Le Grand Contournement Ouest de Strasbourg est un de dossiers les plus chaud de l’actualité de la région. Ce projet d’autoroute controversé au coût estimé à plus d’un demi-milliard d’euros n’en finit plus d’agiter les passions et les débats. L’idée est vieille de plus de 40 ans, proposer une voie Nord-Sud pour passer du côté ouest de Strasbourg sans rentrer dans la ville. Les travaux de cette nouvelle quatre-voies à péage (petit résumé ici également) devrait faire 24km de long, impactant 24 communes, a déjà fait tomber une quarantaine d’hectares de forêt (dont l’habitat naturel de plusieurs espèces endémiques) et devrait déloger près de 300 hectares de terres agricoles fertiles. On fait le point sur les évolutions des dernières semaines.

L’objectif affiché par les tenants du projet est de désengorger la ville, notamment l’A35, une des autoroutes les plus fréquentées de France avec 160 000 véhicules par jour dont une grande partie de pendulaires (voyage domicile-travail, essentiellement en heure de pointe) et ses nombreux poids lourds (10% du trafic), mais aussi de réduire la pollution qui en découle. Un collectif GCONonMerci, qui milite depuis plus de 15 ans contre ce projet, réfute ces deux arguments, dénonçant la mise en place d’un « couloir à camion » et un « triple déni, écologique, démocratique et juridique ».

Les travaux (notamment le déboisement) ont commencé malgré de nombreuses manifestations, la découverte de vestiges archéologiques, les rapports environnementaux négatifs et les procédures judiciaires. Un groupe de militants a récemment entamé une grève de la faim. Ils viennent de l’arrêter après un mois de jeûne. Leur opération a permis une plus large médiatisation de l’affaire, des soutiens à travers la France d’autres militants écologistes et de nombreuses prises de positions politiques.

L’ancien site de la ZAD du Moulin vers Kolbsheim

Vinci/ARCOS et la Sanef, les concessionnaires du projet, continuent leurs travaux, parsemés d’interventions de militants (retardant les travaux parfois de plusieurs heures) suivis des forces de l’ordre qui viennent les déloger presque chaque matin. Parfois les interventions se déroulent avec violence face à leur refus d’obtempérer, comme ici il y a quelques jours ou plus généralement dans le calme relatif comme avec un jeu de chat et de la souris à l’instar d’hier matin.

Fin de la grève de la faim, après 1 mois

La dernière grande nouvelle en date, c’est la fin de la grève de la faim. Depuis le 22 octobre dernier (on vous en parlait ici), 10 militants s’étaient engagé à ne plus manger et ne plus rien boire à part de l’eau et de la tisane. Après deux-trois semaines, la moitié avait abandonné, notamment sur ordre du groupe de 6 médecins qui les suivaient. Ils ont tous perdu entre 7 et 13kg soit plus de 10% de leur masse corporelle. Le secrétaire du préfet du Bas-Rhin avait mis en doute le sérieux de leur grève. En réponse, ils s’étaient déshabillés place Broglie lundi dernier, dévoilant leurs corps amaigris. L’un d’entre eux était tombé dans les pommes. Mardi 20 novembre, ils annoncent à la presse qu’ils arrêtent la grève. Seuls trois d’entre eux pouvaient continuer, mais le groupe entrait dans la période où leurs organes vitaux commençaient à être en danger. En tout, cumulé avec les grèves sporadiques de citoyens solidaires, le collectif revendique près de 500 jours de grève de la faim.

Trois des 5 grévistes de la faim restants en conférence de presse à l’église Saint-Michel de Bischeim
Elisabeth Dupeux, l’une des grévistes répondant aux questions des journalistes

Le soutien appuyé de nombreux élus

Depuis le début de cette grève de la faim, de nombreuses personnalités et structures ont affiché leur soutien. 250 élus locaux, 70 parlementaires (députés, sénateurs et députés européens majoritairement des verts et de la gauche, exception notable faite de Martine Wonner, députée LREM de la 4e circonscription du Bas –Rhin, depuis plusieurs mois activement contre le GCO, dont le tracé traverse sa circonscription) ont appelé sans succès à ce qu’Emmanuel Macron, pourtant en visite à Strasbourg pour les commémorations de l’armistice, rencontre les grévistes et à ce qu’il étudie leur demande de moratoire sur les travaux. Les éurodéputés José Bové et Karima Delli, signataires de cet appel, se sont fait gazés par les forces de l’ordre lors de leur visite aux opposants sur le site des travaux, suite à quoi Mme.Delli a fait un malaise. Dany Karcher, maire de la ville de Kolbsheim avait brûlé son écharpe d’élu.

Germaine, doyenne et symbole du mouvement anti GCO en manifestation spontanée à Strasbourg
Dany Karcher, maire de Kolbsheim très actif dans la lutte contre le GCO

Un combat sur le terrain, dans l’opinion, dans la presse et en justice

A côté, c’est tout un panel d’acteurs divers et variés qui ont récemment rejoint les anti-GCO. L’église protestante, d’abord à l’échelle locale avec l’Union des Eglises Protestantes Alsace-Lorraine, puis nationale avec la Fédération Protestante de France, appelle à soutenir les grévistes. Ces derniers avaient élu domicile dans l’église Saint-Michel de Bischeim.

Le Syndicat des Avocats de France également, réitère son soutien aux anti-GCO, appelant au « droit au recours effectif ». Dans les nombreuses procédures judiciaires en cours (les opposants manifestent régulièrement devant le tribunal administratif), les opposants avaient demandé une suspension des travaux le temps du jugement au fond d’autres procédures. Elle a été refusée mardi 25 septembre à cause des « troubles à l’ordre public », provoquant l’indignation des militants.

L’Union départementale de la CGT et surtout, peut-être plus surprenant, la CGT Vinci soutiennent également les anti-GCO. Le directeur général adjoint de VINCI Autoroutes, Pierre Coppey, avait accusé les opposants de méthodes et de discours « terroristes ». Côté agricole, la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale ont également affiché leur soutien aux opposants. Un collectif de plus de 100 médecins strasbourgeois, Strasbourg Respire avait déjà annoncé son opposition au GCO.

Dimanche dernier, un rassemblement fort de 400 personnes était organisé à Pfulgriesheim pour replanter des arbres, une opération qui tendra à être répétée selon les militants. Pour la suite, un collectif de jeunes contre le GCO vient de s’être formé avec un premier rassemblement prévu vendredi 23 à 12h au Palais Université.

Des délibérés juridiques qui pourraient arrêter les travaux devraient également tomber en fin de semaine (pour les travaux définitifs autour de Vendenheim et aux alentours du 28 novembre pour l’ensemble des travaux préparatoires). La bataille juridique risque encore de continuer longtemps.

Des manifestations sont également de nouveau prévues à Strasbourg, notamment en lien avec les Marches pour le Climat. Sur le terrain, les militants, habitants et zadistes (malgré la destruction de la ZAD,  par ici pour voir comment c’était avant) continuent à perturber les travaux chaque matin ou presque, notamment via des cabanes anti-GCO ont été installées tout le long du tracé.

Cabane remplaçant la ZAD

Les opposants continuent à attendre une réponse d’Emmanuel Macron ou de ses conseillers dont ils n’ont pas de nouvelles depuis le 4 novembre, alors que le président de la République est actuellement empêtré dans la colère des Gilets Jaunes et que le gouvernement vient de proposer au Sénat (dans le projet de loi de finance rectificative) de transférer 577 millions d’euros (issus de la taxe sur les carburants TICPE) du budget de la transition écologique vers le budget général.

Pour aller plus loin :

L’intervention de Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature sur RadioBienvenueStrasbourg pendant notre émission PokaaAirlines:

-Nos articles sur le GCO

-L’entretien de l’Humanité avec un gréviste de la faim 

-Le résumé du journal Le Monde sur la demande de moratoire des parlementaires

-Les billets d’Eva Joly et de Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature sur le Club de Médiapart

-L’intervention de France 3 Grand-Est sur les découvertes archéologiques

Photos, texte et audio @MartinLelievre pour Pokaa.fr

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