Prologue.

Décembre 1944. La 3ème Division d’Infanterie de l’armée américaine tente d’éliminer une petite tête de pont tenue par les Allemands sur la rive gauche du Rhin, en face de Kehl. Un mois plus tôt, le général Leclerc est entré victorieux à Strasbourg, honorant ainsi le serment de Koufra qui lui avait fait promettre « de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg ». Parmi les hommes de la 3ème Division d’Infanterie, un jeune soldat nommé Roy Gallagher boit quelques gorgées au goulot de sa gourde toute neuve. Quelques semaines plus tôt, lors d’une escarmouche avec une patrouille allemande dans le massif des Vosges, il a perdu sa première, et précieuse, gourde qu’il possédait depuis son affectation dans l’armée en 1942.

Juillet 2018. Je suis sur le parvis de la cathédrale. Devant moi ; un groupe de touristes américains qui font un tour en Europe pour se rendre sur différents lieux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Je tente de raconter dans un anglais approximatif (big up les cours d’anglais de la fac’ d’histoire) l’histoire d’un objet que je fais passer de main en main : la gourde d’un soldat américain ayant combattu en France, et notamment à Strasbourg. Un certain… Roy Gallagher.

Cette histoire que j’ai tenté d’expliquer à ces touristes américains ; agrémentée de « you know », de « euuuh » et de « I hope my english is good », c’est à vous que je vais la conter, désormais.

Règle numéro 1 quand on est passionné d’histoire : fouiller dans le grenier de ses grands-parents

2016. Saulxures-sur-Moselotte (Vosges). Alors que je fais du débarras dans le grenier chez mes grands-parents, je tombe sur une gourde en alu un peu cabossée. Immédiatement, je constate que ce n’est pas une simple gourde pour aller faire du camping le dimanche. Déjà sa forme est caractéristique et je reconnais là un modèle militaire. Mais surtout, elle est entièrement recouverte d’inscriptions gravées à la main. Je comprends que je viens de tomber sur un petit trésor.

J’en parle à mon père qui me dit qu’il se souvient effectivement que quand il avait 10-11 ans, son propre père l’avait ramené à la maison le soir après une journée de travail. D’ailleurs il a gravé au cul ses initiales ainsi que l’année de la trouvaille: 1978. Je questionne alors mon grand-père. À 88 ans, sa mémoire se fait moins précise. Oui, à l’époque il travaillait bien comme cheminot le long de la voie ferrée entre Cornimont et Remiremont. Effectivement, il avait dû la trouver en débroussaillant le long des rails, vers le village de Vagney certainement.

J’inspecte ensuite les inscriptions avec plus d’attention. Ça ne fait aucun doute, il y a un nom : Roy Gallagher, ainsi qu’un numéro de matricule 5397437. Des dessins : une sorte d’homme-grenouille avec un casque, une tête-de-mort et ce qui ressemble à un écusson. Et puis des dates, des noms de lieux, etc. Je vous livre la liste exacte :

  • S. T.A.C.U. Co 1942 (marque et année de fabrication de la gourde)
  • ROY GALLAGHER (nom du soldat)
  • OHIO (certainement son état de résidence)
  • 35397437 (numéro de matricule du soldat : 3 = appelé / 53 = Ohio)
  • BETTY MORRISON (?)
  • 1942 / 43 / 44 (devait graver les années au fur et à mesure)
  • CŒUR PERCÉ D’UNE FLÈCHE avec inscrit à l’intérieur les lettres L. T. G.
  • TÊTE-DE-MORT / OS CROISÉS
  • LUCK (= chance)
  • GRAVURE D’UN HOMME DEBOUT DE DOS, LES JAMBES ÉCARTÉES, LES PIEDS SUR DEUX SOCLES CARRÉS, LA MAIN DROITE EN VISIÈRE, LA MAIN GAUCHE SUR LA HANCHE. (cet homme pourrait ressembler à une grenouille aussi ; mascotte de cette division amphibie ?)
  • THE GOLDEN GATE BY 48: (expression de soldat durant la guerre)
  • L.C.I No. 668 – France = débarquement à Cavalaire le 15 août 1944.
  • L.C.I. No. 45 – Italy = débarquement à Anzio le 22 janvier 1944.
    (L.C.I = La Landing Craft Infantry (littéralement l’infanterie d’embarcation de débarquement) désignait, durant la Seconde Guerre mondiale, les bateaux amphibies qui débarquaient les soldats sur les plages pour l’assaut. Le numéro désigne le bateau.)
  • MOHAPOLO (ou MOMAPOLO ou MONAPOLO?) – Africa (aucun nom correspondant trouvé, le nom a-t-il changé depuis la décolonisation ou est-ce une erreur d’orthographe d’un nom qu’il aurait entendu à l’oral ? Est-ce un port, une ville, un bateau ? Au Maroc ou en Tunisie ? Aucune idée)
  • INSIGNE DE LA 3ème DIVISION D’INFANTERIE

    photo gauche : insigne de la 3ème Division d’Infanterie US // photo droite : photo d’un Landing Craft Infantry à la une du magazine LIFE en mars 1944

Avec ces premières informations, je commence des recherches sur le net, en me disant qu’on y trouve tout de nos jours. Peut-être même les descendants de ce mystérieux Roy Gallagher. Je ne savais pas alors que je m’embarquais pour plus de deux ans d’une quête passionnée.

Mais avant d’évoquer ces recherches, laissez-moi vous raconter comment la gourde de ce soldat américain a pu atterrir dans les mains de mon grand-père plus de trente ans après la fin de la guerre. En fait c’est assez simple : durant cet intervalle de temps, elle n’avait pas bougé d’un pouce. Mon grand-père a trouvé la gourde exactement là où l’avait perdu le soldat Gallagher….

Engagée de novembre 1942 à mai 1945, la 3ème Division d’Infanterie fut le fer de lance de l’armée américaine pendant toute la Seconde Guerre mondiale

Carte postale représentant l’épopée de la 3ème Division d’Infanterie

En octobre 1944, alors que la guerre fait rage depuis quatre ans, l’armée américaine est enfin aux portes de l’Allemagne. Il reste un dernier bastion ennemi à franchir : le massif des Vosges, ses montagnes et ses forêts grâce auxquelles l’ennemi compte bien interdire l’accès à la plaine d’Alsace, au Rhin et a fortiori à l’Allemagne. Cette Bataille des Vosges sera terrible. Et pourtant, la 3ème Division d’Infanterie US en a vu d’autres depuis son entrée en action en novembre 1942. C’était lors du débarquement à Casablanca en Afrique du Nord. Le premier d’une longue série qui les conduira du Maroc en Tunisie, de la Sicile aux abords du Monte Cassino en Italie, du débarquement d’Anzio à celui de Provence, et enfin aux forêts vosgiennes. Denses, escarpées, humides, froides et truffées d’ennemis. Un bourbier en somme.

3ème Division d’Infanterie embarquant sur les L.C.I. pour le débarquement de Provence en août 1944
La 3ème Division d’Infanterie traverse Faucogney (Haute-Saône) en septembre 1944

En ce jour du 10 octobre 1944, Roy Gallagher et ses camarades de la 3ème Division d’Infanterie viennent de franchir leur premier objectif dans le massif des Vosges : la traversée de la Moselle. Ils doivent maintenant traverser la Moselotte afin de libérer le village de Vagney. L’endroit le plus propice se trouve au niveau d’un coude que fait la rivière le long de la voie ferrée qui relie Cornimont à Remiremont, au lieu-dit « Nol-Zainvillers ». Vous avez saisi? C’est à l’endroit exact où mon grand-père a retrouvé la gourde en 1978. On sait par ailleurs qu’au moment de traverser la rivière, la 3ème Division fut sévèrement accrochée par l’ennemi qui défendait le village. Roy Gallagher a-t-il été tué à cet endroit ou y a-t-il simplement perdu sa gourde ? Ça allait être tout le sens de mes recherches.

Carte de la libération de Vagney et de la sanglante bataille de Cleurie en octobre 1944
Photo d’époque de Vagney avec la Moselotte et la voie ferrée à gauche.

Vous voilà donc au fait de l’histoire de la gourde. Qu’en est-il maintenant de l’histoire de mes recherches. Allais-je découvrir si Roy Gallagher avait survécu ? Allais-je retrouver des descendants ?

Il faut retrouver le soldat Gallagher.

Printemps 2016. J’ai donc, dans un premier temps, cherché dans les bases de données sur le web (American Battle Monuments Commission, World War II Memorial et National Archives) mais il semble plus facile de trouver un soldat mort au combat qu’un soldat qui y a survécu. Résultat : aucune occurrence trouvée. Première info : Roy Gallagher avait donc probablement survécu. Deuxième info : aïe aucune donnée trouvée sur le web. Je commençais à comprendre que ça allait être plus difficile que je ne l’escomptais.

Août 2016. Je décide alors de contacter le cimetière américain d’Épinal. Peut-être qu’eux pourront m’aider. Anne Cascalès, qui y est guide, m’a gentiment reçu. Elle m’a confirmé certaines informations en rapport avec les inscriptions gravées (c’est elle qui m’a appris que l’insigne gravé était celle de la 3ème Division d’Infanterie par exemple) et m’a recommandé auprès de Monty McDaniel, un passionné qui réside aux États-Unis et qui m’aidera beaucoup dans la suite de mes recherches.

Automne 2016. Hourrah! Je crois avoir identifié ce mystérieux Roy Gallagher, en la personne de Roy C. Gallagher, né en 1921 à Colombus, Ohio et décédé en 2004 à Las Vegas. Mais l’espoir est vite balayé. Vous voyez cette scène dans Il faut sauver le soldat Ryan dans laquelle la troupe de sauvetage pense avoir mis la main sur le soldat James Ryan mais qu’en fait ce n’est pas le bon James Ryan? Bon bah il m’est arrivé la même chose. Son arrière-petite-fille que j’avais contactée grâce à Facebook m’annonce en effet que le numéro de matricule ne correspond pas. Mes craintes se confirment : il y a eu plusieurs Roy Gallagher dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Et surtout plusieurs originaires de l’Ohio. Et celui-ci n’est pas le bon.

 

Après six mois de recherches infructueuses, me voilà un peu découragé. Je laisse tomber… provisoirement.

Pour trouver trace d’un homme, un conseil : chercher dans les cimetières

Avril 2017. Je décide de reprendre mes recherches. Et alors que j’écume le web dans tous les sens, c’est le site Find A Grave qui recense des photos de tombes aux États-Unis qui va tout débloquer. Je découvre en effet la tombe d’un autre Roy Gallagher, né quant à lui en 1922 à New Philadelphia, Ohio et décédé en 1988 dans la même ville. Comme pour le « premier » Roy Gallagher, il est marqué sur sa tombe : « World War II ».

Sur cette base, Monty McDaniel me trouve un article du journal local (The Daily Times from New Philadelphia) daté du 20 mai 1943 qui montre en photo les deux frères et soldats Gallagher, Roy et Everett. Il était donc fort probable que ce soit le même Roy que celui dont j’avais retrouvé la tombe. Monty McDaniel a alors trouvé l’acte de décès d’Everett mais pas celui de Roy (l’acte de décès ou la nécrologie sont des pièces clés puisqu’elles permettent de connaître les noms des éventuels descendants). Nouvelle impasse. Mais je sens que je brûle. Je pense cette fois avoir trouvé le bon Roy Gallagher. Mais comment en être sûr ? Et comment mettre un nom sur des éventuels descendants ?

Mes recherches stagnants, j’ai alors entrepris une tentative un peu désespérée : chercher sur Facebook des Gallagher vivant à New Philadelphia (j’en trouve une dizaine) et leur envoyer à chacun un message. Seulement deux personnes m’ont répondu et elles n’étaient pas de la famille de Roy.

Nouvelle impasse. Nouveau découragement.

Janvier 2018. Résolution numéro un : essayer dans un dernier élan de mettre une fin à cette histoire avant d’abandonner définitivement. Je tente alors d’élargir mes contacts tous azimuts pour glaner le maximum d’information possible. J’écris à Jocelyne Papelard et Benoît Howson de l’association US Memory Grand Est, à Germain Choffard, un professeur de français aux États-Unis, à la Society of the 3rd division aux États-Unis, au Musée mémorial des combats de la Poche de Colmar et à « Rock of the Marne », une association française de reconstitution de l’histoire militaire de la 3ème Division d’Infanterie US. Je lis aussi énormément de livres sur le sujet : des témoignages de soldat (Audie Murphy, John Shirley), l’histoire de la division (des centaines de pages en anglais), etc. Mais pas une trace du soldat Gallagher!

Et soudain. Eurêka! L’inspiration qui va faire basculer mes recherches a été de chercher qui avait posté la photo de la tombe de Roy sur le site Find A Grave. Il s’agissait d’un certain Bud Winn. Je le contacte. C’est un professeur de New Philadelphia à la retraite. Il ne connaissait pas Roy et avait juste pris plusieurs photos des tombes du cimetière dans le cadre de ses recherches sur sa généalogie personnelle. Mais il propose de m’aider. Et c’est lui qui trouva la pièce manquante du puzzle, dans les archives de la bibliothèque municipale : la nécrologie de Roy Gallagher. Elle confirmait donc la date de mort de Roy (1988) et m’apprenait le nom de sa femme et de ses deux enfants.

Il se trouve qu’exactement à la même époque, je trouve une occurrence intéressante sur le site de généalogie Family Tree Now. Une fiche au nom de Roy Gallagher (avec les dates qui correspondaient) faisait mention d’un domicile en 1985, soit trois ans avant sa mort. Une rue située à seulement quatre kilomètres du cimetière où il est enterré. Intéressant ! En continuant de fouiller sur ce site, je trouve alors une autre occurrence à cette même adresse, une certaine Joan Gallagher, qui habiterait toujours là. Joan Gallagher ?! Comme le nom de l’épouse de Roy dont j’ai pris connaissance sur l’acte de décès. Toutes les pièces du puzzle se mettent désormais en ordre!

Bud Winn propose alors de se rendre à cette adresse. Il n’y trouve qu’une porte close et trois chiens menaçants. Aussi persévérant que moi; il continue de chercher et trouve son numéro de téléphone. Il l’appelle. La vieille femme au bout du fil confirme qu’elle est bien la veuve de Roy Gallagher, soldat dans la 3ème Division d’Infanterie durant la Seconde Guerre mondiale. Elle s’appelle bien Joan. Elle a 92 ans.

Le retour au pays

Mars 2018. Je viens de terminer une longue lettre à l’adresse de Joan Gallagher dans laquelle j’explique en anglais (oui oui je suis quand même plus doué à l’écrit) toute l’histoire de mes recherches et à quel point je suis heureux et fier de lui renvoyer la gourde de son mari. Lui qui se battit à des milliers de kilomètres de chez lui pour libérer un pays du joug nazi. Je lui assure que je n’oublierai jamais que ce sont les soldats de la 3ème Division d’Infanterie US qui ont libéré la vallée dans laquelle vivaient mes grands-parents (alors âgés d’une douzaine d’années) et dans laquelle j’ai grandi cinquante ans plus tard.

1er Avril 2018. Le jour de mon anniversaire, Bud Winn m’envoie la une du journal local, le Sunday Times-Reporter. On l’y voit aux côtés de Joan Gallagher, une gourde entre les mains.

photo gauche : les lettres envoyées par Roy à Joan durant la guerre // photo droite : médaille « purple heart » de Roy

Début juillet 2018. Je reçois un courrier en provenance des États-Unis. À l’intérieur un exemplaire du fameux numéro du journal local, ainsi qu’une photo en noir et blanc sur laquelle pose un joli couple. Au dos est noté : « Joan Fisher Gallagher & Roy Gallagher 1947 ». Je la punaise direct au mur au-dessus de mon bureau. Et au dos de l’enveloppe, d’une même écriture hésitante : « Fisher-Gallagher family thank you very much ». Je crois pouvoir dire qu’à ce moment-là, je suis heureux. Mes recherches ont porté leurs fruits.

Joan et Roy en 1947, l’année de leur mariage

Fin juillet 2018. Je suis sur le parvis de la cathédrale. Après avoir conté, plus sommairement que je viens de le faire pour vous, cette histoire aux touristes américains, je m’assois à la terrasse de la maison Kamerzell et signe une photo de la gourde pour Henry Bodden, le guide de ce tour, et qui est aussi le rédacteur en chef du magazine américain « Watch on the Rhine », magazine entièrement consacré à la 3ème Division d’Infanterie. Il fera paraître un article sur cette histoire pour montrer qu’en France aussi, le souvenir des soldats américains venus se battre pour la liberté perdure.

Épilogue.

Mai 1945. Après avoir vaillamment combattu pour la libération de la poche de Colmar, après avoir traversé le Rhin et vaincu l’ennemi nazi à Nuremberg, la 3ème Division d’Infanterie US vient de prendre le Nid d’Aigle d’Hitler à Berchtesgaden. La vue sur les Alpes est somptueuse. Ce sera l’horizon de la victoire pour les armées alliées.

Juillet 1945. La guerre est finie depuis deux mois mais le soldat Roy Gallagher sort seulement d’un hôpital parisien. Le voilà désormais dispensé et libre de retourner au pays. Il écrit alors à sa petite-amie Joan : « So I’m here waiting for a boat back to the states. »

Roy et Joan se sont mariés en 1947.

Stèle commémorative apposée à Vagney.

FLORIAN CROUVEZIER

> Son blog rempli d’histoires et d’Histoire <

3 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Florian , merci pour cette fabuleuse histoire et pour votre remarquable travail. j’habite Vagney et je suis passionné depuis des années sur la libération de Vagney, comme vous je suis passionné par l’histoire de ses soldats venus combattre pour nous libérer. sur Vagney, toute unités américaines confondues, il y a eu plus de 50 soldats américains tués. j’essaie depuis 10 ans , de retracer jour par jour, la vie de notre village avec de nombreux portraits, le votre est très touchant. au plaisir un jour de se rencontrer, amicalement Lionel

    • Merci Lionel pour votre commentaire qui me fait très plaisir. L’Histoire a besoin de passionnés comme vous. Je note votre nom car, sait-on jamais, peut-être que je me replongerai un jour sur l’histoire des troupes US dans les Vosges.

  2. j’ai beaucoup de doc sur les troupes US, tous les journaux de marches des unités d’infanterie, tank, artillerie… grâce au Dr. Jonathan Beall, Assistant Professor of History, qui a fait sa thèse sur l’histoire de la libération de la france par les troupes américaines venues de provence, il m’envoie souvent des docs, donc nous avançons très vite. savez vous de quelle compagnie était le soldat Gallagher? Bonne soirée lionel

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