Dans le cadre du drame « Un amour impossible », adapté du roman éponyme de Christine Angot et projeté en avant-première à l’UGC Ciné Cité, j’ai rencontré Catherine Corsini, réalisatrice du film et Niels Schneider qui y tient le rôle principal aux côtés de Virginie Efira. C’est à l’hôtel Régent Petite France que le rendez-vous a été donné. Nous nous retrouvons dans le petit salon. Catherine Corsini dégage une personnalité très forte, Niels quant à lui semble plus discret, voire en pleine introspection.

« Un Amour impossible » est sans nul doute le film qui m’a le plus marqué cette année. Histoire bouleversante du grand amour que Rachel issue d’un milieu modeste éprouva pour Philippe issu d’une famille bourgeoise, « un Amour Impossible » raconte la manipulation d’un homme cruellement froid, qui la rejettera sans jamais totalement la libérer. La dignité de cette femme qui, envers et contre tout, malgré la culpabilité et la douleur, ne s’effondre jamais. L’emprise sournoise et malsaine de cet homme qui refusa longtemps de reconnaître Christine, leur fille. Mais aussi l’admiration presque humiliante de ces deux femmes pour Philippe qui utilisera de terribles moyens pour les anéantir toutes les deux, ainsi que leur relation mère-fille. Ce film reste cependant la preuve magnifique de ce que l’amour – ne fut-il que maternel et filial – reste toujours possible. Une adaptation admirable à aller voir de toute urgence.

C’était bien l’avant première hier soir ?

Catherine Corsini : Oui c’était bien. La salle était quasiment pleine et en plus les questions étaient très pertinentes.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’adapter le roman de Christine Angot ?

Catherine Corsini : Ma productrice m’a fait lire le livre et le roman m’a bouleversé, un peu comme tu parles du film. Ça a été une espèce de claque incroyable. C’est là que ça a été compliqué: Est-ce que je peux faire mieux que ce roman ? Comment arriver à retraduire cette vie, qui fait partie d’une de ces vies minuscules mais qui sont à la fois des vies incroyables. Ces gens qui ont l’air d’avoir des vies simples, ordinaires et qui d’un coup découvrent qu’il y a eu un chaos. Le défi c’était d’essayer de m’approprier cette histoire, d’essayer aussi de me dégager de Christine Angot qui a une personnalité très forte et de vraiment travailler seule à l’adaptation avec ma scénariste sans avoir son empreinte en plus, déjà que le livre est tellement puissant. C’était intéressant d’avoir ces deux défis: celui d’adapter un livre impossible et puis celui d’essayer de restituer un peu l’émotion que j’y ai retrouvé, parce que ça balaie également toutes les années que j’ai vécu. Il y a beaucoup de choses qui font écho, le fait de vivre seule avec sa mère c’est aussi quelque chose que j’ai connu, enfin bon il y avait des chevilles comme ça. Le film raconte évidemment l’histoire de ce père terrible, l’inceste… mais il raconte aussi tout le trajet de ces femmes. Donc il y a plusieurs choses à raconter à travers ce livre et c’est ça qui m’intéressait. Le film a un déroulé assez simple, jusqu’au 40 ans de Rachel , on est dans l’histoire d’amour… et après on est plus dans le moment, on prend moins le temps, on attrape les choses. J’ai essayé d’avoir deux styles d’écriture, quelque chose de classique au début puis une sorte de modernité qui arrive vers la fin.

Niels Schneider et Catherine Corsini. Crédit photo: Grégory Massat

Vous aviez déjà dans l’idée de prendre Niels Schneider et Virginie Efira dans les rôles principaux ?

Catherine Corsini : Pas du tout. Quand j’ai écrit le scénario je ne voyais pas quelle actrice pouvait jouer un rôle qui aille de 25 ans à 75 ans et je me demandais si je devais en prendre une ou deux. J’ai hésité comme ça pendant très longtemps. Et une fois que le film était écrit, j’étais bien dans l’embarras de me demander qui pourrait jouer ce rôle. Mon choix s’est assez vite porté sur Virginie, car j’ai eu l’occasion de la rencontrer un peu par hasard et je me suis dit : « mais oui mais pourquoi je n’y avais pas pensé. » J’ai trouvé une similitude entre la force qu’elle a et le personnage de Rachel. Néanmoins, j’ai quand même fait une journée d’essai avec elle, car je l’avais surtout vu dans des choses plus légères donc j’avais envie de la tester et peut-être elle aussi de me tester, puisque je pense que ça va dans les deux sens quand on fait des essais. Le rôle est quand même très impressionnant. Voir comment ça fonctionne entre un metteur en scène et un acteur, puis on s’est dit banco à la fin, c’était assez rigolo. Ensuite, sur le personnage de Philippe, un rôle hyper casse-gueule, hyper compliqué, j’ai pensé à des acteurs que j’aime beaucoup mais que je trouvais un peu attendus dans le personnage. Notamment Melvil Poupaud, qui est un acteur que j’aime vraiment bien et avec qui on avait fait des essais qui étaient plutôt convaincants mais il y avait un endroit où je trouvais que ça ronronnait un peu. Je me suis dit qu’il fallait aller vers quelqu’un de plus « exotique », quelqu’un qui va un peu abîmer le truc, être plus insaisissable, quelqu’un qu’on attend pas. Et donc par l’intermédiaire d’amis, j’ai rencontré Niels. Au début je me suis dit  que c’était vraiment un gamin, qu’il ferait beaucoup trop contemporain, que ça n’irait pas. Puis, vu que je lui avais donné le scénario et que je m’étais engagée à faire des essais avec lui, il est venu faire des essais avec Virginie et à ce moment là je n’ai plus eu de doutes. J’ai compris que l’alchimie était vraiment présente, ce qui est rare. C’est ce qu’on attend quand on fait un film, cette étincelle entre un acteur et un rôle, et si il y a ça plus une osmose entre les acteurs aussi c’est vraiment exceptionnel. Plus je fais des films et plus je sais que c’est vraiment cette rencontre particulière, qui fait qu’on a envie de se lever le matin pour aller tourner, car c’est très très excitant quand on a des acteurs qui nous portent et qui sont tellement précis par rapport à ce qu’on imaginait des personnages. On a beau écrire un scénario, l’acteur va éclairer le récit de sa personnalité.

Niels Schneider. Crédit photo: Grégory Massat

Et toi Niels tu as accepté le rôle tout de suite ?

Niels Schneider : Moi j’avais les mêmes craintes que Catherine sur l’âge du personnage, ça se passe sur trente ans même si le personnage a mon âge au début, j’appréhendais le vieillissement. En faisant, les essais avec Virginie, j’ai eu la confirmation que ça fonctionnait avec elle, en plus les essais c’est vraiment un échantillon de ce que ce sera sur le tournage et il y a véritablement quelque chose qui s’est passé. C’est en faisant les essais que j’ai eu envie de le faire, et pour le vieillissement on est allé vers quelque chose de très épuré finalement, on a pas voulu me masquer le visage. Deux petites prothèses sous les yeux, et basta. J’ai eu envie de le faire aussi car je trouve le personnage vraiment fascinant. Ce n’est pas le plus sympathique mais c’est un personnage très très fort.

Comment s’est passé la collaboration avec Virginie Efira sur le tournage ?

Catherine Corsini : Entre eux deux plutôt très bien (rires)

Philippe et Rachel dans un Amour impossible

Vous êtes ensemble maintenant, c’est ça?

Niels Schneider : (rires) M’enfin ce ne sont pas vos affaires.

Catherine Corsini : Ça s’est très bien passé.

Ça va c’est qu’elle n’a pas été trop écœurée par le personnage.

Catherine Corsini : (rires), non il y avait beaucoup d’attention de l’un par rapport à l’autre.

Niels Schneider : C’est une immense actrice, comme tu dis, mais après il y a quelque chose d’assez inexplicable, tu peux jouer avec quelqu’un d’hyper doué sauf que la chimie ne prend pas. C’est comme certains rapports dans la vie. Tu peux trouver quelqu’un de formidable, sauf qu’il y a quelque chose qui prend pas, et là oui il s’est vraiment passé quelque chose. C’est pour ça que sur le tournage on se disait avec Virginie, on ne sait pas au final si le film sera bien ou pas, ça dépend de trop de choses, mais on savait, que si Catherine saisissait le truc entre nous, y aurait quelque chose de bien.

Catherine Corsini : En fait ma plus grande angoisse ça a été de leur montrer le film, car parfois il y a des tournages qui ne se passent pas bien donc on se dit que de toute façon ce n’est pas grave, on en veut aux acteurs, on est un peu tendus . Mais quand on a un tournage qui se passe aussi bien, on a en tant que réalisateur, la responsabilité de finaliser. Comme dit Niels, il y a l’alchimie ou pas. Est-ce que le film va prendre? C’est une course, un travail très intense pour arriver à fabriquer ce puzzle. C’était l’angoisse, pendant le montage car il y avait des moments où je trouvais que le film, que les scènes étaient biens mais que mises bout à bout ça ne marchait pas. Il a fallu trouver un espèce de fil pour tendre l’ensemble et pour que ça fonctionne. Quand c’est aussi fort entre les acteurs, on a peur de les décevoir . On les manipule , on leu vole quelque chose, il lâche des choses, donc après c’est de rendre et d’être à la hauteur de de ce qu’on nous a donné qui est important.

Crédit photo: Grégory Massat

Christine Angot a vu le film ?

Catherine Corsini : Oui, elle l’a vu, elle a bien aimé. A la limite, que je la trahisse et qu’elle ne soit pas contente ça aurait aussi fait partie du jeu, si elle n’avait pas été satisfaite du film je ne m’en serais pas fait une maladie, car je le comprendrais même complètement. Mais elle a bien aimé.

Quelques scènes ont été tournées à Strasbourg, je ne sais pas si c’est dans le livre également ?

Catherine Corsini : Si, on a suivi à peu prés le parcours du livre. J’ai tenu à tourner dans les bons lieux. A un moment, il y a le Lac de Gérardmer alors j’ai voulu le faire à Gérardmer, on s’était posé la question parce que c’était très bruyant et il y avait du monde. Mais on est resté sur cet endroit, et à Strasbourg, c’est pareil, je ne sais pas pourquoi, c’était mon petit dada. On aurait pu faire des économies, rapprocher les lieux, mais j’avais envie de cette distance, j’avais envie de montrer qu’à l’époque, aller à Gerardmer pour Rachel, ou à Nice c’était comme aller au bout du monde. Je trouvais ça important de revisiter les endroits. C’est à Strasbourg, qu’on sent que la relation avec la petite commence. Elle arrive, elle est en admiration devant son père…

Oui, on sent de manière très discrète que quelque chose de malsain s’installe.

Catherine Corsini : Il y a le repas, un mouvement de caméra, Rachel qui sort de la pièce , la petite qui suit et là on voit le regard de Niels. Il a un regard très subtil, sa fille sort et il la matte, mais c’est très discret. Ce sont toutes ces choses là qu’il fallait doser. C’est comme un jeu de piste.

Niels Schneider : Je trouve que c’est une force du roman et du film, d’éviter d’être dans le sordide. Ce n’est pas le sujet du film, oui il y a l’inceste mais pas que. Dans son livre « l’Inceste » Christine Angot entre beaucoup plus dans le sujet. Là c’était quelque chose de plus ténu.

Quand Rachel apprend que Philippe abuse de sa fille, elle semble choquée, sans être étonnée.

Catherine Corsini : Je pense qu’elle apprend ça et que c’est comme une évidence. C’est ça qui est très troublant, est-ce qu’elle voit, est-ce qu’elle ne voit pas?  Et je pense que c’est là qu’elle se rappelle de tout et qu’elle se demande comment elle a pu être aveuglée. Le film est vraiment de son point de vue à elle tout le temps. Y a juste un petit moment qu’on a ajouté au scénario, le moment où la fille fait la valise et où Philippe entre dans sa chambre. On ne savait pas si on devait faire un truc appuyé ou pas trop appuyé. On a fait des tas de prises, je pensais que nous spectateurs, nous avions quand même besoin de quelque chose qui nous fasse un peu comprendre.

Tu le joues vraiment bien, on sent que le père a quelque chose de pas clair dans son regard vis à vis de sa fille. Quelque chose qu’un père ne devrait pas avoir pour son enfant.

Niels Schneider: Oui, c’est un regard de prédateur.

Un livre ou un film qui vous a marqué ?

Catherine Corsini : Y a tellement de films, je suis entrain de faire une liste de cinquante films pour « LaCinetek » alors j’en ai à revendre. Je pourrais commencer par King Vidor -« Duel au Soleil », en passant par la « Porte du Paradis », je crois que c’est un de mes films fétiche. Et puis Bergman, « Fanny et Alexandre » avec une très belle voix off. Et puis « les Deux anglaises et le continent ». »Paranoid Park » que j’aime beaucoup.

Niels Schneider : C’est compliqué de choisir un film comme ça. Peut être un film sorti cette année ce serait plus simple. « Shéhérazade », le dernier Audiard aussi, « les Frères Sisters » c’était vraiment sublime.

Niels Schneider et Catherine Corsini à la Petite France. Crédit photo: Grégory Massat.

Si vous pouviez emmener de Strasbourg chez vous ?

Catherine Corsini : Déjà il faudrait que je sorte dans Strasbourg, pour pouvoir le chercher car je ne suis restée qu’à l’hôtel là donc je pourrais éventuellement ramener un savon de l’hôtel (rires). Non, mais j’emmènerais bien une bière strasbourgeoise.

Niels Schneider : Moi du pinot noir

Catherine Corsini : Les alcooliques réunis (rires)

Vous êtes sortis un peu dans Strasbourg après l’avant première ?

Niels Schneider : On est juste allé au resto, on a mangé « aux Haras ». C’était très sympa.

>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à l’équipe du cinéma l’UGC Ciné Cité ainsi qu’à l’hôtel Régent pour leur accueil.


> UN AMOUR IMPOSSIBLE<

De Catherine Corsini

Avec Niels Schneider et Virginie Efira

Sortie le 7 novembre dans les cinémas strasbourgeois


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