Dans le cadre de la sortie de la comédie dramatique « Lola et ses frères », projetée en avant-première à l’UGC Ciné Cité, on a rencontré Ludivine Sagnier, José Garcia et Jean-Paul Rouve, qui y jouent une fratrie touchante et soudée face aux événements de la vie. C’est à l’hôtel Régent que le rendez-vous a été donné. Je les retrouve dans le petit salon, l’ambiance est aux petites taquineries et aux blagues. Un trio aussi bienveillant dans la vraie vie que dans le film. J’hésite à lancer à José Garcia: « Alors on est pas venu en blanc aujourd’hui José ? ». L’interview peut démarrer. 

Est-ce que le fait de jouer cette fratrie a crée de vrais liens entre vous?

Ludivine Sagnier : Évidemment, enfin je ne parle qu’en ce qui me concerne. Quand on tourne un film, ça dépend des émotions qu’on explore dans le film, mais dans celui-ci évidemment, cette fratrie, elle est trop émouvante pour qu’on l’oublie.

Vous avez des frères et sœurs ?

Jean-Paul Rouve : Je suis fils unique.

José Garcia : Moi aussi.

Ludivine Sagnier : Moi j’ai une sœur.

Du coup si vous aviez dû vous inventer des frères et sœurs, c’est tout trouvé?

Jean Paul Rouve : Avec grand plaisir !

Ludivine Sagnier: Ça ne m’aurait pas dérangé moi, surtout qu’ils sont pleins de thunes (rires) Pardon.

José Garcia et Jean- Paul Rouve et Ludivine Sagnier alias la princesse Leïa du bretzel. Crédit photo : Grégory Massat.

Est-ce que les rôles étaient déjà destinés à José Garcia et Ludivine Sagnier ?

Jean-Paul Rouve : Non pas du tout, avec David Foenkinos, on ne pense jamais aux comédiens avant de finir d’écrire, pas par superstition qu’ils nous disent non, mais je me dis que si je pense à un acteur, inconsciemment j’écrirais pour lui et pour sa personnalité. Je serais influencé par sa façon de parler, et je n’ai pas envie qu’un personnage tende vers un acteur. J’ai envie d’écrire un personnage, et que l’acteur ensuite vienne se mettre dans ces habits-là pour créer quelque chose de différent encore. J’ai pensé en tout premier à Ramzy, c’est quelqu’un avec qui j’ai envie de tourner depuis longtemps et que je connais depuis 20 ans. Je lui ai envoyé le scénario en premier, son personnage est indépendant de la famille dans le film, il n’y avait rien à construire par rapport aux autres. Pour les frères et sœurs il fallait trouver quelque chose de cohérent.

Et de ressemblant.

Jean-Paul Rouve : Et de ressemblant. D’ailleurs tu vois José et moi c’est flagrant. Tout le monde pense qu’on est frères (rires). Et ensuite José a été le deuxième à qui j’ai envoyé le scénario, parce que les autres je n’avais pas leur adresse tout simplement. José j’avais son adresse.

José Garcia : Je la note même sur Facebook, les gens peuvent venir chez moi.

Jean-Paul Rouve : Voilà, donc c’est vraiment pratique. Donc José, que je ne connaissais pas, on se croisait dans la vie, mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Enfin de manière indirecte sur « Madagascar » on faisait des voix, mais on ne se voyait pas plus que ça. Et c’est un acteur que je suivais, que j’aime beaucoup depuis longtemps. C’est bizarre tu ne sais pas vraiment pourquoi tu choisis un acteur au fond. Parce que dire que c’est un bon acteur, c’est d’une banalité sans nom. Mais je le vois c’est tout, quand j’ai lu mon scénario je me suis dit que José là-dedans il serait formidable, il a toute cette humanité dont j’ai besoin, tout ce côté un peu sombre, mais en même temps de la comédie. Ensuite, il me fallait la sœur, là j’ai rencontré plusieurs comédiennes, j’ai pensé à des comédiennes, entre 35 et 40 ans.

Ludivine Sagnier : Ah bah non..

Jean-Paul Rouve : Bon après quand j’ai choisi Ludivine, j’ai rajeuni le rôle (rires). Et voilà j’en ai rencontré, et à chaque fois je disais aux comédiennes que j’en rencontrais d’autre, ce n’était pas du tout secret. Toutes excellentes, toutes de bonnes actrices, évidemment.  Avec Ludivine on a fait des essais comme ça, moi je lui donnait la réplique et ça c’est super bien passé, vraiment. Il me fallait ce mélange de douceur et de fragilité, qu’à le personnage de Lola, un peu étouffée par ses frères, mais également cette force parce que c’est aussi un peu leur mère et c’est elle qui porte toute la famille. Et j’ai trouvé ça chez Ludivine. Après ça devient des évidences, vous vous dites oui voilà c’est ça. C’est important le choix des acteurs.

Et toi c’était évident que tu serais dans le film?

Jean-Paul Rouve : Non, non pas du tout, c’est un autre comédien qui devait le faire, mais mes dates de tournage ont été déplacées, et lui il avait un film qui sortait au même moment, il y a eu un problème de calendrier. Je me suis retrouvé un peu au pied du mur, j’en ai parlé à mon producteur. Moi je ne voulais pas le faire du tout. C’est fatiguant. Déjà de faire un film, mais en plus de jouer…

Ludivine Sagnier : Moi j’étais trop contente.

Jean-Paul Rouve : Non mais après j’étais content de le faire, mais le premier jour j’étais un peu chafouin comme on dit. Mais après franchement j’étais heureux de le faire. C’est vrai qu’on ne se rend pas compte, tu te dis que c’est du taff, mais tu oublies le plaisir de se retrouver autour d’une table avec Ludivine, José, Ramzy, et le plaisir d’acteur, à déconner dans une voiture avec José. Ça c’est très agréable, vraiment.

Est-ce que vous avez une anecdote de tournage marrante à me raconter?

José Garcia : Hum anecdote drôle il n’y en a pas eu vraiment, parce qu’on était très investis sur le film. Quand on a un metteur en scène qui est en plus acteur, on est très, très à l’écoute de ne pas trop le perturber. En fait, rajouter des idées pendant le tournage ou en inventer qui puissent apporter des choses au film, ça marche. Mais on fait quand même très en sorte de ne pas mettre de fioritures, de trucs qui pourraient gêner, ou le déstabiliser. On est tous hyper concentrés sur le fait de faire le meilleur film possible, celui qui est à Jean-Paul, et de ne pas le dévier vers quelque chose de différent. Alors après si tu veux (rires), hors tournage, alors là évidemment c’est la foire à l’empoigne. C’est la foire de Paris.

Ce sera dans les bonus du DVD?

José Garcia : Non, non, on avait quelques morceaux de karaoké, j’avais un morceau fétiche extraordinaire, où on a réussi à se filmer, tu sais dans l’endroit dans lequel je chante dans le film. C’est un vrai endroit, on tournait juste à côté. Donc après on allait toujours y boire un verre avant d’aller se coucher, et c’est vrai qu’il y a eu des moments forts, avec la mort de Johnny par exemple, donc on allait chanter un petit peu. Mais j’ai effacé très vite la vidéo (rires).

Crédit photo Grégory Massat.

Est-ce que vous vous trouvez des points communs avec votre personnage?

Ludivine Sagnier : Lola, c’est une femme qui lorsqu’on la rencontre, est dans une situation un peu stagnante, elle a du mal à avancer dans sa vie. Et en même temps, elle ne manque pas d’énergie car elle plaide au barreau non-stop et elle soutient ses frères, qui prennent énormément de place dans sa vie. Ce n’est pas quelque chose dans lequel je me reconnais car je n’en suis pas à ce moment là de ma vie. Je suis un peu plus vieille que Lola, mais ce qui me touche chez elle c’est sa détermination, le fait qu’elle ne lâche rien. Même si elle est un peu coincée dans sa vie, elle a un instinct vers le bonheur, vers le bien-être et le fait de choisir la personne de Zoher ce n’est pas anodin, elle va vers un homme qui la sécurise, qui lui fait du bien. Elle cherche une douceur et un équilibre. C’est en ça que je m’identifie à elle.

Jean-Paul Rouve : Moi c’est particulier, étant donné qu’on a écrit le film avec David, dans tous les personnages il y a un trait de nous, même dans Lola. Ils sont un petit peu nous quand même. Mais le personnage de Benoît, je réfléchis, je n’ai pas l’impression de me trouver des points communs avec lui. Peut-être plutôt le personnage de Pierre, serait plus proche de ma façon de penser quelque fois, de mes réactions. Mais le personnage de Benoît est très, très loin de moi, ce n’est pas moi du tout. Mais j’aime bien jouer des choses qui ne me ressemblent pas. C’est plus amusant de créer un mec, sans le juger, sans dire moi je suis mieux ou moins bien. Mais non, je ressemble plutôt à Pierre, je dirais.

José Garcia : Quelques fois on a pas besoin d’avoir des personnages qui nous ressemblent pour se raconter. On peut prendre des supports et se raconter, je trouve ça formidable d’ailleurs. Prendre des personnages qui sont aux antipodes et qui racontent beaucoup plus de choses sur nous ou qui dévoilent plus de choses que les personnages qui seraient dans la tête des gens, plus proches de nous mais qui en fait sont une totale composition. Dans le personnage de Pierre, c’est les rythmes… la solitude de Pierre, c’est quelque chose qui m’a heurté, qui m’a rattrapé. Mais parce qu’il y a eu des pans de vie où j’ai été dans la même situation solitaire, peut-être que ça vient plus de l’enfance. Ce sont des personnages très, très bien écrits humainement, et qui permettent à nous tous d’y mettre une part de nous ou une part de quelque chose qui est en nous. Ça peut-être le rythme, l’émotion, la tendresse. Quand je pense à Ramzy, c’est pareil, il a une gentillesse profonde, une manière de prendre les gens dans ses bras, et c’est génial parce que là dans le film on le ressent.

Crédit photo : Grégory Massat

Qu’as-tu voulu passer comme message avec ton film?

Jean-Paul Rouve : Comme tout ces personnages, on a tous un moment dans notre vie où il y a un événement qui nous fait nous arrêter et regarder ce qu’on a fait et surtout ce qu’on a envie de faire. C’est ça le plus intéressant. Parce que notre société elle est comme ça et elle a toujours été comme ça, ce qu’on représente, l’image qu’on veut donner est souvent plus importante que ce qu’on décide de faire. On est tous happés par ça, « si je fais ça qu’est-ce qu’on va penser de moi? » Et il y a plein de gens qui font toute leur vie comme ça sans se poser la question de : « Est-ce que ce que je fais dans ma vie, ce que j’ai fait, c’est vraiment ce dont j’avais envie au fond? » Ce sont souvent des événements de la vie qui font finalement qu’on se pose la question. Et j’aime bien, je trouve que c’est positif, dans le rôle de José, ce qui lui arrive, il se retrouve sans boulot, et il se pose cette question là. Y a beaucoup d’espoir, il se sert de ça pour avancer, mon personnage c’est pareil, Lola c’est pareil. Je trouve ça intéressant, ce n’est pas une question d’âge ou de maturité, même si ça arrive souvent plus facilement quand on est plus âgés, ça peut arriver aux plus jeunes aussi. Il y a des gens parfois qui ont vingt ans et qui ont un accident. Moi je connais quelqu’un comme ça, il a 35 ans, il s’est retrouvé en fauteuil roulant à 20 ans, tu imagines? Et aujourd’hui il me dit :  » En fait ce qu’il m’est arrivé, c’est la chance de ma vie ». C’est fou quand même non? L’homme que je suis aujourd’hui, je n’aurais pas été cet homme là, je suis un homme vachement mieux que si il ne m’était pas arrivé ça. J’aime cette façon de penser, elle est forte! Je n’en serais pas capable moi je pense, il faut une force de caractère immense, mais c’est de ça dont on a envie de parler David et moi. 

Si vous pouviez emmener quelque chose de Strasbourg chez vous?

Ludivine Sagnier : Tu vois là on se balade au bord de l’eau, je trouve ça hyper relaxant et dépaysant, j’aime l’eau qui traverse la ville. Tu as l’impression qu’il ne peut rien t’arriver.

José Garcia : J’emmènerais la Petite France.

Jean-Paul Rouve : J’adore les maisons à colombages.


>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci aux équipes de l’UGC Ciné Cité de Strasbourg et de l’hôtel Régent pour leur accueil ainsi qu’à Grégory Massat pour ses magnifiques photos.

« Lola et ses frères » est à l’affiche à partir d’aujourd’hui dans tous vos cinémas strasbourgeois.

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