’hospitalité. Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg, rejette systématiquement la faute sur l’État, qui est légalement censé financer l’hébergement d’urgence et les logements pour les demandeurs d’asile.

Amadou est arrivé à Strasbourg il y a 4 ans, il connaît bien cette situation :

« Il y a du monde dehors : des familles, des enfants, des personnes âgées… Parfois on se sent complètement abandonnés dans la rue, on a l’impression que l’état ne fera jamais rien pour nous. Ça fait un bien fou que des personnes prennent le risque de créer un squat. Je n’arrive pas à croire que je vais pourvoir m’installer quelque-part., je suis vraiment heureux. »

Fin juillet, l’hôtel de la rue, un autre squat d’accueil de sans-abris avait ouvert ses portes au 91 route des romains. Maintenant, environ 160 personnes vivent dans cet immeuble appartenant à la Ville de Strasbourg qui était vide depuis presque 10 ans.

Le collectif qui a ouvert le squat Bugatti appelle maintenant aux dons :

« Tout ce qui peut servir pour vivre sera nécessaire : du mobilier, des matelas, des produits d’hygiène, des jouets pour les enfants… »

Dans la fin de matinée, l’information semble avoir déjà tourné dans la rue, des personnes commencent à affluer au compte-gouttes. D’ici quelques jours, ils seront certainement une centaine.


Thibault Vetter

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