Le 24 mai, le Racing validait définitivement sa qualification européenne en barrages de Ligue Conférence, après la victoire du PSG en finale de Coupe de France. L’occasion de dresser le bilan d’une saison historique qui a pourtant été à deux vitesses, et qui a su ramener en Europe le club, et ses supporters/rices. L’occasion également de s’interroger sur l’avenir, qu’il soit sur le terrain, et dans les gradins.
Ça y est, la saison de Ligue 1 a rendu son verdict ce 24 mai. Alors que le Racing aurait pu valider une place européenne en prenant un point face au Havre le 17 mai dernier, la défaite à la dernière minute a forcé les Bleus et Blancs à attendre le résultat de Paris en finale de Coupe de France. Heureusement pour le Racing et ses désirs européens, les Parisiens se sont imposés 3-0, envoyant Strasbourg en barrages de Ligue Conférence, plus petite compétition européenne.
Une qualification en Europe tout simplement historique : c’est la première fois depuis 1979 que le Racing se qualifie pour les joutes continentales par le biais du championnat [1979 ayant été l’année de l’unique titre de champion de France, ndlr]. 26 ans d’attente désormais révolus, pour le plus grand plaisir des supporters/rices.
Si une place européenne n’aurait pas été l’alpha et l’omega pour juger de la saison du Racing, elle apporte néanmoins une couleur encore plus vive à l’année sportive que le club vient de vivre. Des performances incroyables en 2025 après les tâtonnements de 2024, une Ligue des Champions effleurée du bout des crampons, un club qui est revenu dans toutes les discussions nationales, un coach qui s’est révélé et des joueurs qui ont explosé. Bref, le Racing a fait vibrer la Meinau et ses supporters/rices cette année. Petit bilan.
Côté terrain : un Racing qui a impressionné la France du foot, avant de caler dans la dernière ligne droite
Même si l’ambiance et la grève ont parfois pu donner l’impression d’occuper tout le temps de cerveau disponible de la « commu Racing », on en reparlera, le plus important reste toujours le terrain. Et de ce côté-là, le Racing a vécu une saison exceptionnelle.
De mémoire récente, seule la saison 2021/2022 sous Julien Stéphan [terminée à la 6e place, mais sans Europe, ndlr] avait porté le Racing aussi haut dans le classement. Pour les amateurs/rices de chiffres, le club a fait un chouïa mieux d’ailleurs cette saison en termes de moyenne de points/match, 1,67 contre 1,66.
Un début de saison enthousiasmant… puis vraiment compliqué
Si par le scénario des deux dernières journées, la 7e place peut paraître décevante, dans le contexte de toute la saison, c’est une performance incroyable. Le début de saison a bluffé bon nombre d’observateurs par la fraîcheur, la fougue et la qualité du football pratiqué par l’équipe entraînée par Liam Rosenior, empilant les buts mais souffrant d’une défense aussi ouverte que le stade de la Meinau en travaux [3e attaque de Ligue 1 après 10 matchs, mais 15e défense, ndlr].
À la fin du mois de novembre néanmoins, autre discours : le Racing est devenu catastrophique en enchaînant 4 défaites de suite avec seulement 3 buts marqués, et pointe à la 13e place avec 13 points pris en 13 journées [il ne fallait pas être superstitieux à ce moment-là, ndlr]. Fin 2024, le club relève un peu la tête, mais clôture tout de même l’année à la 13e place.
Les explications de cette première partie de championnat moyenne sont nombreuses : défense catastrophique, besoin d’adaptation des très jeunes recrues, très peu de profondeur de banc malgré un recrutement à 60 millions d’euros parfois caricatural, et donc des joueurs épuisés, Emegha-dépendance [1 victoire et 4 défaite sans lui entre octobre et novembre, ndlr]… les inquiétudes étaient légions.
De quoi se montrer plus que circonspect envers les promesses européennes de la direction énoncées en début de saison. Car difficile de penser à ce moment-là, que le Racing aurait la Ligue des Champions dans son viseur, se trouvant à 13 points de Monaco, 3e.
Strasbourg 2025, capitale européenne
Sauf que, en 2025, une tornade bleue s’est abattue sur le championnat français, déjouant les pronostics inquiets [notamment exprimés ici, ndlr]. C’est simple : sur l’intégralité de la deuxième partie de saison, le Racing est la 2e équipe de Ligue 1, seulement devancée par le PSG. 34 points pris, meilleure défense du championnat, des victoires contre Lyon, Paris, Lille et des nuls contre Marseille, Monaco et Nice… Strasbourg a joué dans la cours des grands, et les a bien regardés dans les yeux.
Alors qu’est-ce qui a changé ? Déjà, comme cela avait pu être le cas sous Stéphan sur la 2e partie de saison, Liam Rosenior a mis le paquet sur la défense. En 2025, Strasbourg n’a encaissé que 15 buts, grâce à un Petrovic qui a marché sur l’eau. Le jeu est devenu plus pragmatique, moins flamboyant et foufou, et le Racing a incarné de nombreuses fois la maxime « plie mais ne romps pas ». Notamment à l’extérieur où il a réussi à enchaîner 5 matchs consécutifs sans encaisser de buts.
Le club a également recruté trois joueurs pendant le mercato d’hiver, qui lui ont permis de rajouter une petite profondeur de banc. Si Barco est celui qui a le plus apporté, incarnant au mieux le dépassement de fonction et la polyvalence demandée par Liam Rosenior, Omobamidele a su sécuriser la défense au coeur de l’hiver tandis que le tout jeune Amo-Ameyaw a apporté sa pierre à l’édifice quand il le fallait.
Enfin, Félix Lemaréchal s’est révélé sur la 2e partie de saison, reléguant un Nanasi fatigué sur le banc. Si l’on rajoute un Emegha enfin plus efficace devant le but, on obtient un Racing clinique, dans un schéma de jeu stable, l’alchimiste Rosenior ayant trouvé la bonne formule. Et à deux matchs de la fin de la saison, le Racing n’est plus qu’à 1pt de Monaco, 3e.
Un Racing qui cale sur la fin
Après la victoire contre Paris, il ne restait que deux matchs au Racing pour valider une qualification européenne. Une bonne partie du public rêvait de la Ligue des Champions, et seuls Angers et Le Havre se présentaient face aux Bleus et Blancs. Des adversaires a priori abordables, même si dangereux car jouant leur survie. Et finalement, le Racing a fait 0 pointé, terminant à la 7e place, ce qui était le scénario catastrophe évoqué dans nos colonnes.
Et avec du recul, on se rend compte que les inquiétudes exprimées au début de saison ont fini par rattraper la jeunesse insouciante du Racing. Après des mois de solidité, la défense a à nouveau craqué sur des erreurs bêtes. Ce qui peut être expliqué par le fait que presque tous les joueurs ont fini la saison sur une jambe, épuisés par un manque de profondeur de banc indigne pour jouer les places européennes, le Racing ayant trop souvent joué à 13 ou 14 toute la saison.
De plus, sur les deux derniers matchs, Emegha était à nouveau absent, touché au moins au genou et au mollet, en plus de l’épaule. Une absence préjudiciable au club, qui aura gagné 1 match pour en perdre 7 en Ligue 1 sans l’attaquant batave. Privé de son numéro 9 et son pressing incessant, le Racing a manqué de solutions devant, le recrutement de Sékou Mara ayant été un échec cuisant.
Finalement, le Racing termine à sa juste place, son effectif étant trop bancal pour pouvoir espérer plus haut cette saison. Et un grand crédit doit être apporté aux joueurs, qui ont progressé d’une manière incroyable, et surtout à Liam Rosenior, qui a su tirer le meilleur d’un effectif limité en nombre. Une 7e place qui ramène le Racing en Europe, il n’y a pas de quoi rougir et ce malgré la suffisance de certain(e)s supporters/rices ou suiveurs/ses du Racing concernant la Ligue Conférence, considérée comme une Coupe d’Europe au rabais.
Côté gradins : quel avenir pour la ferveur de la Meinau ?
Dans une saison extraordinaire qui a mené le Racing en Coupe d’Europe par le championnat pour la première fois depuis 1979, un sujet a néanmoins souvent dominé l’actualité du club : l’ambiance dans les tribunes. On ne va pas refaire tout le déroulé d’une année compliqué côté tribunes, qui a débuté avec la grève décidée par les UB 90, la Fédération des supporters et plusieurs autres associations, parce qu’on en a suffisamment entendu parler, en long, en large et surtout en travers.
Mais cette ambiance méritait tout de même que l’on revienne un peu dessus : parce qu’en l’espace d’une année où la grève a été beaucoup mise en avant dans les discussions locales et nationales, la ferveur du stade de la Meinau n’est plus tout à fait la même. Et alors qu’elle représente encore l’une des raisons principales qui motivent les supporters/rices à venir au stade, tandis que le spectre d’un stade à l’anglaise sans plus aucune ferveur populaire inquiète, l’avenir de l’identité de la Meinau est presque devenue plus floue que celle du « projet Blueco ». Donc, plusieurs questions.
Est-ce que la grève va reprendre l'année prochaine ?
C’est forcément la question que se pose une bonne partie des suiveurs/ses du Racing : quid de la grève la saison prochaine ? Fortement remarquée au stade et par la direction, qui a depuis mis les moyens pour se mettre l’opinion publique et les supporters/rices dans la poche, les actions des UB 90 et des autres associations seront scrutées de très près cet été. Lors de notre entretien avec Maxime, porte-parole des UB90, aucune réponse, positive comme négative, n’avait été apportée à notre question.
Plus globalement, la question de la grève en pose une autre : quel avenir à moyen-terme pour les associations de supporters/rices au sein d’un Racing Club de Strasbourg dont elles dénoncent la gestion et le modèle ? Alors que les UB 90 fêteront bientôt leurs 35 ans d’existence, et que la Fédération des Supporters a soufflé ses 15 bougies, la fracture est de plus en plus apparente avec une partie très vocale de la « commu Racing » [également très influente et proche des réseaux présidentiels du club, ndlr] et surtout une partie du public.
Les sifflets présents à chaque match en témoignent. Des futures actions décidées par les assos de supporters/rices conditionneront alors sans doute une partie des réponses.
Surtout que dans le même temps, le Racing a su influer dans la bataille de communication au sujet de la grève. Fortement dérangé par un sujet qui commençait à prendre du temps d’antenne national, le club a mis le paquet niveau com’, devant presque un média à part entière [un peu à la manière d’Europa Park, ndlr] : il produit ses contenus de plus en plus en vase clos, pour maîtriser de A à Z le message et se dote de formats presque journalistiques.
Des décisions d’autant plus efficaces que de l’autre côté de la barrière, les médias nationaux comme locaux, bien plus piquants à l’an 1 du projet, sont désormais presque tous bien rangés derrière le club à l’an 2. Quelle vision pour l’an 3 ?
« Ultra » ou « lambda » : quelle ambiance dans le futur stade ?
Enfin, l’ambiance sera également conditionnée à l’arrivée d’un stade complètement rénové. Car si la grève a été l’alpha et l’omega de l’ambiance, il ne faut pas oublier que si la Meinau a pu sonner creuse à des moments, c’est aussi parce que la jauge était réduite à 19 000 et que l’acoustique était mauvaise car sans caisse de résonance, le stade étant ouvert aux quatre vents. Ainsi, dès le mois d’août et la livraison de la tribune Sud, le stade devrait retrouver une bonne partie de ses décibels, avec ou sans grève.
Mais surtout, l’ambiance dépendra également du renouvellement de population au stade de la Meinau. Aujourd’hui très familial, féminin et populaire, l’arrivée du nouveau stade conditionne des abonnements aux tarifs toujours plus élevés, des gradins populaires qui disparaissent et des VIP qui seront beaucoup plus nombreux, particulièrement dans une tribune Sud prévue en majorité pour eux. Une population en plein changement, et plus forcément autant au courant, ou partageant, les engagements ultras.
Une population peut-être également davantage tournée vers le résultat, prenant la qualification en Ligue Conférence comme une déception, après avoir effleuré pendant quelques semaines le rêve d’une Ligue des Champions. On l’a bien ressenti face au Havre : beaucoup de monde suivait les résultats des autres matchs plutôt que de celui du Racing, dans une des plus faibles ambiances de la saison. Et lorsque les résultats ne suivent pas, la Meinau a eu du mal à pousser pour son Racing.
Ainsi, si l’été sera assurément chaud côté mercato, il le sera également côté tribunes, avec plein de questions. Pour l’instant celles-ci restent sans réponse immédiate, mais il est important des les garder en tête, parce qu’elles se poseront forcément à un moment donné.
Mercato et ambitions : un été qui sera chaud du côté de la Meinau
La déception de ne pas avoir fini plus haut en Europe après une telle deuxième partie de saison ne doit pas faire perdre de vue l’essentiel : au début de saison, tout le monde aurait sans doute signé pour une 7e place. Parce que le Racing a effectivement franchi un grand palier, pour la première saison de Liam Rosenior aux manettes. De plus, le Racing est dans les clous, voire même légèrement en avance, des annonces de Marc Keller concernant le fameux « projet ». De ce point de vue-là, tout roule.
Néanmoins, cet été encore, il faudra être attentifs/ves aux mouvements des joueurs strasbourgeois. Car si Liam Rosenior a annoncé dans la presse que l’été sera ambitieux du côté de la Meinau, l’effectif va à nouveau être renouvelé, et peut-être de manière très importante : Santos est reparti du côté de Chelsea, tout comme Petrovic, tandis que le flou demeure sur la situation contractuelle de Sarr [vendu ou pas à Chelsea, ndlr ?]. Côté (post)-formation strasbourgeoise, Diarra possède un bon de sortie, et Doukouré n’a jamais caché ses envies de départ depuis plusieurs saisons. Enfin, des joueurs comme Moreira, Emegha et Bakwa seront forcément courtisés, et certains pourraient s’en aller.
Là encore, ce mercato sera utile pour juger de l’ambition de BlueCo pour le Racing, au-delà des paroles : on l’a vu cette saison, un effectif renouvelé de manière importante met du temps à se bien fonctionner, même avec un entraîneur de grande qualité. Si le Racing devait perdre la moitié ou le tiers de son onze de départ [surtout si les principales pertes sont Emegha, Santos et Petrovic, ndlr], il faudrait presque à nouveau recommencer de zéro. Compliqué alors que le club devra tout de suite être prêt pour les barrages de Ligue Conférence, le 21 et 28 août [entre les 2 et 3e journées de Ligue 1, ndlr].
Si le Racing décide de conserver certains de ses éléments clés, en plus d’un mercato plus efficace et peut-être davantage centré sur des joueurs connaissant la Ligue 1, même jeunes, l’ambition sera déjà plus claire. Il le faudra, de toute manière, pour pérenniser le Racing en Europe, même au sein d’une Ligue 1 affaiblie par la débâcle des droits télés. Parce que au vu de la gestion de cette affaire, être européen tous les ans pour le Racing pourrait bien être une question de rentabilité économique. Et donc, in fine, de survie.
En attendant, les supporters/rices srasbourgeois(es) peuvent tout de même profiter d’une magnifique saison, clôturée par une 7e place qui donne le droit à des barrages européens les 21 et 28 août qui s’annoncent brûlants. Quant à la Ligue 1, elle redémarre le weekend du 17 août avec, on l’espère, un Racing encore plus ambitieux pour tutoyer les premières places et qui accueillera au sein d’une Meinau new look un public qui aura hâte d’y être.



Good kop, bad kop? En tout cas cette dictature de petits tyranneaux des tribunes, pseudo-omniscients égotistes, est fatigante.