Imaginez un monde où les trottinettes s’entasseraient dans vos rues et devant vos immeubles, un monde dans lequel les pistes cyclables s’appellent « pistes trottinettables » et dans lequel Yves Montand sortirait de sa tombe pour chanter “Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à trottineeeetteuuuh”. Pour de nombreuses villes, comme Paris, Bordeaux et Toulouse, cela est déjà bien réel. Mais pas à Strasbourg ! Une ville peuplée d’irréductibles alsaciens qui résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Les trottinettes électriques, cette mode envahissante

Tout a commencé sur les plages de Santa Monica, en septembre 2017, où l’entreprise Bird a installé ses premières trottinettes électriques. Des promenades tranquilles en bord de plage, ce nouveau moyen de transport s’est aujourd’hui étendu à travers le monde. Les débuts français étaient en juin 2018. Aujourd’hui, les professionnels parlent de 500 000 utilisateurs quotidien en France. Rien qu’à Paris, 12 entreprises se partagent le marché de la trottinette en libre service. En mai dernier, on comptait 40 000 véhicules et il était estimé que ce chiffre monterait à 70 000 cet été ! Alors que seulement 3% des actifs parisiens utilisent le vélo… contre 16% à Strasbourg.

Phénomène tout nouveau, que ce soit à LA, San Francisco, Paris ou Bordeaux, le problème était le même : il fallait mettre fin au vide juridique. En France, c’est chose faite depuis la rentrée 2019 ! La trottinette n’est plus considérée comme un jouet, et est entrée dans le code de la route. Tu ne peux plus rouler sur le trottoir, renverser 14 personnes et t’accrocher à une voiture avec un bretzel à la main. De belles contraventions sont prévues pour les fous du guidon !

Tout cela n’est pas près d’arriver à Strasbourg : notre ville fait de la résistance et s’accroche à sa belle culture du vélo. A quoi ressemble l’avenir de la trottinette électrique dans la capitale Alsacienne ?

Strasbourg, la ville à deux roues

Si un Parisien s’aventurait à Strasbourg, il serait surpris par l’absence de ces fameuses trottinettes électriques en libre service, et par le nombre impressionnant de vélos. Capitale française de la bicyclette, 11e ville mondiale du deux roues, 600km de pistes cyclables et 16% des actifs strasbourgeois qui font vélo, boulot, dodo. Ouais, on est pas mal ici quand on veut donner un bon coup de pédale !

D’accord, parfois des regards noirs se croisent lorsqu’un cycliste slalome Grand’Rue entre les piétons, mais qu’est-ce que ce serait avec les trottinettes électriques qui battent le pavé à 25km/h ?

Jean-Baptiste Gernet, Adjoint au Maire en charge de la mobilité alternative n’a pas l’air très emballé par ce nouveau moyen de transport.

La trottinette, du jouet au symbole du bordel urbain

Ça a été la jungle dans de nombreuses villes françaises, Paris aux premières loges, alors que les Mairies réagissaient en urgence face au raz-le-bol des cyclistes et piétons. Mais à Strasbourg, on pèse encore le pour et le contre.

Pour M. Gernet, c’est “un faux cool”, un effet de mode qui finira par passer. S’il ne diabolise pas la trottinette en elle même, c’est principalement contre le “free floating” (le fait de pouvoir laisser le véhicule n’importe où) qu’il mène le combat. “Cela mène au désordre sur l’espace public, et on en retrouve n’importe où, même dans les cours d’eau, donc je ne souhaite pas particulièrement l’arrivée du free floating à Strasbourg”.

Fabien Masson, directeur de l’association de promotion de la pratique du vélo CADR 67, est du même avis. “On a déjà pas assez de place pour circuler à pied ou à vélo, et en plus, on va se retrouver avec des camionnettes qui se garent n’importe où pour récupérer les trottinettes à recharger”.

Marcher ou pédaler pour rester en bonne santé

Les deux s’accordent aussi pour dire qu’il faut privilégier les moyens de transport actifs, ceux qui nécessitent un effort comme la marche et le vélo. On n’a pas envie de finir dans un monde qui ressemble au film Wall-E n’est-ce pas ? De plus, une étude américaine a démontré que sur un an, deux hôpitaux de Los Angeles (ville d’origine de ce phénomène) avaient enregistré 249 accidents à trottinettes. Les risques pour la santé sont donc bien présents.

Du coup, c’est foutu ? On n’aura jamais de trottinettes électriques à Strasbourg ? “On veut tout de même encourager l’alternative à la voiture individuelleaffirme Jean-Baptiste Gernet. “On prend notre temps pour être pro-actif et ne pas subir, mais peut-être que cela ne se passera pas sous ce mandat, il n’y en aura peut-être même jamais” continue-t-il.

Garder le contrôle “pour le fonctionnement harmonieux de la ville”

Garder le contrôle est la priorité de l’Adjoint. Pour se faire, la ville est en train de penser à un Appel à Initiatives Privées avec les associations de piétons et de vélos, alors que toutes les entreprises ont déjà approché la ville pour s’y installer. Un cahier des charges serait à respecter et ce sera à la ville de choisir l’entreprise en qui elle a le plus confiance. Ce cahier des charges pourrait imposer aux entreprises de brider leurs trottinettes en zone piétonne et d’installer un système d’attache obligatoire pour faire disparaître le free floating. Une redevance de 7€ par véhicule et par an serait aussi à payer par l’entreprise selon l’Adjoint au Maire.

“Je souhaite un fonctionnement harmonieux de la ville, et c’est la cohabitation entre piétons et trottinettes qui m’inquiète le plus pour le vivre ensemble”. Voilà pourquoi il souhaite garder le contrôle. Mais si vous avez votre propre trottinette et pensiez pouvoir circuler dans un flou juridique, c’est raté : l’utilisation de ce type de véhicule (trottinette, hoverboard, skateboard électrique, jetpack du turfu etc…) a été réglementée depuis la rentrée 2019 !

Limitation à 25km/h, interdiction de rouler sur les trottoirs, interdiction de rouler sur les routes limitées à plus de 50km/h, et d’autres règles sont à respecter, et à lire ici. Et oui, on rigole moins là !

Si vous n’avez pas attendu l’arrivée de la location pour vous déplacer en trottinette, pas d’inquiétude, la Mairie et CADR 67 ne vous détestent pas. “Une personne qui achète sa trottinette, qui dépense plus 300€, va en prendre soin, va savoir l’utiliser, et ne va pas la mettre n’importe où” explique Fabien Masson.

Et toi, t’es dans quelle team ? Team vélo ? Team Piéton ? Team Trottinette ? Nous on attend la neige pour se déplacer en snowboard !

AURÉLIEN BOURON

6 COMMENTAIRES

  1. Et sinon… la fin de votre article sauve tout le reste. Effectivement quelqu’un qui achète sa trottinette électrique est plus précautionneux que quelqu’un qui la loue ! L’utilisateur propriétaire fait attention quand il roule, il ne jette pas sa trott n’importe où…. Vraiment c’est très important de différencier l’utilisateur/propriétaire et l’utilisateur free-floating.

    Concernant la loi, elle n’est pas encore appliquée… celle-ci est toujours en cours de validation.

    https://www.mobilityurban.fr/reglementation-de-circulation-des-trottinettes-electriques.html

  2. En temps que cycliste, je trouve que l’apparition des véhicules individuels électriques rend la conduite plus complexe, du fait des accélérations rapides de ces engins, et d’un comportement parfois déconcertant de leurs usagers. De plus la station verticale des individus rend la confusion avec des piétons possible.
    Cependant, pour des personnes n’ayant pas les capacités physiques pour faire leurs trajets quotidiens en vélo (où sont le trajet est trop long), je comprends l’utilité de la chose.

  3. Excellente chose … quand on voit le bordel que c’est dans les autres villes où c’est déjà en place, c’est déjà assez compliqué de faire cohabiter cyclistes, tram et voiture …

  4. Pour celui qui connait l’anarchie qui prévaut dans la conduite du cycliste strasbourgeois, cet article fait doucement sourire : ça roule sur les trottoirs (sans piste cyclable) tout en klaxonnant sur le pauvre piéton, les feux rouges n’existent pas encore moins les sens interdit non autorisé au vélo, le frein est interdit d’utilisation et l’éclairage nocturne ultra rare…. Alors avant de faire la morale…. Encore une fois, les propriétaires respectueux de trottinettes électriques font les frais de l’incurie du législateur. Qui pouvait croire qu’un free floating non régulé n’allait pas entraîner une telle anarchie? Si le législateur avait imposé d’emblée des règles simples aux entreprises dès l’installation on n’en serait pas là.

  5. La réglementation sur l’utilisation de la trottinette électrique n’est pas encore en application. Un décret (prévu en septembre 2019) devait préciser les règles de circulation et permettre l’utilisation de la trottinette électrique sur les pistes cyclables mais il n’a pas encore été adopté. Donc à ce jour la trottinette électrique n’a pas le droit de circuler sur la voiries publiques (source : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F308)

  6. Tant Mieux. Et pour tous les usagers, et pour toute une génération qui se la pète sportif et qui est incapable de faire 10 bornes à vélo, dans une agglomération aussi plate qu’une limande. Maintenant, il serait temps de serrer le kiki aux portefeuilles des cyclistes anar’. A commencer par les livreurs !

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