Alexandre et Karine vivent et voyagent ensemble. Ce couple d’alsaciens vivant à Strasbourg a décidé de pousser leur passion du vélo et de la découverte à un autre niveau : celui de l’exploration environnementale et de la transition écologique. Sur un tandem et avec 40kg de bagages, ces deux « Véloptimistes » sont partis le 7 juillet dernier pour 6 mois de voyage autour de l’Europe, à la recherche des solutions environnementales d’aujourd’hui et de demain qu’ils partagent sur les réseaux sociaux.

Karine, 34 ans, travaille dans l’agroalimentaire et le marketing. Avec Alexandre, 36 ans, éducateur à l’environnement et éducateur spécialisé, ces deux alsaciens et strasbourgeois sont proches des milieux environnementalistes. Karine fait partie de Sikle, un réseau/entreprise de compost à vélo pour professionnels (voir notre entretien sur RBS, à 5:20 ici). Alexandre fait partie de l’association Nature & Vie à Barr et d’une association nommée GEMPA (groupe d’étude et de protection des mammifères d’alsace).

A 16h, le dimanche 7 juillet dernier, après un « pique-nique zéro déchet » avec leurs proches, ils partent direction le Luxemboug, accompagnés sur les premiers kilomètres par quelques courageux. Ils ont prévu 15 rendez-vous avec des initiatives écologiques dans différents pays Européens, de la Pologne à la Finlande et plus de 8000km sur 6 mois, pauses comprises. Lors de leur arrêt à Amsterdam, on a pu leur poser quelques questions par téléphone.

Résumé de la maquette initiale du trajet des Véloptimistes [doc remis]

Bonjour Karine et Alexandre ! Alors, où en êtes-vous dans votre périple ?

Karine : On n’a pas trop de retard, on a même plutôt bien avancé les 15 premiers jours. On devrait atteindre les 1000 km ce soir.

On ne fait pas beaucoup de haltes. On roule quasiment tous les jours depuis qu’on est parti. Depuis hier on est à Amsterdam. Ce matin, on a visité une des initiatives qu’on a repéré à l’avance. Une entreprise qui fait des maisons en carton et en bois. C’est des maisons bien plus écologiques à la fabrication mais aussi à l’utilisation. Elles sont adaptables en fonction de nos besoins.

Alexandre : Ce rendez-vous nous a ensuite amené à rencontrer d’autres acteurs environnementaux à Amsterdam qu’on a visité aujourd’hui.

K : Ils nous ont orienté vers un lieu nommé De Ceuvel qui fait restaurant, produisant une bonne partie de ce qu’il sert grâce à une serre en aquaponie, notamment les légumes et les herbes aromatique. Ils travaillent avec beaucoup d’entreprises et de producteurs locaux et ils embauchent des travailleurs en réinsertion. Les produits sont extrêmement locaux, du soda à la bière en passant par les légumes et le pain.

A : Ce n’est pas qu’un restaurant c’est aussi un lieu de rencontre avec des espaces de travail et des manifestations/événements divers et variés [musique, yoga, bricolage…]. Et presque toute la construction du lieu a été faite avec de la récup !

K : Normalement demain on repart pour le nord, prochaine étape Copenhague. C’est prévu pour dans plus de deux semaines. On a un programme de base, mais il y a aussi les rencontres fortuites qu’on peut faire sur place. Il y a plein de gens qui sont dans la même optique. Le super exemple c’est celui d’aujourd’hui.

Vous êtes des habitués des voyages… Qu’est-ce qu’il a de plus celui-ci ?

A : On est déjà parti bien plus loin. Mais pour celui-ci, on n’avait pas forcément l’envie d’aller jusqu’au bout du monde. On est lié par notre sensibilité aux questions environnementales. L’idée de ce voyage est venue progressivement. Donner du sens, prendre une coupure.

Comme beaucoup, on est sur les réseaux sociaux. On voit des supers initiatives dans tous les sens. On met notre petit pouce bleu… Mais ça ne va souvent pas plus loin. Ce qu’on voulait, c’est se rendre compte de toutes ces belles solutions, qui sont parfois à côté de chez nous. L’Europe, c’est un territoire restreint avec plein de cultures et de sensibilités différentes. Dans certains pays, il y aura des choses intéressantes en agriculture, dans d’autres en termes d’énergie ou d’éducation. C’est pour ça qu’on pensait que l’Europe était le terrain de jeu idéal pour notre projet.

On a tout de suite pensé aux pays du nord. On sait que la Scandinavie a quand même une belle avance sur certaines questions environnementales. Ce qui n’empêche que d’autres endroits d’Europe ont des richesses environnementales à nous apporter, avec un regard et des solutions différentes. C’est peut-être ce mélange des initiatives qui peut apporter des solutions pour tout le monde.

Vous expliquez une volonté de « minimalisme » et de « slow travel (voyage lent) »… Comment s’est organisé ce voyage ?

K : Pour les frais de départ et de voyage, on a tout autofinancé pour le moment. C’est une initiative personnelle. On ne voulait pas être dépendant de financement. Par contre on a ouvert une petite cagnotte. Quelques personnes autour de nous souhaitaient nous encourager. C’est toujours bon à prendre. Mais pour l’instant l’idée c’est d’être à 10€ par jour et par personne, hébergement, nourriture et déplacement compris. On veut avoir le moins de choses possibles sur le vélo et une vie un peu plus simple. Pour l’instant, on est dans nos coûts, mais ça ne va peut-être pas durer. Surtout que les pays nordiques risquent d’être bien plus chers.

A : On a tout le matériel pour ne pas être dépendant. On a de quoi manger et dormir dehors. Certains soirs, c’est important de prendre du temps pour nous aussi, et faire le bilan de la journée. Pour autant, ce voyage est aussi basé sur les rencontres. On utilise une application qui s’appelle WarmShowers. Elle permet de mettre les gens en lien de la communauté des cyclistes. Ça permet de choper un toit et une douche chaude de temps en temps. En général les gens sont plutôt friands de notre type d’aventure, surtout avec la thématique environnementale. Donc on peut quand même passer du temps chez les habitants. On a déjà fait des voyages en traversant le pays sans rencontrer les gens. On a un peu l’impression de louper quelque chose.

K : L’objectif n’est pas de faire des kilomètres. C’est d’aller rencontrer les acteurs et les initatives qu’on a vraiment envie d’aller voir. Le parcours qu’on s’est fixé n’est pas définitif. On aimerait aussi aller visiter les pays baltes, mais aussi la Finlande avec la fameuse « capitale européenne verte » élue récemment [contre Strasbourg et Lille également finalistes]. On a envie d’aller voir pourquoi. Mais forcément la météo et notre forme physique et mentale vont jouer là-dedans. Pour vous donner un ordre d’idée, on pourrait faire 8000km en 6 mois avec des arrêts plus ou moins conséquents. On aimerait faire aussi un peu de WOOFing dans les pays nordiques pour bien s’imprégner de la culture ou expérimenter sur des choses comme la permaculture, que nous on ne maîtrise pas très bien encore.

 A : On veut aussi pouvoir se poser et prendre ce temps, qu’on n’a pas souvent, ou qu’on ne se donne pas souvent. Notre seul objectif temporaire c’est d’être rentré pour les fêtes de fin d’année. On n’a pas de contraintes professionnelles. On ne reprend pas le boulot début janvier. On prend aussi quelques temps pour mettre en forme le contenu qu’on aura produit sur notre périple pour le partager au mieux à tout le monde. Et puis, dans le cadre du projet, il y a plein de choses qu’on aimerait visiter près de chez nous !

Si on arrive à attirer l’attention de gens sur certaines problématiques environnementales ou des solutions… Et qu’en plus à notre retour on peut leur donner des exemples de solutions mises en place ailleurs en Europe ET à quelques km de Strasbourg… Ça veut bien dire « ici aussi on peut le faire, n’hésitez pas ! » On voulait partir un peu loin et finir sur un coup de zoom un peu plus local. On a quelques contacts de professeurs aussi qui aimeraient faire des rencontres pédagogiques avec leurs élèves autour de notre projet.

Vous avez déjà eu quelques péripéties ?

K : Globalement ça se passe bien. On a eu un souci avec notre porte-bagage avant, au début de notre voyage. Il commençait à se décrocher au 3e-4e jour… On transporte 40kg de bagages. On vise du minimalisme mais sur 6 mois, il faut quand même quelques trucs en stock. Sinon, la débrouillardise c’est une compétence qu’on développe pas mal !

A : On a pu expérimenter la force de la générosité et des réseaux. Un ami d’ami, près du Luxembourg, nous a mis en contact avec « le meilleur soudeur de la région » qui a réussi à fabriquer et souder une pièce. Au-delà de ça, il y a toujours quelques soucis au jour le jour. Du genre se tromper sur le GPS… Ou ne pas avoir de confirmation pour un hébergement… Mais à chaque fois, ça se débloque de manière très positive. Hier soir on nous a prêté un appartement sans que la personne ne soit trop disponible, elle est venue nous donner ses clés et nous a dit : « Faites comme chez vous, il y a de la bière dans le frigo ! »

Quels genres d’initiatives environnementales avez-vous pu voir pour le moment ?

A : Pour l’instant, on a vu une initiative autour des vélos pour enfants, une ville en transition ou encore un supermarché qui fait des produits sans plastique, avec des emballages végétaux. Et puis on va essayer de faire quelques portraits avec des personnes marquantes, comme cette personne travaillant dans l’agriculture traditionnelle qui a transformé sa ferme pour en faire des éco-gîtes et redonner un lieu de vie via une ferme pédagogique etc…

Vous en attendez quoi de ce voyage ?

K : D’en ressortir grandi. La première envie c’est de se nourrir de cette expérience sur un plan personnel. Le voyage sert à mieux se connaître, et aussi à mieux se connaître dans le couple. On en sort toujours marqué et il y a toujours de choses qu’on ramène plus tard dans sa vie personnelle. Pour moi, je pense que ça sera le minimalisme. Pendant 6 mois, vivre avec très peu de choses, j’ai vraiment envie de ramener un peu de cette démarche à mon retour ! Et puis on n’est pas à l’abri de trouver des initiatives qu’on aimerait appliquer pour nous. Typiquement les maisons en carton de ce matin, est-ce qu’on ne réfléchirait pas à importer ce type de logement chez nous ? Ou juste d’avoir un regard différent sur ces problématiques ! Avoir plein d’exemples en tête et s’ouvrir les possibles.

Alexandre : Moi ce que j’en attends aussi de ce voyage c’est un retour à la nature et aux choses simples. Depuis qu’on est en hollande, on est tout le temps dans la verdure. Même à Amsterdam en ce moment. Le bivouac le soir quand on fait une grosse journée de vélo… Des fois une soupe, un morceau de pain, un carreau de chocolat et on est aux anges quoi !

K : Et une bière ! (rires)

A : On oublie souvent ces petits plaisirs, avec le stress, le temps vite, cette impression de courir toujours après tout… Là on ne court pas. On se pose, on prend le temps de vivre les choses lentement et c’est bien comme ça aussi.

Prochaine étape, Copenhague donc ? Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans ces pays nordiques ?

Prochaine étape Copenhague oui. On va s’intéresser à la ville en elle-même, la réflexion de la municipalité, l’infrastructure, le mobilier urbain… Comment la technologie se met au service de l’écologie et de la société. Il y a plusieurs supermarchés qui proposent de lutter contre le gaspillage alimentaire en commercialisant des produits hors-date ou non revendables à cause d’un emballage détérioré par exemple.

Il y aussi des villes qui se sont donné le défi d’être neutre en carbone en 2029. C’est des objectifs qu’on a du mal à envisager en France à l’heure actuelle. Au Danemark, il y a déjà une île neutre en électricité, pour 4000 habitants. Voir ils produisent même plus d’énergie et ils en revendent. Ce genre d’objectif est dans la ligne de mire de villes à 71 000 habitants aujourd’hui dans ce pays là.

Karine et Alexandre visent un retour sur Strasbourg fin décembre pour les fêtes de fin d’année. Ils ont prévu de reprendre le travail courant 2020, mais avant ça, ils continueront de poster le récit de leurs aventures de cyclistes sur les réseaux sociaux. Pour les suivre et voir leurs découvertes, cherchez « Véloptimiste » sur Facebook ou Instagram…

Images: doc remis @ Véloptimistes

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