En 113 ans, le Racing Club de Strasbourg a eu le temps de garnir ses étagères de quelques trophées, qui possèdent toujours une saveur particulière lorsque l’on évoque ces souvenirs. Alors que la finale de Coupe de la Ligue opposant le Racing à l’En Avant Guingamp approche à grand pas, Pokaa vous replonge dans les deux épopées victorieuses du club en Coupe de la Ligue. Pour vous préparer à cette belle fête, mais également pour rappeler des moments joyeux dans le passé du club – puisque j’avais déjà parlé des moments moins drôles, ici et .

Épisode d’aujourd’hui : la victoire en 1997, au bout de la nuit et d’une séance de tirs-au-but interminable et irrespirable.

Note de l’auteur : Techniquement, le Racing Club de Strasbourg a remporté une « Coupe de la Ligue » en 1964, mais c’était l’ancienne version.

Un Racing englué en Division 2

Avant cette victoire contre Bordeaux au Parc des Princes en 1997, le Racing – fidèle à ses habitudes – n’a pas connu que de longs fleuves tranquilles.  De 1986 à 1992, le club ne connaît que la deuxième Division, à l’exception d’une remontée express en 1988 et une descente tout aussi express en 1989. Dix ans après le titre de Champion de France et une superbe campagne européenne l’année suivante avec un quart de finale de ce qu’on appelait à l’époque Coupe des clubs champions européens – la Ligue des Champions d’aujourd’hui, ndlr – le Racing a du mal à retrouver de sa superbe. Comme souvent avec ce club, les lendemains de fête sont difficiles.

Jusqu’à la remontée en 1992, le Racing aura du mal à s’extirper de la Division 2. Il faut dire qu’accéder à la première Division s’apparente à un véritable parcours du combattant : chaque premier des deux groupes de D2 accède à l’échelon supérieur. Mais le Racing ayant fini par trois fois deuxième, il lui faudra passer par les barrages. En 1990, après avoir passé le premier et le deuxième tour, nos Bleus et Blancs se frottent à Nice. Tout commence bien, avec une victoire 3 buts à 1 à la Meinau. Mais bien avant que le terme remontada soit décliné à toute les sauces, le Racing prendra 6 à 0 à l’extérieur.

Qu’à cela ne tienne, la saison 1990/1991 sera la bonne : le Racing finit à nouveau deuxième de son groupe (à un point seulement de Nîmes, premier alors qu’il a remporté moins de matchs que le Racing), mais cède cette fois contre le deuxième de l’autre groupe – Lens – aux tirs-au-but. Mais la patience et l’abnégation porteront enfin leurs fruits la saison suivantes : encore une nouvelle fois deuxième, les Bleus et Blancs passent l’épreuve des barrages et affrontent Rennes. Après un 0-0 bien de chez nous en Bretagne, le Racing marche sur les Bretons au retour, dans une Meinau en fusion et devant 40 000 spectateurs, sur le score de 4 à 1. Et puisqu’une image vaut mille mots…

L’échec d’une génération

Cette liesse populaire dont notre belle ville a le secret s’accompagne de bons résultats, puisque le Racing boucle sa saison à la huitième place, qu’il n’a plus connue depuis la saison 1983/1984. Cet élan ne se poursuit cependant pas l’année d’après, le Racing terminant à une décevante treizième place. Comme souvent dans l’histoire du Racing, manque de résultats équivaut à tensions. Une nouvelle fois, Gilbert Gress – entraîneur du Racing lors de son titre de Champion de France, ndlr – et les dirigeants sont au bord de la rupture, et le fait que l’entraîneur ne s’entende ni avec les joueurs phares, ni avec le président – Roland Weller, ndlr – ne joue pas en sa faveur et il quitte le club pour la deuxième fois.

Même Marc Keller a ses mauvaises photos. Crédit @Gardin/L’Equipe

Daniel Jeandupeux arrive alors à la barre d’un effectif prometteur, où se trouvent les jeunes Martin Djetou, Jose Cobos, Marc Keller – notre Raïs à nous –, Frank Lebœuf et les nouveaux arrivants, comme les Français Franck Sauzée et Xavier Gravelaine et ceux qui venaient du froid, le Slovaque Alexander Vencel et le « Tsar » Aleksandr Mostovoi. Pour une fois, les planètes semblent alignées puisque le club se retrouve troisième en novembre 1994. Malheureusement, les périodes de liesse ne durent jamais très longtemps au Racing, et des conflits entre joueurs et entraîneur entraînent ce dernier dans sa chute. Arrive alors Monsieur Coupe de la Ligue : Jacky Duguépéroux, grand bonhomme de l’histoire du Racing.

Si l’équipe rentre dans le rang en Championnat, malgré avoir été la seule équipe à avoir battu l’ogre nantais cette saison-là, elle va réussir une belle épopée en Coupe de France : le Racing arrive en effet en finale, après s’être débarrassé de Louhans-Cuiseaux, Lille, Saint-Leu, Bordeaux – oui, au Racing on aime bien battre Bordeaux en Coupe, ndlr – et Metz. Seul le PSG réussit à stopper les vagues des Bleus et Blancs, sur un but de Paul le Guen. Pour les plus jeunes, Paul le Guen c’est celui qui dit « noooooon » mais c’était également un très bon joueur de foot.

Mais au Racing, les lendemains de fête sont compliqués, on l’a déjà dit. Si le club réalise un joli parcours en Coupe Intertoto, ne tombant que contre l’ogre du Milan AC, le reste de la saison 1995-1996 est une morne plaine. Malgré deux internationaux français dans l’équipe – Lebœuf et Keller –, le Racing finit à une décevante neuvième place, compte tenu du potentiel de l’effectif. Arrive un grand remaniement, puisque Djetou, Keller, Lebœuf, Mostovoï et Sauzée quittent le club, sur un sentiment d’inachevé.

1997, année héroïque

Alors que l’effectif est affaibli, que le recrutement ne satisfait pas les supporters et que l’arrêt Bosman a complètement dérégulé le marché des transferts depuis 1995, le Racing se retrouve encore une fois de plus là où on ne l’attend pas. La saison 1996-1997 sera tout simplement l’une des meilleures de l’histoire du club, ce dernier trustant le haut du tableau jusqu’à la mi-mars et une belle troisième place.

David Zitelli. Crédit @Martignac/L’Equipe

Mené par son trio d’attaque infernal Gérald Baticle/David Zitelli/Pascal Nouma, les révélations que sont ses petits jeunes Valérien Ismaël et Olivier Dacourt et son mur slovaque Alexander Vencel, le Racing joue bien et entraîne la ferveur populaire derrière lui. Si la suite du Championnat est moins glorieuse que ce haut du tableau, nos Bleus et Blancs ne lésinent pas sur le parcours en Coupe de la Ligue, lors de la troisième édition.

Strasbourg entre en effet aisément dans la compétition en disposant de l’AS Saint-Etienne des jeunes Willy Sagnol et Grégory Coupet 3 à 0. Comme ce sera souvent le cas cette saison, Pascal Nouma plante un doublé et Baticle participe lui-aussi à la fête. En 8èmes de finale, toujours à la Meinau, le Racing bat l’AS Cannes 2 à 0, avec encore une fois des buts de Baticle et de Nouma. En quart de finale, c’est Louhans-Cuiseaux qui chute en Alsace, sur le score de 5 à 1. Mais attention, le score est trompeur : alors que les visiteurs ouvrent le score, c’est Zitelli qui égalise pour le Racing. Le match ira en prolongation, et Louhans-Cuiseaux explosera alors, prenant quatre buts, de Baticle, Nouma et deux autres de Zitelli. Rangez vos BBC et MSN, à Strasbourg, on ne jure que par la BNZ.

Pascal Nouma, grand buteur du Racing. B.Papon/L’Equipe

Enfin arrive la demi-finale, qui se déroule, là encore, à domicile. Et ce n’est pas n’importe qui qui débarque en terre alsacienne : Monaco, le futur champion de France, avec Fabien Barthez, Emmanuel Petit, l’ancien du club Martin Djetou ou encore Sonny Anderson. Qu’à cela ne tienne, au Racing on aime couper les têtes : Zitelli ouvre la marque juste avant la mi-temps, sur un coup franc. Si Sonny Anderson réplique à l’heure de jeu, Monaco prendra un deuxième coup d’épée du Z qui voulait dire Zitelli, envoyant Strasbourg au Parc des Princes pour y jouer une finale contre les Girondins de Bordeaux.

Elle m’entraîne, au bout de la nuit. Qui ça qui ça ? La séance de pénaltys !

Après un tel parcours et avoir sorti l’ogre monégasque, il serait dommage de s’arrêter maintenant. Alors que le futur quatrième de Division 1 s’avance face à nos irréductibles strasbourgeois, l’enjeu d’une telle finale se ressent dans les têtes et dans les jambes. Les occasions se font rares face à un expérimenté club de Bordeaux, emmené par Jean-Pierre Papin. Comme si les équipes ne voulaient jamais se quitter, la finale finit par arriver à la tant redoutée séance de tirs-au-but.

C’est toujours cruel, injuste et personne ne veut voir ça, ni être là – remember France-Italie 2006… Mais il faut prendre ces responsabilités, parce qu’il y a une finale à gagner. Bordeaux commence. 1-0. Baticle, homme fort du Racing et capitaine, s’élance… et loupe complètement sa frappe, arrêtée sans souci par Gilbert Godard. Bordeaux enfonce le clou, 2-0. Nouma ramène le Racing à 2-1. Grenet, pour Bordeaux, envoie un missile au-dessus de la barre, toujours 2-1. La pression augmente, et Suchoparek égalise, 2-2. On avance dans la séance jusqu’à 4-4. Là, Domoraud voit son tir-au-but arrêté par Vencel, qui donne une balle de match à Strasbourg !

On se met à rêver, on espère que c’est fini et que Strasbourg va soulever la Coupe. Mais ce n’était pas écrit de cette manière… Raschke s’élance et voit son tir-au-but repoussé par Bodart, maintenant le score à 4-4. Bordeaux réplique, 5-4. S’avance alors Rott, qui prend Bodart à contre-pied : 5-5. Et là, on verse dans l’irrationnel total, comme si la saison du Racing ne devait ressembler à aucune autre. Lambourde frappe trop fort et voit son tir s’écraser sur la barre ! Nouvelle balle de match pour le Racing ! Mais comme tout Français à Roland-Garros, balle de match équivaut juste à pression supplémentaire : Vincent Petit s’élance et Bodart sort encore une fois le tir !

Les gardiens s’illustrent ainsi à tour de rôle, tandis que les tireurs tremblent de plus en plus. La nuit s’étire à Paris, la chemise de Jacky Duguépéroux ne semble plus pouvoir prendre une goutte de sueur supplémentaire. Kaba Diawara nous fait une Fékir et réussit à envoyer son tir-au-but à côté et au-dessus, troisième balle de match ! Et cette fois-ci, ce sera la bonne : Stéphane Collet, celui qui ne voulait pas tirer, place parfaitement son tir-au-but, côté droit du gardien, et libère tout un club, toute une région, tout un peuple ! La nuit parisienne prend les couleurs strasbourgeoises et la liesse peut enfin débuter !

Une liesse qui prend rapidement des allures de gueule de bois. Bien que le souvenir de cette victoire soit encore vivace dans la mémoire des supporters du Racing, l’année 1997 fût aussi synonyme de changement, et pas des moindres. C’est en effet l’année où McCormack va arriver aux manettes du club, pour la réussite que l’on connaît. Cette épopée magnifique entraînera néanmoins tout une équipe dans son sillage pour une année exceptionnelle en Coupe de l’UEFA, où Liverpool et les Glasgow Rangers tomberont sous les coups de boutoirs strasbourgeois et où l’Inter de Ronaldo s’en sortira presque miraculeusement.

Que retenir donc de cette période ? Le Racing a connu quelques bouleversements, une génération dorée qui n’a pas su faire fructifier tout son potentiel, mais qui a su se renouveler sous les ordres d’un entraîneur qui connaissait la maison, et d’un trio d’attaque exceptionnel. Et ceux qui étaient en âge de regarder cette finale se souviendront toujours de cette longue nuit parisienne, où les étoiles strasbourgeoises sont celles qui ont brillé le plus fort.

Suite (et fin) de cette rétrospective demain, avec la victoire en 2005 !

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