Alors que le second tour, qui n’a jamais autant semblé indécis, se rapproche à Strasbourg, Jeanne Barseghian, Catherine Trautmann et Jean-Philippe Vetter ont déposé leur liste. L’occasion de revenir sur ce qui a changé, notamment chez la candidate écologiste, désormais alliée à Florian Kobryn, et l’ancienne maire de Strasbourg, qui bénéficie du ralliement de Pierre Jakubowicz.
À Strasbourg, les jours suivant le premier tour du 15 mars ont été agités. Il y a d’abord eu des alliances dans tous les sens entre Barseghian-Kobryn et Trautmann-Jakubowicz. Puis, la politique nationale s’est mêlée de la campagne strasbourgeoise, avec le PS qui a retiré son soutien à Catherine Trautmann et Horizons abandonnant Pierre Jakubowicz, choisissant plutôt Jean-Philippe Vetter.
Dans tout ce capharnaüm, que l’on analysera dans un prochain article, des informations ont pu passer à la trappe : le dépôt officiel des listes en préfecture, à faire avant le 17 mars à 18h. Si Jean-Philippe Vetter avait déposé la sienne dès le 16 mars, restant inchangée par rapport au 1er tour, celles de Jeanne Barseghian et de Catherine Trautmann ont connu quelques changements. Présentations et analyse.
Jean-Philippe Vetter : celui qui n’a rien changé
Du côté du candidat LR, c’est plutôt simple : rien n’a changé dans sa liste. En la déposant dès lundi, il fermait la porte à un éventuel rapprochement avec Catherine Trautmann et/ou Pierre Jakubowicz. Le candidat macroniste, déchu et déçu du 1er tour, n’a d’ailleurs pas ménagé ses critiques envers son ex-allié de l’opposition.
De son côté, Jean-Philippe Vetter a réalisé « le choix de la clarté, de la sincérité et des convictions », selon un communiqué de son camp, respectant également son annonce qu’il ne fusionnerait pas après le premier tour.
Renforcé dans son choix par un vote strasbourgeois qui l’a porté à un score de 24%, le plaçant en bonne position dans sa course à la mairie, le candidat LR compte surfer sur sa dynamique. Surtout, il espère que les Strasbourgeois(es) seront sensibles à sa volonté de ne pas se perdre dans des accords d’appareils d’entre-deux-tours, retenant la leçon d’il y a six ans. Sa liste complète, entre Koh-Lanta, Racing, Sénat et une historienne renommée, est disponible ci-dessous.
Jeanne Barseghian : une alliance avec LFI pour une « Strasbourg fière, juste et vivante, la gauche unie »
Pour la maire actuelle, les résultats du 1er tour la plaçant en 3e position, et l’impossibilité de s’entendre avec Catherine Trautmann après 6 ans de conflits, ne lui ont pas trop laissé le choix. Pour gagner, il fallait s’allier avec LFI et Florian Kobryn. Chose faite après des négociations qui ont parfois tiré en longueur [jusqu’à faire annuler un point presse initialement prévu le 16 mars au matin, ndlr], mais qui font sens. Les programmes sont ceux qui se ressemblent le plus, malgré quelques sujets qui ne manqueront pas de revenir sur le tapis si la liste fusionnée finit première dimanche soir.
Dans cette nouvelle liste, visible page 118, se trouvent dans les positions éligibles 26 colistiers/ères de Jeanne Barseghian et 16 de Florian Kobryn [42 places Barseghian et 25 places Kobryn en tout, ndlr]. Le désormais ex-candidat se retrouve en 2e position, nourrissant des rumeurs d’un futur poste de 1er adjoint, remplaçant Thierry Kuhn, qui rétrograde à la 6e place.
Le binôme de Florian Kobryn, Halima Meneceur, est 5e et les co-chef(fe)s de file de LFI à Strasbourg, Benjamin Kuntz et Lisa Farault, occupent les 8e et 9e place. Jamila Haddoum [sur la liste Jamila Ghrieb, ndlr], agressée alors qu’elle tractait avec ses deux enfants, est également éligible, en 29e position. Globalement, on y retrouve en majorité ceux et celles qui composaient les 16 premiers noms de la liste insoumise.
Dans les choses à noter, côté LFI, on ne retrouve néanmoins pas sur cette liste fusionnée Éric Schultz, le libraire de la Tâche Noire, pourtant en 11e position de la première liste. Côté Jeanne Barseghian, les 5 candidat(e)s Place Publique sont parti(e)s, comme celui de Génération.s Alsace ou Anne Mistler, ancienne adjointe à la Culture. Benjamin Soulet, ancien adjoint à l’équité territoriale, est lui rétrogradé 62e, tandis que les « historiques » Alain Jund et Marie-Dominique Dreyssé n’y figurent plus [mais n’étaient de toute façon pas dans des positions éligibles, ndlr]. Une liste qui misera sur la diversité de la gauche représentée, pour espérer briguer la mairie le 22 mars.
Catherine Trautmann : une fusion avec Pierre Jakubowicz « Pour Strasbourg »
Sortie en tête dimanche soir, mais avec un score moins élevé que prévu, Catherine Trautmann se retrouvait dans une position ambivalente. En force, mais pas autant qu’elle l’aurait aimé, elle devait alors élargir sa base électorale, qui a beaucoup tourné au 1er tour autour de sa figure régalienne d’ancienne maire.
Le 16 mars au soir, en réaction à la fusion de ses rivaux à sa gauche, Catherine Trautmann n’a pas annoncé de rapprochement avec Pierre Jakubowicz, l’alliance la plus évidente en local pour celles et ceux qui ont suivi 6 ans de politique locale.
Alors que le candidat macroniste ayant flirté avec la barre des 5% donnait une conférence de presse le 17 au matin, le flou demeurait : allait-il rejoindre l’ancienne maire socialiste ? Finalement oui, arguant une « convergence des valeurs et des bonnes idées » avec Catherine Trautmann, surtout dans la volonté de « combattre de la manière la plus déterminée possible l’accord passé entre Les Écologistes et LFI dans les urnes ».
La nouvelle liste, disponible page 121, s’apparente davantage à un ralliement qu’à une fusion, reflétant le maigre poids politique de Pierre Jakubowicz dans cette élection : 6 candidat(e)s arrivent, dont seulement 4 dans des positions éligibles. L’ex-candidat macroniste occupe la 6e place, remplaçant Jean-Baptiste Mathieu qui glisse à la 10e, tandis que Rebecca Breitman est 17e, Étienne Loos 26e, et Sandra Dietsch 37e. Un ralliement qui rassemblerait « sur un projet et pas sur la base des étiquettes politiques », et promeut une « alliance de responsabilité face à une alliance partisane ». Cela tombe bien puisque, petite particularité : les deux sont désormais sans le soutien de leur parti au niveau national.



