Hier tout le monde était rivé sur son téléphone, sur ses écrans à prendre des nouvelles de ses proches ou à s’occuper des autres, d’une manière ou d’une autre. Certains n’ont pu rentrer chez eux que très tôt ce matin, d’autres ne rentreront pas.

Et aujourd’hui, c’est un jour un peu particulier.

Chacun fait comme il peut pour s’exprimer, essayer de faire ressortir tout ce maelstrom d’émotions, de tristesse, de dégoût, de colère… qui bouillonne depuis hier.

Certains font des dessins, d’autres s’indignent sur les réseaux, ou encore restent chez eux en PLS-boule sous le plaid… Perso, je n’ai pas su faire autre chose que de passer en ville et prendre quelques photos.

Alors voilà, c’est peut-être tomber dans le pathos, peut-être même que pour certains, c’est glauque. C’est peut-être vous renvoyer une réalité que moi-même j’ai encore du mal à encaisser, mais j’en ressentais le besoin. Faut bien un peu de catharsis, en espérant que ça vous serve aussi.

En me baladant dans la rue, au début je n’ai pas compris. Ce n’était pas le flux de touriste habituel certes mais… Il y avait des gens, de la vie. On se serait cru en octobre, quelques degrés de moins. Et puis j’arrive à Broglie, là c’est le choc.

On échange des regards fuyant avec les gens, les cabanons sont bouclés. La place est vide.

J’ai toujours eu du mal à pleurer, « c’est comme ça » je me disais. Psychologique il paraît…

Et bah là j’ai pleuré.

Et pas qu’un peu.

Et pas qu’une fois.

Les gens sont complètement désorientés. On traverse la rue sans trop regarder, on se bouscule malgré qu’il n’y ait que peu de gens dans les rues… bref, on ne sait pas trop où on est, on ne sait pas trop où se mettre.

Ces places, habituellement noires de monde, on avait prévu d’en faire un article aussi, sur le trop plein de gens, les boutiques qui paraissent aseptisée, tout ça tout ça. Bah là plus envie hein. Elles manquent ces boutiques. Ces boutiques, ces lumières, cette foule oppressante, ces odeurs de vin chaud, de tarte flambée… Bah là plus rien, juste du froid et quelques grappes de personnes qui longent des lignes de cabanes fermées et des illuminations éteintes.

Au détour d’une rue, on tombe sur les forces de l’ordre, police ou militaires, on sursaute, mais on salue. Des cadreurs et des équipes de télé sont partout, tout le monde veut son plan de notre marché endeuillé. On se posera des questions plus tard, pour l’instant, on s’en remet comme on peut, parce qu’on va s’en remettre.

On arrive sur les lieux des fusillades et bah on craque. Alors on va chanter ce qu’on veut, on va poser nos bougies, etc et surtout ne nous emmerdez pas pour ça. Ça fait plus de 10 ans que je vis ici. J’adore cette ville.

Pleurons, surmontons cette épreuve ensemble, retrouvons nos rues, créons de nouveaux souvenirs et espérons que nous puissions à nouveau rire de notre marché de Noël, de ses baguettes flambées à six euros et de son vin chaud qui colle les doigts.

16 COMMENTAIRES

  1. Je suis touchée par cet article car c’est exactement ce que j’ai vécu en me baladant dans strasbourg aujourd’hui. Le jour d’après, le jour où l’on réalise vraiment ce qu’il s’est passé et que la tristesse et l’émotion nous submerge. Les jours d’après, qui vont être durs à surmonter. Rien ne sera plus comme avant, j’aurais cet horrible souvenir chaque jours en me rendant à Strasbourg. Quelle injustice, cette magnifique ville souillée par de tels actes ! Que notre amour pour cette ville nous unissent et soit plus fort que le terrorisme. Pas de ça chez nous ! Strasbourg stay strong ! Strasbourg mon amour !
    Message d’une étudiante strasbourgeoise.

  2. J’ai eu ce même besoin. Aller en ville. Me recueillir à certains endroits. J’ai eu ce même sentiment. Les gens sont là physiquement mais ont le regard dans le vide. J’en ai vu pleurer (comme moi), et tous étaient perdus de voir cette différence entre maintenant et notre ville aux heures heureuses. On n’oubliera pas, mais on se relèvera. Merci pour cet article.

  3. Aujourd’hui je me laisse submerger par cette tristesse, partagée par l’ensemble des strasbourgeois qui semblent marcher en rasant les murs. Aujourd’hui j’accepte d’avoir peur de déambuler dans ma ville chérie en deuil, puisqu’il n’y a pas de raison que la prochaine fois on ne fasse pas partie des victimes, mes proches ou moi ? Mais dès demain, bande de haineux décérébrés et déshumanisés, je retourne me gaver de vin chaud, gaufres, tartes flambées sur baguette au marché de noël, je retourne me mêler à la foule des touristes venus admirer les illuminations. Sénèque disait : la vie c’est apprendre à danser sous la pluie. Là c’est un putain d’orage qu’on s’est pris dans la gueule. Mais je compte bien danser dessous de toutes mes forces. Strasbourg reste debout. Et Strasbourg vous emmerde.

  4. Merci pour cette article qui m’a encore fait verser quelques larmes. Je prie pour les victimes et leurs familles et j’espere que nous retrouverons bientôt notre Strasbourg bien aimé <3

  5. J’ai le cœur brisé depuis que c’est arrivé.
    J’ai vécu à Strasbourg de 2016 à 2017 et c’est la ville où je me suis le mieux sentie, chez moi.
    Le marché de Noël est mon moment préféré, j’y passais tous les jours en rentrant chez moi. Ça paraît irréel de le voir vide comme ça.
    Je suis de tout cœur avec vous.
    On a peur, mais on reste debout.

  6. Après une nuit d’angoisse, je me sens toujours triste, à pleurer. Mes proches sont en sécurité mais je pense aux victimes et à Ma ville ! Comment a-t-il pu cet assassin toucher à ma ville et faire pleurer autant de monde ici et au loin ! On n’oubliera jamais mais on se relèvera !

  7. Merci.
    J’ai craqué en voyant à la fin les photos du marché ouvert et bondé, comme avant.
    Je quittais Strasbourg mardi soir, juste avant, et là j’ai tellememt envie d’y être et en même temps tellement peur de retrouver une ville fantôme …
    Love you Strasbourg :,(

  8. 35 ans de ma vie, et les tous premiers mois de mon existence rue du chaudron, là où la première victime est tombée mardi. 35 ans de ma vie, dans cette ville, ma ville, qui m’a forgée et nourrie, a été le théâtre de mes amours, mes amitiés, mes joies, mes peines, mes révoltes et mes colères, mes tentatives et mes emmerdes, mes plaisirs et mes déceptions, ma première bière et mes plus grosses cuites, mes plus belles rencontres et mes plus douloureuses ruptures, cette ville qui m’a faite vibrer, jouir, rire, courir, rêver et pleurer…
    Je l’ai quittée, cette ville, et pourtant l’évènement douloureux qui a touché son coeur, mon coeur, nos coeurs et meurtri son âme, mon âme, notre âme… m’a renvoyé comme une déferlante combien elle était mon encrage, mon port d’attache… Alors comme une évidence, je suis monté dans ma bagnole ce mercredi 12 décembre pour la rejoindre, pour communier avec elle, et ressentir sa blessure profonde, juste être là, chez moi… et à nouveau elle m’a fait pleurer… j’ai mal à ma ville, et à mon humanité. Aucune haine, aucune colère, juste une profonde tristesse, et aussi beaucoup d’espoir. Parce Strasbourg est meurtrie, mais vivante. Elle est ouverte et authentique, humaine et tolérante, millénaire et moderne. Je suis Strasbourg, nous sommes Strasbourg… pour toujours.

  9. Un grand merci Martin, pour cette article.
    Moi aussi j’adore ma Ville, Strasbourg est dans mon coeur depuis mon plus jeune âge. Et a la période de Noel elle est encore plus belle notre Ville bien aimée.
    Jamais jamais je n’aurait plus imaginer que de tels actes se passerait a Strasbourg.
    Toutes mes condoléances aux victimes et je leur souhaite un peu de lumière chaleureuse et reconfortante pour surmontés leurs peines.

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