Suite à plusieurs actes de haine contre la communauté juive ayant eu lieu ces derniers jours, la majorité des partis politiques ont appelé à une mobilisation nationale « au-delà des clivages » contre l’antisémitisme. Mardi, à Strasbourg, comme un peu partout en France, on répond présent. Le même jour, encore 96 tombes du cimetière juif de Quatzenheim (à 10km de Strasbourg) ont été découvertes saccagées et taguées de symboles nazis.

Près de 2500 personnes étaient présentes mardi soir pour un bref mais émouvant rassemblement place de la République. Pas de pancarte, pas de slogan, pas de discours politique. Seulement quelques lectures de la part d’une poignée d’adolescents, une minute de silence respectée et une marseillaise entamée. Quinze minutes plus tard, après quelques accolades et quelques bougies posées, chacun rentre chez soi. Voilà comment s’est déclinée la version strasbourgeoise de l’appel national contre l’antisémitisme. Tout en sobriété.

Photos et texte, sauf précisions: M.L. pour Pokaa.fr

Un appel national suivi à Strasbourg

Cet appel national fait suite à une actualité de ce début d’année particulièrement chargée d’antisémitisme. A l’origine de l’appel, on rappellera le graffiti antisémite sur un Bagelstein parisien, celui sur une boite aux lettres décorée en hommage à Simone Veil ou encore les agressions verbales à l’encontre de l’écrivain médiatique Alain Finkielkraut. Pour ce dernier cas, la personne ayant insulté Mr.Finkielkraut serait un Mulhousien  connu des services de renseignement. Il était placé en garde à vue mardi soir à Mulhouse et serait sorti cet après-midi. Il sera devant le tribunal correctionnel à Paris le 22 Mai. 

En France, les actes antisémites auraient augmenté de 74% par rapport à l’année dernière (541 actes antisémites recensés en 2018 contre 311 en 2017), mais c’est sans compter les insultes qui foisonnent sur internet.

L’ignorance, la bêtise et la haine, toujours au beau fixe en 2019

Dans le Bas-Rhin, c’est une dizaine actes de antisémites et racistes depuis juillet dernier, dont au moins 5 depuis début 2019.

Le jour même de ce rassemblement à l’échelle nationale, les résultats de nouveaux actes odieux ont été découverts à Quatzenheaim. 96 tombes ont été vandalisées. Le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu sur place, accompagné du Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. A noter qu’à cause d’une flopée incontrôlable de propos antisémites, France 3 Grand Est a du interrompre son live Facebook.

Aujourd’hui encore, le blog de la Robertsau fait état de tags sur la plaque commémorative du pont de la Rose blanche, en hommage à un groupe d’étudiants résistants, arrêtés et executés en 1943. Ces tags sont d’ores et déjà nettoyés par les services de la ville.

Quartzenheim ce mardi @Ignacio Bornacin
Quartzenheim ce mardi @Ignacio Bornacin

Ce ne sont pas les seuls exemples d’antisémitisme récents dans la région. Un centre d’accueil des demandeurs d’asile avait subi un sort similaire, tout comme la permanence d’un député LREM du Bas Rhin, Bruno Struder le mois dernier ou encore la maison du vice-président du conseil départemental et maire de Brumath, Etienne Wolf, en novembre dernier et des stèles du cimetière d’Herrlisheim. Liste non-exhaustive.

Le « cri » de Strasbourg contre l’antisémitisme

Depuis le mardi 12 une pétition en ligne pour dire non à l’antisémitisme circule; vite rejointe par « Le Cri de Strasbourg » du Consistoire Israélite du Bas-Rhin. Peu après, une mobilisation nationale a émergé à l’initiative du Parti Socialiste. Tous les grands partis politiques ou presque se sont rattachés à l’appel. La France Insoumise s’y est associée avec un peu de retard, prétextant qu’elle n’aurait pas été invitée. De son côté, le Rassemblement National ne l’a pas été et s’en est offusqué.

Le Consistoire Israélite du Bas Rhin et son président Maurice Dahan avaient par ailleurs indiqué qu’ils porteraient plainte contre des slogans antisémites perpétrés en marge du cortège des gilets jaunes strasbourgeois lors de l’acte 11.

Le débat autour de « l’antisionisme » fait rage 

Suite à la journée de mardi, plusieurs députés se sont prononcés pour une pénalisation de « l’antisionisme » pour étendre le champ juridique de ce qui serait antisémite (et donc condamnable par la loi). L’antisionisme est souvent le cache-misère d’un antisémitisme crasseux, notamment pour éviter de tomber sous le coup de la loi. Certains experts parlent d’un glissement sémantique. Au lieu de dire « sale juif » les antisémites modernes diraient « sale sioniste ». Pour autant, il est important de différencier les deux termes (antisémitisme et antisionisme).

LEXIQUE:

Antisémite: de caractère haineux contre les personnes de confession judaïque ou du peuple juif en général.

Antisioniste: Contre la mouvance politique et religieuse visant l’instauration et consolidation d’un Etat juif en Palestine

Sioniste: Pour la consolidation d’un Etat religieux juif en Israël, considérant que le peuple juif doit former une même nation sur les terres de leurs ancêtres.

En résumé, par définition, on peut être antisioniste sans être antisémite, on peut même être juif et antisioniste, on peut être sioniste et contre la colonisation du peuple palestinien, ou encore sioniste et antisémite… les nuances sont nombreuses. De fait, cette proposition de rattacher l’antisionisme à l’antisémitisme a provoqué nombre d’indignations de tout bords et un débat fourni dans les médias.

Des annonces d’Emmanuel Macron

Après sa visite à Quatzenheim mardi, Emmanuel Macron s’est rendu hier soir au diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et a annoncé des mesures qui vont dans ce sens (alors qu’il avait coupé court au débat quelques heures auparavant). La France devrait appliquer une nouvelle définition (adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah) de l’antisémitisme élargie à l’antisionisme, « sans changer le code Pénal » précise Emmanuel Macron.

Le Bastion social potentiellement dissout

D’autres mesures ont été annoncées  comme une proposition de loi pour lutter contre la haine sur Internet, ou encore la volonté de dissoudre « des associations ou groupements qui par leur comportement nourrissent la haine, promeuvent la discrimination ou appellent à l’action violente. » Trois d’entre eux sont nommés: Bastion Social (dont une branche s’était installée récemment à Strasbourg), Blood and Honour Hexagone et Combat 18. Une procédure devrait être mise en place par la Ministre de l’Interieur.

De son côté, le conseil municipal strasbourgeois devrait discuter d’une motion sur l’antisémitisme le 25 février prochain. Un arbre devrait également être planté, symbolisant  l’« attachement aux principes fondamentaux de la Déclaration des droits de l’homme ».

Il est important de rappeler que toutes les formes de racisme et de discours haineux (pas seulement l’antisémitisme) ne sont pas des opinions, mais bien des délits punis par la loi. Ça vaut aussi dans les commentaires.

 

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