Bartenders, DJ, serveurs, cuisiniers, plongeurs, physio, pompiers, danseurs… Ils se réveillent quand vous sortez du boulot, rejoindre cette incroyable machine qu’est la nuit, et quand vient l’aube ils rejoignent leurs lits. Ils enfilent leurs tabliers, leurs uniformes, quand vous boutonnez vos chemises et fermez vos escarpins, ils sont les acteurs de vos gueules de bois de demain.
Cette semaine, j’ai rencontré Anthony, chauffeur de taxi la nuit et éternel optimiste.

Salut, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Salut, je m’appelle Anthony, j’ai 30 ans et je suis père de trois enfants, je suis chauffeur de taxi depuis 4 ans pour la compagnie Taxi Hitch.

C’était quoi ton parcours après le lycée, qu’as-tu eu comme expériences professionnelles avant d’être chauffeur de taxi ?

J’ai commencé avec un CAP de peintre carrossier, donc rien à voir. Après j’ai basculé sur du travail à l’usine, pour Clestra pendant quelques temps. Puis j’ai un beau frère dans la profession depuis quelques années qui m’a dit « écoute viens  je peux te trouver une place ». Il y avait un plan de licenciement économique là où je bossais à ce moment-là, du coup j’ai tenté le coup, ça me permettait d’avoir quelque chose derrière. C’est comme ça que j’ai commencé à bosser en tant que salarié, comme chauffeur de taxi de nuit.

Quelles étaient tes motivations quand tu as commencé ce boulot ?

Mon dada, c’est les voitures, j’adore rouler, et j’aime être au contact des gens. Je suis tout de suite rentré dans le bain. Ça changeait de l’usine, même si on roule tout le temps, chaque client est différent, c’est moins routinier.

Ça a changé quoi pour toi de bosser la nuit ? 

Finalement pas grand chose, mon sommeil est juste décalé. Mais ça me convient bien : quand je me lève il est midi ou 13 h, j’ai encore le temps de profiter de ma journée, de mes enfants, et prendre du temps pour moi. Ça c’est vraiment le bon côté de la chose.

C’est quoi les inconvénients du travail ? 

Le manque de travail, justement. Quand j’ai commencé il y a 4 ans, on avait bien plus de clients, mais depuis l’arrivée des VTC, Uber etc, forcément le chiffre d’affaire a pris un coup. C’est en partie la raison pour laquelle je suis passé sur un mi temps depuis peu. 

Qu’est ce que tu aimes dans le fait de bosser la nuit ? 

Dans le taxi, c’est la diversité, il y a de tout. Tu peux tomber sur n’importe quel type de client. En journée, c’est une clientèle d’affaire, les gens se ressemblent. La nuit c’est un autre monde, c’est plutôt des particuliers, des gens qui sortent en boite ou au restaurant, une famille qui rentre de vacances. Il y a plus de conversations, et chaque voyage est différent et a son lot de découvertes et de rencontres. 

C’est quoi tes horaires de travail ? Ta nuit type ?

Je commence mon service à 19h, en général ça va être la gare, ou éventuellement l’aéroport. J’attends les clients. Et il y a aussi la centrale radio, si jamais j’ai un ordre de courses par la centrale, je me déplace. Après, les voitures sont envoyées en prenant aussi en compte le temps d’attente du client, si je suis à l’autre bout de la ville, on ne va pas m’envoyer moi. Et je m’arrête en général vers minuit, après je peux être amené à faire des heures sup s’il y a des précommandes par exemple.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ta profession, à quoi faut-il faire attention quand on fait ce boulot ?

Spécifiquement la nuit, il faut être prudent. C’est beaucoup une affaire de feeling. Il faut sentir si un client est fiable, ou si c’est un client qui va faire des problèmes, un peu trop éméché par exemple, ou un fauteur de troubles. Après, le plus important, c’est d’être sociable. Si tu es timide ou que tu es quelqu’un qui n’aime pas parler, ne fais pas ce métier. Il faut savoir s’adapter à chaque client.

La clientèle de nuit est elle plus dure à gérer ?

Oui, quand même. La nuit, il y a le facteur alcool / fête qui n’est pas négligeable. Après, ça dépend comment on s’adapte, il faut être vraiment ouvert.

On est chauffeur, mais parfois on est aussi un peu psy. Parfois, les gens ont besoin de parler, de se livrer. Il faut savoir être une oreille, donner éventuellement son opinion, mais sans jamais prendre parti, sans s’imposer et sans créer de conflit. Parfois des gens ont des problèmes perso, avec leurs familles ou quoi, alors j’essaie de leur remonter le moral. Si ils rentrent les larmes aux yeux dans le taxi, j’essaie de les faire ressortir avec le sourire. Il faut que le voyage soit un bon moment pour les gens. Avec un inconnu, on se livre plus facilement, on peut échanger, et dire des choses qu’on ne peut pas dire à ses proches, sans être juger. Moi je vais juger personne, c’est des gens que je vais sûrement plus jamais voir, et les clients le savent. Les clients ont une facilité à parler et on doit savoir accueillir leurs propos et les traiter intelligemment, les mettre à l’aise.

C’est quoi la plus mauvaise expérience que tu as eue avec un passager ?

C’est les taxis basket, j’en ai eu que deux heureusement en 4 ans. Comme je t’ai dit, il faut savoir le sentir quand il va se passer quelque chose. Maintenant, quand je sens que ça va pas aller, j’encaisse ma course tout de suite. Il y a aussi les gens un peu trop bourrés qui ne se souviennent pas de leur code au moment de retirer après la course, il faut savoir être attentif à ça. 

Tu as fais des rencontres marquantes ? 

Non pas spécialement, mais disons qu’on a une clientèle d’habitués, qui nous appelle tous les soirs, et qui d’ailleurs nous fait un peu bosser pendant les moments creux. C’est sur qu’avec ces clients là il y a une complicité, on se connaît un peu, et le trajet est d’autant plus agréable.

C’est quoi pour toi un bon chauffeur de taxi ? 

C’est un chauffeur ponctuel, souriant, respectueux, parce que j’estime que c’est la base. Et puis, un chauffeur qui va au plus direct, et au moins cher pour le client. Le but, c’est que le client nous rappelle. Il faut que quand le client sort du taxi, il soit satisfait. La fois d’après, il n’aura pas envie d’appeler un Uber ou un autre numéro. Si son transport et la prestation étaient bons, il reviendra.

C’est ça le problème aussi. On a tellement mis dans la tête des gens que Uber était moins cher, que les gens ne réfléchissent même plus et en sont convaincus. Alors que souvent, pendant les heures d’affluence, le prix des courses Uber sont majorés et recalculés. Pendant le soir du nouvel an, certains clients on eu des courses Uber majorées x 4, des courses à 25 euros revenaient à 100 €, c’est énorme. Chez nous, le prix reste le même, et il y a une prestation pro qui va avec, c’est ça que je défends. Heureusement, on a des clients qui commencent à comprendre ça. Après, je n’ai rien contre eux, chacun gagne sa croûte comme il veut, mais moi ça ne m’intéresse pas. 

Est-ce que justement, tu ne penses pas que les taxis devraient s’adapter et suivre ce mouvement de modernité, par exemple en créant une application ?

Et bien justement, on a sorti une application, Taxi Strasbourg. C’est presque similaire, tu vois ta voiture qui arrive, tu as l’estimation de prix, et même un temps d’attente offert. Ça veut dire que l’estimation que tu as sur ton téléphone, dans trois quart des cas, tu vas payer moins cher à l’arrivée, et évidemment jamais de majorations.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui veut se lancer dans ton métier ?

Très simplement, fais les choses bien. Sois sociable, souriant, sois content d’être là et aime ton métier. Si tu tires la tronche, que t’aimes pas les gens, laisse tomber. Fais preuve d’adaptation, garde ton sang froid, fais preuve de bon sens, et surtout, roule correctement.

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