Après 13 ans d’attente, les jours précédant ce 25 juillet paraissent irréels, inespérés, mais également interminables : le Racing revient enfin dans le bain des compétitions européennes. Ce premier match de l’épopée 2019, face au Maccabi Haïfa et dans une Meinau en fusion, marque un nouveau chapitre de l’histoire du club dans les grandes compétitions européennes. Une histoire faite de quelques hauts assez spectaculaires, que je vais vous raconter…

Strasbourg-Barça 1964-1965 : A pile ou face

Notre Delorean alsacienne s’arrête tout d’abord dans les années 60. La Mélodie du Bonheur et Docteur Jivago sont d’énormes succès cinématographiques, Beatles et Stones se disputent les faveurs du grand public tandis que les braises d’une révolution globale sont prêtes à enflammer le monde.

François Remetter, le gardien, se saisit du ballon
François Remetter, le gardien, se saisit du ballon

Loin de tout cela, mais finalement si proche, le Racing est tranquillement installé en Division 1. Son football spectaculaire, qui prône l’attaque comme maître-mot, fait rêver. Emile Veinante et François Remetter – alors internationaux – reviennent garnir les rangs du club. Avec les nouveaux talents qui émergent, comme Gilbert Gress, Gérald Hausser ou encore le gardien Johnny Schutz, l’équipe strasbourgeoise, sous la houlette de Paul Frantz, va vivre une saison 1964/1965 exceptionnelle.

En championnat, Strasbourg lutte longtemps pour le titre de Champion de France, avant de terminer à la quatrième place. En Coupe d’Europe, le club va enchaîner les exploits. Lors de la Coupe des villes de Foire – devenue plus tard la Coupe de l’UEFA puis aujourd’hui l’Europa League –, le Racing tombe au premier tour contre l’AC Milan. Pour remettre dans le contexte, le club italien a gagné en 1963 la Coupe des Clubs champions – la Ligue des Champions de l’époque. C’est donc un ogre, un géant qui s’avance pour croquer les petits strasbourgeois.

Sauf qu’ils se prendront les pieds dans le tapis alsacien, perdant 2-0 à la Meinau. Le retour n’y fait rien, puisque les Alsaciens résistent et ne perdent qu’un à zéro. Exploit monumental, qui a entièrement inspiré Tomi Ungerer dans la rédaction du Géant de Zéralda, sorti en 1967 – prouvez-moi le contraire.

Le Racing Club de Strasbourg version 1964/1965, quand ils sortent le FC Barcelone
Le Racing Club de Strasbourg version 1964/1965, quand ils sortent le FC Barcelone

Le match à retenir, notamment pour son dénouement croquignolesque, est néanmoins celui contre le grand Barça. Après le FC Bâle, facilement éliminé au deuxième tour, le Racing s’oppose donc au FC Barcelone, finaliste de la Coupe des Clubs champions en 1961. Après un match nul courageux obtenu à la Meinau sur le score de 0-0, et sur une pelouse pleine de neige, les Alsaciens sans peur et sans reproche s’en vont au Camp Nou, et ils ne sont pas là pour sucrer les tapas.

Évidemment, on ne donne pas cher de leur peau, mais ça serait sous-estimer la fierté alsacienne, toujours là quand il s’agit de dire « not today » aux grands clubs. Menés 1-0, ils reviennent au score et passent même devant, laissant un silence de Cathédrale s’abattre sur le Camp Nou. Malheureusement, les Barcelonais égalisent à trois minutes de la fin. A l’époque, pas de règle du but marqué à l’extérieur, il faut donc rejouer le match. Premier tirage au sort, et celui-ci est favorable au Barça : le match d’appoint sera rejoué chez eux.

Le Racing Club de Strasbourg version 1964/1965, avant leur élimination face à Manchester United en quart de finale
Le Racing Club de Strasbourg version 1964/1965, avant leur élimination face à Manchester United en quart de finale

Pendant 120 minutes, les Strasbourgeois tiennent sous les coups de boutoir catalans. Et comme il n’y avait pas de tirs-au-but, la décision finale se joue… au tirage au sort. René Hauss – recordman de matchs sous la tunique alsacienne – étudie les probabilités et décide de choisir pile. Coryne Charby retentit dans les enceintes du Camp Nou, le temps est suspendu… et le Racing se qualifie. Devenant par la même occasion, la première équipe française à éliminer le Barça dans une compétition européenne ! Un exploit seulement réalisé par trois autres équipes françaises depuis…

L’élimination en quart de finale face au grand Manchester United de George Best ne remet pas en cause l’immense parcours strasbourgeois, le Racing brillant pour la première fois en Coupe d’Europe…

Strasbourg Liverpool 1997/1998 : Rouge Plaisir

Les années 90 voient l’ordre mondial chamboulé : les guerres se multiplient, le bloc de l’Est arrive à sa chute. L’engouement pour Internet est de plus en plus fort, les nouvelles technologies commencent à se faire une place dans nos modes de vie. On ne se remet pas de la mort de Freddie Mercury, on a à peine le temps d’apprécier Nirvana alors que les Red Hot, R.E.M et Rage Against the Machine se sont fait une place au soleil. Au cinéma, c’est Le Roi Lion qui fait rêver toute une génération, alors que Le Silence des Agneaux la terrifie et que La Liste de Schindler l’émeut.

Contre Bordeaux, lors de la victoire en Coupe de la Ligue 1997
Contre Bordeaux, lors de la victoire en Coupe de la Ligue 1997

Niveau foot, la France remporte la Coupe du Monde dans une ambiance de tolérance et d’ouverture à l’autre, qui sera récupérée par des politiciens cupides et véreux. Quant au Racing, il y a la victoire en Coupe de la Ligue en 1997, mais aussi un grand changement : l’arrivée des Américains pour gérer le club.

Pas besoin donc de revenir sur deux événements que je vous ai déjà racontés. Intéressons-nous plutôt sur un parcours en Coupe de l’UEFA qui a joué en trompe l’œil quand on revient sur le bilan de McCormack à la tête du club. En 32ème de finale, Strasbourg affronte les redoutables Glasgow Rangers. Passés à rien d’une finale en Ligue des Champions en 1993, rois d’Écosse, les Rangers de Gattuso et Gascoigne vont pourtant chuter face à ces irréductibles Alsaciens.

Strasbourg l’emporte face à Liverpool

Le premier match se solde par un score de 2 à 1 pour le Racing, une rencontre qui a la particularité d’avoir eu tous ses buts inscrits sur pénalty ! Les Strasbourgeois font mieux que se défendre au retour, puisqu’ils l’emportent également 2 à 1, menés par leur attaque Zitelli/Nouma/Baticle.

Désormais, en 16ème de finale, c’est le Liverpool d’un tout jeune Michael Owen qui s’avance. Un club historique, connu de tous les fans de foot, et même au-delà. Ce 21 octobre 1997 restera gravé dans la mémoire des Strasbourgeois : par trois fois, le Racing transpercera les filets de David « Calamity » James, le gardien de Liverpool. Le tout dans une ambiance irréelle, où tout semblait possible. Où chaque action strasbourgeoise était comme une mesure d’une partition parfaitement ciselée. Au retour, Strasbourg perd 2 à 0, dans le chaudron d’Anfield, et se qualifiera donc pour le tour suivant.

Strasbourg face à l’Inter de Milan. Crédit photo : Racing Club Strasbourg Alsace

S’avance alors l’ogre de l’Inter de Milan, avec dans ses rangs, le meilleur joueur de l’époque, le brésilien Ronaldo. Là encore, Strasbourg déjoue les pronostics en l’emportant 2 à 0. On se prend à rêver d’un nouvel exploit, mais le retour s’avère fatal, l’Inter marquant trois buts et se qualifiant pour les quarts de finale. Pour la petite anecdote, ils finissent par emporter la Coupe de l’UEFA cette année-là…

Strasbourg – AS Roma 2005/2006 : Un weekend à Rome

Les années 2000 baignent dans une toute autre atmosphère : les attentats du 11 septembre 2001, le FN au deuxième tour, la guerre illégale des Etats-Unis en Irak. La prise de pouvoir total de l’économie dans nos modes de vie et la crise financière qui marquera le triste point d’orgue de la dérégulation financière qui a menacé toute la décennie. Les réseaux sociaux pointent le bout de leur nez, tandis que YouTube impose sa patte.

Niveau musical, Daft Punk, Eminem, System of a Down, Coldplay et Rihanna marqueront l’époque, chacun avec leur style. Une époque qui commence à être touchée par le « c’était mieux avant ». Au cinéma, c’est Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux, l’avènement de Pixar et les films de Miyazaki.

Le Racing lors de sa victoire en Coupe de la Ligue 2005, qui le qualifie en Coupe de l'UEFA
Le Racing lors de sa victoire en Coupe de la Ligue 2005, qui le qualifie en Coupe de l’UEFA

Federer domine le tennis mondial et un jeune Espagnol arrive pour contrecarrer sa domination, Zidane sort la tête baissée en finale de la Coupe du Monde 2006 – non sans d’abord l’avoir mise dans la poitrine de Materazzi. Quant au Racing, malgré deux victoires en Coupes nationales, le club ne va pas bien.

Et comme souvent, la Coupe d’Europe va permettre au club de se sortir la tête de la morosité ambiante. Strasbourg dispose facilement du club autrichien du Grazer AK lors du tour préliminaire. Placé dans un groupe avec l’AS Roma, le FC Bâle ou encore l’Etoile Rouge de Belgrade, on ne donne pas cher de la peau du club. Néanmoins, comme toujours avec le Racing, ils vont surprendre tout le monde.

Les supporters strasbourgeois étaient presque 200 pour soutenir leur équipe à Rome. les temps ont changé... et en bien !
Les supporters strasbourgeois étaient presque 200 pour soutenir leur équipe à Rome. les temps ont changé… et en bien !

Dans une saison où le maintien devient de plus en plus illusoire, les Strasbourgeois se déplacent au Stadio Olimpico, pour défier l’AS Roma, futur vice-champion d’Italie. L’équipe du légendaire Francesco Totti, du jeune De Rossi ou encore des Français Mexès et Dacourt – ancien Strasbourgeois. Le Racing, malgré sa position plus que précaire en championnat, ne se démonte pas, et attaque la rencontre tambour battant. Avec une équipe rajeunie – 23 ans de moyenne d’âge – et les exploits d’un Nicolas Puydebois en mode château du Haut-Koenigsbourg, Strasbourg fait jeu égal avec les Italiens.

Jusqu’à ce qu’Habib Bellaïd, tout jeune défenseur, catapulte le ballon au fond des filets, à la suite d’une belle action collective, à la 52ème minute. La lanterne rouge de Ligue 1 qui mène sur le terrain d’une équipe historique italienne, ils sont décidément fous ces Strasbourgeois ! Si Antonio Cassano permet à la Roma de revenir au score, le Racing assurera sa qualification pour les 16ème de finale. Le club terminera même premier de son groupe !

Habib Bellaid, buteur face à l'AS Roma
Habib Bellaid, buteur face à l’AS Roma. Crédit photo: GIULIO NAPOLITANO – BELGAIMAGE

Strasbourg ira jusqu’en 8ème de finale, où ils seront stoppés par le FC Bâle, dans une ambiance de plus en plus délétère, à la suite d’une descente en Ligue 2 qui est devenue inévitable.

Ces trois dates montrent que le Racing est toujours présent quand il s’agit de réaliser des gros coups en Coupe d’Europe. Avec 97 buts marqués en tout, jamais les Alsaciens sont venus en touristes. Toujours prêts à taper les plus gros, le club est fait pour ces matchs à haute altitude. Et cela tombe bien, parce que le chemin pour arriver en Ligue Europa ne sera pas de tout repos cette année : trois tours – donc six matchs – seront nécessaires pour arriver en phase de poule, et à nouveau rencontrer de belles équipes. Néanmoins, je fais confiance à mon club de cœur pour qu’il déplace encore des montagnes, comme il a su si bien le faire par le passé.

C’est peut-être le début d’une aventure extraordinaire qui commence ce jeudi 25 juillet face au Maccabi Haïfa. Alors chantons, soutenons, rêvons, pour qu’à nouveau, brillent les couleurs de Strasbourg en Coupe d’Europe !

Crédit photo : AFP

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here