Si le Racing est aujourd’hui à nouveau en Ligue 1, bien géré, et sans nuage noir à l’horizon, les choses n’ont pas été toujours aussi faciles. Parce qu’il est également important de se souvenir de moins bonnes périodes, non pas pour rester dans la contemplation d’un passé qui ne passe pas, mais plutôt pour se souvenir d’où l’on vient, et se féliciter du chemin parcouru. Retour donc sur deux périodes pas si lointaines que cela qui ont marqué le club de mon cœur.

Fan du Racing depuis 1998

Ce qui est drôle avec mon père – oui, j’affiche direct ma famille, je n’ai peur de rien –, c’est que quand on commence à parler de périodes plus compliquées du Racing, il prend la posture du « mais pourquoi tu es toujours négatif Nico ? » ; posture qui, si elle touche à quelque chose d’assez vrai, je l’avoue, montre tout de même un refus d’évoquer des périodes compliquées. Ceci est peut-être un problème générationnel, puisque Jean-Luc Filser, le speaker de la Meinau, a évité ma question sur ces périodes compliquées avec le sempiternel : « Oh, il y a eu du bon et du moins bon. »

Vous ne me connaissez pas vraiment, mais j’aime bien aller au-delà de ce que les gens me disent, surtout quand ils me balancent de telles phrases. De plus, en tant que supporter du Racing, l’histoire du club est finalement un peu la mienne aussi. Et si je suis reconnaissant de là où est le Racing aujourd’hui, je n’oublie pas que, fût un temps, le club ne ressemblait à rien qu’on ne puisse réellement aimer.

Après cette petite intro, voici la première période compliquée, celle de la fin des années 1990, où on a promis au Racing les étoiles, pour qu’il se retrouve finalement presque six pieds sous terre.

McCormack : un Américain à Strasbourg

Pour faire simple, McCormack a été à Strasbourg l’équivalent de la Budweiser : on a envie d’y goûter pour tester les saveurs de l’Amérique et de son argent, mais on se retrouve à boire quelque chose dont le goût ne déplairait pas aux amateurs d’urinothérapie.

Mark McCormack, en chair et en os. Crédit @ BBC Radio 4

De cette période, deux dates émergent : le 20 février 1997 et l’année 2003. Entre ces deux dates, entre une vente en fanfare et une cessation de paiement d’une tristesse absolue, il s’en est passé des choses. Un rêve bleu et blanc qui s’est transformé en vaste écran de fumée.

« Je veux aider cette équipe à devenir l’une des meilleures au monde. » Pour cela, mon cher Hubert, faut tout virer !

Revenons donc au début : Catherine Trautmann, maire de Strasbourg à l’époque, choisit de laisser le club s’échapper du giron de la ville, pour la première fois de son histoire. Du monde se presse au balcon d’un Racing exemplaire sur le plan sportif, comme sur le plan financier, sous la coupe de Roland Weller. Ce dernier est d’ailleurs candidat, bien appuyé par des investisseurs régionaux, ISL et Adidas. Avec d’autres candidatures sérieuses également, celle de Roland Weber se voit déboutée, au profit d’un géant américain : IMG-McCormack, 1,8 milliards (de francs) de chiffre d’affaire, et des promesses à tout va. Préférant le clinquant au sérieux des connaisseurs, la mairie cède donc le Racing aux investisseurs d’IMG-McCormack. Le début de six années rocambolesques.

Catherine Trautmann se demandant comment elle a pu vendre à McCormack. Crédit @SIPA

Première étape : faire sauter les sièges éjectables. Hubert, c’est ça le buisness, on arrive et on vire tout le monde. Ça, c’est fait. ‘Murica, fuck yeah ! Maintenant, faut trouver un Président. Choisissons quelqu’un qui a de l’expérience et du vécu dans le football. C’est évident, mon cher Hubert, choisissons Patrick Proisy. Là vous vous dites « attends, Proisy, Proisy… il a pas fait du tennis celui-là ? » Effectivement, Proisy est plus connu pour être le beau-frère de Yannick Noah, et finaliste de Roland Garros en 1972. Stylé, mais à des années-lumière du football.

Les promesses vaines de Proisy

Ce Patrick Proisy, c’est un flambeur dans l’âme, un ultra-libéral avant que ce soit la mode. Un pionnier de l’esbrouffe. Il balance des noms prestigieux, pour masquer le moulin à vent qui est en train de souffler à toute berzingue : Baggio, Klinsmann, Savicevic… des noms qui claquent, des noms inatteignables, mais qui font rêver. « Peut-être qu’on les aura pas, mais au moins, cela montre qu’on rentre dans la cours des grands » se disent sans doute beaucoup de supporters du Racing. Ce n’est pas leur faute, loin de là. On a tous envie de rêver.

Le problème, c’est qu’il y a eu malentendu dès le départ. La mairie pensait que McCormack était là pour faire avancer le club, alors qu’il voulait seulement en faire une pierre d’un édifice qui va au-delà de notre belle région L’idée est d’en faire une marque, un produit estampillé IMG.

La plus grosse erreur sous McCormack : ce maillot immonde. Crédit @Gettyimages

« Nous allons construire une boutique de 500 m2, afin de vendre les produits, et un musée digne de ce nom dans l’enceinte du stade de la Meinau. Il faut d’abord revoir l’identité du logo. C’est la première étape au lancement d’une marque. »

–  Patrick Proisy dans Libération

Là encore, ça claque non ? Mais, comme le Diable qui souffle de toutes ses forces pour s’échapper de la Cathédrale, Proisy et McCormack envoient promesses d’investissements mirifiques d’un côté, et recrutement exotique de l’autre.

On vise l’Europe mais on joue le ventre mou, les débuts d’un climat délétère

L’Europe est l’objectif chaque année pour les deux gus, que ce soit l’UEFA ou la Ligue des Champions. Le Racing se permet même une superbe campagne de Coupe de l’UEFA pendant la première saison complète de McCormack, en 1998, éliminant les Glasgow Rangers et Liverpool, avant de céder face à l’Inter de Milan de Djorkaeff et Ronaldo. Non sans avoir cru à l’exploit (Strasbourg gagne 2-0 à l’aller à la Meinau, avant de perdre 3-0 au retour, ndlr). Ce résultat est néanmoins davantage une réussite de l’ancien président que du nouveau, mais cette hypothèse est vite balayée : la réussite c’est Américain !

Strasbourg-Liverpool, quel pied ! mais quel pied !

Seulement voilà : deux ans après l’arrivée des deux loulous, Strasbourg ne vise plus l’Europe, mais est bien englué dans le ventre mou du Championnat de France. 7ème budget de France, mais seulement 12ème au classement final, les rêves ont laissé place à la suspicion. Le climat se détériore, on limoge les entraîneurs (dernier en date à l’époque, Pierre Mankowski, remplacé par Claude Le Roy qu’on va évoquer un peu plus en détail après) et surtout, les supporters commencent à perdre patience. Les entraînements sont de plus en plus tendus, avec un des capitaines emblématiques du Racing, Teddy Bertin, qui dérape, excédé par les chambrages incessants :

« Fermez vos gueules et rentrez chez vous, sales Boches ! »

Teddy Bertin, ancien capitaine du Racing au caractère bien trempé. Crédit @France Football

Il payera son amende et se confondra en excuses dès le lendemain, mais si cette sortie n’est pas l’exemple d’une tension qui atteint son paroxysme, alors je ne m’y connais pas en paroxysme. Si vous voulez un autre exemple : lors d’un match contre Le Havre durant la saison 1998/1999, on a non seulement le droit à 8 000 personnes à la Meinau, mais également des supporters alsaciens qui encouragent chaque action normande. Le fossé est creusé.

Des recrues clinquantes sur le papier, mauvaises sur le terrain, et le départ des jeunes pépites

On nous promettait Biaggio, on a eu Mario Haas, un attaquant autrichien redoutable, pour 35 millions de francs. Résultat ? Trois buts en 27 matchs. Champagne ! On nous promettait Klinsmann et Savicevic ? On a eu Garay et Belloso, pour respectivement 21 et 20 millions de francs. Le premier n’avait pas l’âme d’un meneur de jeu, le deuxième a vite rejoint la réserve. S’il arrive de se louper sur le marché des transferts, là on atteint le génie !

Mario Haas, concentré sur son ballon. Crédit @Gentside sport

Si vous en avez marre de ce gâteau de plus en plus indigeste, attendez de manger la cerise ! En plus de recruter des quiches lorraines, Strasbourg lâche deux jeunes pépites, qui évoluaient toutes depuis 1992 au club : Valérien Ismaël et Olivier Dacourt font leur bagage, ainsi que le bonheur de ceux qui les recrutent (Valérien Ismaël reviendra par la suite deux fois de plus au Racing, ndlr). Strasbourg a toujours cultivé une forte identité régionale, un attachement fort à des jeunes du cru. Rien de tout cela avec McCormack, on veut de l’exotisme.

La fin en eau de boudin, comme une évidence

2003, on y arrive. Malgré une Coupe de France remportée en 2001 face à Amiens – une année où le Racing finit par descendre en Division 2, il est utile de le rappeler –, la fin est presque inéluctable à ce stade. Le Racing stagne en Division 1, ses recrutements sont des échecs et le club est géré par un tandem Le Roy/Proisy qui n’inspire ni honnêteté ni sympathie. On a le droit à un joli 12 millions de déficit dans les caisses du Racing, ce notamment par des transferts pas toujours très légaux, en termes de commission touchées.

Claude Le Roy et Patrick Proisy, un duo en mousse. Crédit @THOMAS JEAN-PAUL/SIPA

Eh bien justement, en 2013, le fameux tandem a été condamné par le Tribunal de grande instance de Strasbourg à deux et trois ans de prison pour une affaire de joueurs frauduleux. Comme un symbole de cette époque compliquée du Racing, qui a vu la Ville céder aux sirènes américaines et aux envies de rêver un peu plus haut, sans compter les contraintes budgétaires.

Le bilan de l’ère IMG-McCormack

De 1997 à 2003, le Racing a fini respectivement à la : 13ème, 12ème, 9ème, dernière, 2ème de Division 2 et 13ème place. Le tout avec un joli parcours en Coupe de l’UEFA en 1998, et une Coupe de France en 2001. 12 millions de déficit, des supporters en colère, un nouveau speaker et les meilleurs jeunes partis. Point positif : un centre de formation qui sera la fierté du Racing pour les années à venir.

C’est donc très maigre. Donc oui Jean-Luc, il y a eu du bon et du moins bon. Mais ça penchait surtout du côté du moins bon.

Un pur supporter du Racing très marqué par la période McCormack

McCormack n’a pas coulé le Racing, mais il a sacrément fait tanguer l’embarcation. Des promesses sur du vent, un recrutement catastrophique, une envie de faire de l’argent au détriment de tous les paramètres qui rendent le Racing et Strasbourg uniques en leur genre, c’est un gros raté. Les quelques points positifs n’enlèvent pas l’arrière-goût amer que laisse ce souvenir qui, pourtant, n’est pas le dernier…

Sur cette conclusion sadique, je vous laisse. Pour la seconde partie, rendez-vous dimanche !

1 commentaire

  1. Quel bonheur de lire un texte alliant à la fois la légèreté et l’humour, tout en égratignant jusqu’au premier sang ceux par qui les heures sombres sont arrivées. Une mention spéciale au « pur supporter du Racing très marqué par la période McCormack ». Souvenirs douloureux de cette époque et franc sourire en y repensant à travers ce texte. Bravo.

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