Dans un village à 25 kilomètres de Strasbourg, Dorothée Steinmetz, fille d’agriculteur, a convaincu ses parents de transformer un bâtiment agricole en un espace dédié à la culture. Le but : amener l’art contemporain dans un autre environnement. Les habitants des alentours mais aussi des strasbourgeois viennent en nombre pour voir l’exposition des œuvres de 5 artistes au sein de ce lieu insolite.

La Serre – Thibault Vetter

À 25 kilomètres de Strasbourg, tout au bout du village de Neugartheim qui compte environ 400 habitants, une grande affiche colorée accrochée sur une grange attire le regard. L’inscription « La Serre, on y parle de culture » surplombe les pommiers et les tournesols qui poussent à côté. Deux ans et demie au par-avant, Mr Steinmetz élevait encore des poules dans ce bâtiment. Depuis le 19 juillet et jusqu’au 11 août, du vendredi au lundi et de 14h à 22h, on peut y admirer les œuvres d’art contemporain de 5 artistes.

C’est à Noël dernier, que Dorothée Steinmetz, fille d’agriculteur, annonce à ses parents retraités qu’elle aimerait faire d’un des bâtiments agricoles familiaux, un lieu d’exposition :

« Au début, ils ont halluciné mais ils l’ont extrêmement bien pris. J’ai la chance d’avoir été soutenue par ma famille et par des amis du coin. Mon père s’est rapidement mis à nettoyer le bâtiment, on a pu récupérer plein de matériel agricole pour monter l’exposition, on en est à bien 90 % de recup’. Maintenant encore, ils m’aident au quotidien pour faire la com’ ou tenir le bar. »

Dorothée – Thibault Vetter

« La culture apporte une ouverture, elle fait échanger »

Dorothée vit à Paris depuis ses 20 ans. Elle y a réalisé ses études et travaillé 12 ans dans l’audiovisuel. Mais l’envie d’intégrer le monde de la culture était trop forte, elle a décidé de se reconvertir en réalisant un master. Son objectif : rendre la culture accessible là où elle ne l’est pas d’habitude.

« Moi qui ai grandi à la campagne, j’aurais aimé avoir des expositions ou des spectacles à portée de main. Si je fais ça, c’est peut être inconsciemment pour rattraper le temps perdu. La culture apporte une ouverture, elle fait échanger. J’ai vu pleins de gens se croiser lorsqu’ils venaient, ils discutaient de l’exposition, après ils restaient sur place et échangeaient, parfois jusqu’à la fermeture. Quand je vois ça je me dis que c’est gagné ! Et c’est d’autant plus fort pour moi d’être retourné là où j’ai grandi pour faire cela. »

En moyenne, ce sont un peu plus de 50 personnes qui viennent tous les jours. D’après Dorothée, beaucoup demandent si cela va continuer après. Le lieu rencontre un vrais succès auprès des locaux, et même des strasbourgeois s’y sont aventurés. Les bières artisanales de la buvette et la petite restauration sur place, dont on profite dans une partie de l’ancien poulailler ou dehors, toujours dans un cadre bucolique, y sont aussi pour quelque chose. Un bémol, on y mange des knacks, des merguez, du poulet, mais aucun plat végétarien. Des randonnées sur les collines alentours qui offrent une belle vue sur la plaine d’Alsace sont tout à fait envisageables en amont ou en aval de la visite.

Des séries de photos variées qui parlent d’intimité

Au programme en ce moment : une exposition photo et vidéo sur le sujet de l’intimité. On y voit par exemple une série de clichés de lieux de vies que des sans-abris se sont appropriés à Athènes. Sous le regard amusé d’un homme âgé du village, des photos que des personnes de divers horizons et époques emmenaient avec eux dans leur portefeuille font également sensation. Une reporter a pu exposer des instants de vie de femmes népalaises qui pratiquent le Chaupadi, une tradition qui les oblige à s’isoler pendant la période de leur menstruation. Au milieu de la pièce, accrochée sur du matériel qui servait autrefois à des agriculteurs, une série de photos d’une personne qui se rase la tête vient questionner l’identité et le genre.

« C’est très important d’amener tous ces sujets, parfois engagés, dans un environnement que les visiteurs connaissent. Je suis certaine que cela leur permet d’être plus touchés par les œuvres et par ce qu’elles peuvent transmettre », témoigne Dorothée.

Tout à coup, un chien qui se promène aussi dans le poulailler se met à courir vers l’entrée et saute sur les quatre nouveaux visiteurs qui arrivent en parlant en alsacien. Dorothée les accueille dans la même langue, et les accompagne pour leur présenter l’exposition, en français par contre.

La Serre tentera d’investir d’autres lieux agricoles à l’avenir. Mais c’est certain, l’association fraîchement créée aura toujours un pied à terre à Neugartheim, où la prochaine exposition aura certainement lieu au printemps 2020.


LA SERRE 

la Rue de la Felsch,

Neugartheim-Ittlenheim, 67370

La page Facebook de la Serre

Le site web de la Serre

Exposition à découvrir jusqu’au 11 août

THIBAULT VETTER

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