Dans le cadre de la comédie subtile et touchante « Le Grand Bain », projetée en avant-première au cinéma UGC Ciné Cité à Strasbourg, j’ai rencontré Gilles Lellouche, réalisateur du film et Ahmed Hamidi, co-scénariste. C’est à l’hôtel Régent à la Petite-France que le rendez-vous a été donné. On m’accueille et m’accompagne sur la charmante terrasse ensoleillée de cet endroit coupé du monde avec sa vue sur l’Ill, le pont tournant et les maisons à colombages.

Gilles Lellouche et Ahmed Hamidi débutent tout juste la dégustation de leur petit brunch omelette, plateau de fromage lorsque je viens les rejoindre. C’est avec bonne humeur et chaleur qu’ils m’invitent à me joindre à eux et que nous commençons à discuter du « Grand Bain », cette comédie où sept hommes quadragénaires, au bord de la dépression et en plein questionnement existentiel, se réunissent autour d’une improbable aventure de natation synchronisée.

La natation synchronisée, c’est original. Qu’est-ce qui vous a inspiré le scénario de ce film?

Ahmed Hamidi: La natation synchronisée c’est en effet très original, et très cinématographique aussi je pense pour le coup. Mais le sujet de Gilles n’est pas tant la natation synchronisée : il voulait parler de lui, de moi, de nous. Autrement dit d’un mec qui a entre 40 ans et 50 ans, et qui se demande ce qu’il a fait de ses idéaux, de ses rêves, de sa famille. En regardant ça sans regarder dans le rétro, mais avec une certaine mélancolie. Le sujet du film, il traite de ces hommes là… La fragilité, la sensibilité de ces hommes cabossés. Un jour, Gilles est tombé sur un documentaire qui passait sur Arte et qui parlait de l’épopée d’un gars qui part d’Angleterre et qui va vivre en Suède. Pour s’intégrer à la vie suédoise, il intègre une équipe de natation synchronisée. C’est ainsi qu’il a trouvé le décorum de l’histoire. Ça apporte énormément de poésie, mais le sujet c’est ces mecs et ces femmes qui traversent un bout de leur vie. La natation synchronisé c’est un écrin.

Vous avez choisi pour ce film un casting 4 étoiles : aviez-vous déjà ces acteurs en tête lorsque vous avez écrit le scénario ?

Gilles Lellouche: Non, on ne les avait pas du tout en tête, pour la simple et bonne raison que j’ai co-réalisé un film il y a quelques années et que je l’avais écrit avec des acteurs en tête et que, quand ces acteurs te disent non, bah t’es dans la merde. Ça réduit ton imagination en fait, tes possibilités, donc pour celui là je n’ai envisagé personne. C’est ça la magie du casting, elle est assez impressionnante.

Almaric s’est imposé assez rapidement parce que moi je suis fan de Mathieu depuis toujours. J’ai fait un film avec lui, « Belles familles », on s’est très bien entendu, pourtant on ne vient pas de la même famille d’acteurs, du même cinéma. C’est ma volonté farouche de mélanger les familles, de briser les codes, qu’Alban Ivanov du Jamel Comédie Club puisse rencontrer Benoît Poelvoorde, qui n’avait jamais tourné avec Guillaume Canet auparavant. C’est l’idée que je me fais du cinéma, je ne supporte ni le snobisme, ni le mépris, j’aime l’idée du collectif, du partage à l’intérieur du cinéma.

Le casting du « Grand Bain » s’est fait de façon très joyeuse et très douce. C’est dur pour un réalisateur, l’étape du casting, très dur ! Il y a souvent des refus, des contraintes, et là tout a été très gracieux, tout s’est fait très naturellement, très doucement. On a rencontré Philippe Katherine, je pensais à lui pour un personnage et en le rencontrant j’ai changé d’idée de personnage pendant le rendez-vous. Je lui avait proposé un plus petit rôle et en parlant avec lui je me suis dit : «  Non mai c’est Thierry évidemment !!! »

Et boum, il a été exceptionnel pendant le film, il est ouf cet acteur, il est magique. Idem pour le personnage de Leïla Bekhti, à la base je l’avais proposé à une grande amie à moi qui n’a pas pu le faire pour des raisons personnelles. Du coup, j’ai donné le rôle à Leïla. Je serais INCAPABLE d’envisager quelqu’un d’autre que Leïla dans le film maintenant. C’est le jeu des plaques du destin, du hasard qui font que ton film se compose et se fait avec les gens idéaux.

Le film regorge effectivement d’actrices exceptionnelles, que pouvez-vous nous en dire ?

Gilles Lellouche: Elles sont incroyables, Virginie Efira, elle est incroyable. Tu as vu comme elle les fait répéter, elle a une espèce de grâce comme ça, elle y croit tellement, elle est incroyable ! Le monologue qu’elle a aux alcooliques anonymes, je t’avoue que pour un acteur c’est pas un cadeau, c’est très, très compliqué. Je la trouve bouleversante Virginie, c’est une IMMENSE artiste, une IMMENSE actrice et elle n’en est qu’au début de sa carrière.

Virginie est incroyable, Leila est incroyable et Marina est incroyable. Ce n’est pas compliqué j’étais fou d’amour pour mes actrices. Elles pouvaient me demander ce qu’elles voulaient, j’étais fou d’amour pour elles. Je le suis encore hein. C’est pas du tout de la langue de bois promotionnelle de mes genoux. Ce film, c’est de loin ce que j’ai préféré faire dans toute ma vie. Mais de loin. Ça veut dire que j’ai fait plein de films où j’ai eu la sensation d’avoir touché du doigt quelque chose de génial et de gracieux , mais ça là, « le Grand Bain », on a mis 17 semaines à le tourner, je me réveillais tous les matins une heure avant le réveil j’étais excité comme jamais. Pourtant c’était long, dur, technique, fastidieux, pas simple, mais j’ai jamais été aussi heureux de ma vie. Jamais. Et le film il aurait pu durer deux ans que j’aurais été tout aussi heureux. Pour tout te dire, je n’ai qu’une hâte c’est de pouvoir y retourner très vite, j’espère pouvoir retrouver cette allégresse là, cette légèreté là.

C’est très dur ces enfants au début qui disent à leur père «  Je te déteste »… Ces hommes qui se retrouvent isolés, qui ont la quarantaine et qui ont l’impression d’avoir loupé leur vie. La natation synchronisé c’est comme une sorte de reconnaissance sur le tard, une réussite inattendue.

Gilles Lellouche: C’est exactement ça, c’est un petit pic dans un encéphalogramme plat, c’est Thierry qui a sa fille sur ses épaules, pour la première fois il va l’entendre lui dire qu’elle est fière de lui. C’est des micros détails, il va certainement retourner travailler à sa cantine mais tout est changé et c’est comme ça pour tout le monde.

Si vous pouviez donner un titre de film à votre propre vie ?

Gilles Lellouche: Pas mal comme question ça…. « La vie est belle » de Roberto Begnini mais pour le titre, pas le sujet (rires).

Ahmed Hamidi: Moi « Stupeur et décadences ».

Si vous pouviez organiser votre festival de cinéma idéal ?

Ahmed Hamidi: Moi j’inviterais Gilles Lellouche (rires).

Gilles Lellouche: Olala il y a tellement de gens que j’aimerais inviter… David Fincher, Dicaprio, Martin Scorcese, De Niro, Meryl Streep, y’aurait du beau monde.

Ahmed Hamidi: Ils parleront tous anglais !

Gilles Lellouche: Ah non, ils apprendront le français pour l’occasion.

(FromL) French actor Guillaume Canet, French actress Leila Bekhti, French director Gilles Lellouche, Belgian actress Virginie Efira, French actress Marina Fois and French actor Mathieu Amalric pose as they arrive on May 13, 2018 for the screening of the film « Sink Or Swim (Le Grand Bain) » at the 71st edition of the Cannes Film Festival in Cannes, southern France. / AFP PHOTO / Valery HACHE

Si vous pouviez donner un conseil aux personnes qui veulent se lancer dans le cinéma ?

Gilles Lellouche: Bah ne le fais pas (rires). Non mais, c’est très très dur, il faut avoir une foi quasi intégriste pour y arriver, il faut être très solide, c’est très compliqué de faire du cinéma. C’est magique hein, c’est extraordinaire, ça amène beaucoup de joie, pas mal de souffrances aussi… Moi le seul conseil que je peux donner pour y arriver c’est faites vos trucs, n’attendez rien de personne. Tout ce qui m’est arrivé de plus beau dans la vie c’est ce que moi j’ai entrepris pas ce que l’on m’a amené sur un plateau.

Ahmed Hamidi: Je rejoins Gilles, ce qui est terrible dans le cinéma, c’est que ce n’est jamais gagné, c’est tellement long , c’est tellement périlleux. Il faut être très humble car le succès ne garantit rien sur le film d’après et une carrière c’est long. C’est pour ça que les gens qui durent ont forcément un talent.

Si vous pouviez emmener quelque chose de Strasbourg chez vous ?

Ahmed Hamidi: Cette vue là et un doggy bag.

Gilles Lellouche: Une boîte de flammenkueche.

                                      >> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci aux équipes du cinéma UGC Ciné Cité et de l’hôtel Régent pour leur accueil.


> Le GRAND BAIN <

De Gilles Lellouche

Avec Guillaume Canet, Mathieu Almaric, Virginie Efira, Leïla Bekhti, Philippe Katerine, Marina Foïs…

Sortie le 24 octobre 2018 dans les cinémas strasbourgeois


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