Alors que la ZAD a été démantelée et les travaux commencés ce lundi, samedi dernier les rues de Strasbourg ont vu une des plus grandes mobilisations anti-GCO depuis l’existence du projet. L’autorisation de travaux donnée par le préfet du Bas-Rhin Jean-Luc Marx, la récente démission de l’ancien ministre de l’environnement Nicolas Hulot (remplacé par le président de l’assemblée nationale François de Rugy) et l’internationale Marche pour le Climat concomitante ont grossi les rangs ramenant près de 5000 personnes à la manifestation.

C’était un heureux hasard. Un citoyen « lambda », Maxime Lelong provoque sur facebook une édition parisienne d’une Marche Pour le Climat en écho aux paroles de Nicolas Hulot lors de sa démission. L’évènement numérique fait le buzz et se propage rapidement à travers le pays. A Strasbourg, les Anti-GCO avaient déjà prévu une mobilisation pour demander des comptes au préfet suite à sa récente décision d’autoriser les travaux sur le projet d’autoroute controversé avec deux arrêtés préfectoraux, il y a quelques semaines. L’occasion était parfaite.

« Quelqu’un qui lutte contre le GCO, lutte pour le climat ; et quelqu’un qui lutte pour le climat lutte nécessairement contre le GCO. Cette convergence fait plaisir à voir. » – un manifestant

Associations, syndicats, agriculteurs, élus, zadistes et simples citoyens composaient la large foule partie de la place de la République. Un groupe de musique fait patienter les manifestants dont le groupe s’épaissit de minute en minute. Après quelques prises de paroles et un brief logistique devant le Palais du Rhin, la foule part, les élus avec leur banderole en tête, précédés par deux tracteurs et suivi par tout un régiment de plusieurs dizaines de tracteurs.

La mobilisation est partie par la rue de la paix avant de remonter l’avenue de Vosges, de passer par le tribunal et l’église Saint-Pierre le Jeune, et de fermer la boucle par la rue de la Nuée-Bleue et place Broglie. Un peu après le tribunal, un groupe d’une vingtaine de zadistes et d’autonomes pour la plupart cagoulés sont passés devant la banderole des élus, leur volant la vedette lors de l’arrivée place Broglie. Devant l’Opéra, une opération « Lie Down » est mise en place et presque toute la foule s’allonge pendant quelques minutes. Pour ne pas gêner le tram plus que d’habitude, la police autorise un changement exceptionnel de parcours et la manifestation s’arrête à son point de départ après une moitié de tour de place.

Vinci dégage ou Vinci, des gages?

Une délégation est allée à la rencontre du préfet pour demander la suspension des coupes [des arbres], le temps que tous les recours et référés contre les travaux du GCO ne soient traités par la justice. « La force de la foule nous permet aussi de manifester qu’on estime notre démocratie bafouée. C’est aussi une manière de dire au préfet que les alsaciens sont contre et qu’il doit respecter l’avis du peuple à l’instar de notre respect des démarches administratives. On a toujours été pacifistes et on a respecté les commissions etc. A lui de jouer franc-jeu aussi, de ne pas passer en force, de revoir le dossier et d’attendre les décisions du tribunal. »

« Changeons le système et pas le climat »

Pendant ce temps, les prises de paroles s’enchaînent sur la place de la République. Martine Wohner députée LREM anti-gco et Alexandre Feltz, adjoint au maire à la santé pour Strasbourg et d’autres élus et associatifs, ont pris la parole au départ de la manifestation. D’autres, comme Dany Karcher, maire de Kolbsheim, Danielle Dambach, la maire écolo de Schiltigheim, un représentant de la Coordination Rurale et des représentants solidaires contre le projet de gare Stuttgart 21 s’expriment plutôt à l’arrivée. A la demande de certains élus, les citoyens sont invités à déchirer leur carte d’électeur et de la placer dans une benne commune avant d’expliquer leur geste au micro. Beaucoup d’amertume et de colère accumulées pour des raisons diverses se ressentent dans la voix des manifestants.

Lors de la prise de parole de Dany Karcher, maire de Kolbsheim et tête de proue de la mobilisation anti-GCO, l’évocation de « coupables et complices » qui devront « assumer d’avoir transformé l’Alsace en couloir à camions » fait rugir la foule. Les noms de nombre d’élus sont évoqués, Roland Ries, Robert Hermann, Frédéric Bierry, Philippe Richert, lepréfet Jean-Luc Marx, de même que le syndicat agricole de la FNSEA, la chambre d’agriculture, la CCI sont évoqués entre autres, avec des accusations de liens avec le constructeur du GCO, le groupe Vinci.

« La ZAD est le dernier rempart contre Vinci »

La manifestation se finit sur la prise de parole des Zadistes, les habitants de la ZAD du Moulin, qui relatent non sans émotion leur vécu en vie collective et leur sacrifice: « des nuits blanches de veille, des heures de vigilance, des foreuses bloquées, des copains au tribunal ».

La délégation arrive enfin de chez le préfet, plus d’une heure après l’arrivée place de la République. La conclusion est amère mais prévisible, le préfet fait remonter les demandes à l’Etat dont il suit les ordres. Les manifestants restent déterminés, heureux du franc succès de la mobilisation, appelant à rejoindre la défense de la ZAD, ZAD qui, comme ils le prévoyaient, sera envahie moins de 48h après.

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