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« Il faut être solidaire » : à Strasbourg, parents et personnel éducatif défendent les lycéen(ne)s

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À Strasbourg comme ailleurs, des manifestations se sont tenues en soutien aux lycéen(ne)s mobilisé(e)s. Parmi les manifestant(e)s, parents et personnel d’éducation étaient largement représenté(e)s. Parmi leurs mots d’ordre : soutien aux revendications lycéennes et dénonciation de la répression.

Vous aussi, vous avez peut-être entendu, sur certains plateaux télé, des éditorialistes dresser une forme d’opposition entre lycéen(ne)s et le personnel éducatif. C’est pourtant très loin de ce que l’on a pu constater sur le terrain et en échangeant avec les personnes concernées.

Certes, il y a eu des épisodes violents qui ont été relevés, comme nous l’expliquait Carole Wenner, CPE au lycée Marcel Rudloff, qui déplorait avoir été prise pour cible par des projectiles, avec plusieurs autres membres de l’équipe éducative de son établissement. Malgré tout, elle précisait aussi garder son soutien aux revendications lycéennes.

De manière générale, le personnel de l’Éducation nationale que l’on a pu interroger ces derniers jours nous a fait part d’une importante solidarité en faveur des revendications des élèves, ainsi que de leur faculté à se faire entendre.

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mobilisations lycéennes
© Martin Savail / Pokaa

Autres membres de la communauté éducative, les parents d’élèves témoignent également de leur soutien en faveur des mobilisations lycéen(ne)s.

Leur présence en masse à la manifestation qui s’est tenue ce mardi 6 octobre et qui a rassemblé jusqu’à 15 000 personnes marque la convergence de ces adultes vers les revendications de ces ados qu’ils et elles accompagnent au quotidien.

« Nos élèves sont supers ! »

La semaine dernière, une CPE d’un établissement strasbourgeois touché par les blocus nous racontait : « Les lycéens clamaient leurs revendications devant le portail. Ils nous ont vus de l’autre côté et nous ont crié ‘Ce n’est pas contre vous. On vous adore !’ »

Une autre personne, membre de l’équipe éducative d’un établissement, nous le confirmait, observant ses élèves de loin, pendant un blocus : « On a surtout peur pour leur sécurité [celle des élèves mobilisé(e)s, ndlr]. Oui, il y a eu des feux, mais ce n’est pas le plus important. »

Dans un autre lycée, une fonctionnaire de l’Éducation nationale précise : « Nous avons tous été gazés, élèves comme personnel [qui ne manifestaient pas, ndlr]. Ce sont les élèves qui partageaient leurs doses de sérum physiologique avec nous et se sont inquiétés de notre état. »

Au lycée Le Corbusier, à Illkirch-Graffenstaden, le personnel éducatif et la direction sortent au milieu des élèves lors des blocus. Une façon « d’assurer leur sécurité », nous dit un membre de l’établissement. Ici, le personnel se félicite du bon déroulement global des blocus qui ont touché leur bâtiment : « Nos élèves sont supers ! »

Lycéen(ne)s comme personnel regrettent une couverture médiatique tournée davantage sur les débordements que sur les revendications légitimes des élèves mobilisé(e)s. À propos de l’absence de réponse politique, on nous glisse : « On a vu Thibaud Philipps [maire d’Illkirch-Graffenstaden, ndlr] se pavaner entre les voitures de police sans s’approcher, c’est déplorable. »

Corbusier manif
© Document remis

Marjorie Galy, professeure au lycée Fustel-de-Coulanges, insiste sur le fait que les revendications lycéennes sont portées par la communauté éducative depuis plusieurs années.

Elle pointe la responsabilité d’une répression policière qu’elle estime inégalée : « Décider de lever des blocus lycéens en envoyant la police, ça augmente le niveau de la violence. C’est l’État qui le décide. » Elle déplore des gardes à vue d’élèves « qui sont maltraités et qui ressortent sans charges ».

Un professeur interrogé jeudi dernier, lors du blocus du lycée Marie-Curie, certifiait : « On a des conditions de travail compliquées, on fait ce qu’on peut, mais des fois on ne peut pas. » Il insistait déjà sur le fait que les élèves, présent(e)s pour faire entendre leurs revendications, « chantent, braillent […] mais ne sont pas menaçants ».

manifestation jeunesse mouvement social lycéen
© Adrien Labit / Pokaa

Si la manifestation de mardi a permis de mettre en avant l’impressionnant soutien du personnel éducatif en faveur des lycéen(ne)s et de leurs revendications, on a aussi pu en voir se mobiliser directement à leurs côtés, au cours des différentes actions de ces derniers jours.

Les élèves que l’on a pu interroger se savent globalement soutenu(e)s par la communauté éducative et s’en réjouissent.

« Ce sont des gamins en face d’eux »

Du côté de la première fédération de parents d’élèves du Bas-Rhin, Julien Rastegar, président de la FCPE 67, nous fait part de sa préoccupation vis-à-vis de la répression des mobilisations : « On appelle aussi les forces de l’ordre à réagir correctement, à ne pas oublier que ce sont des gamins en face d’eux. »

La FCPE a d’ailleurs cosigné, avec les antennes alsaciennes de plusieurs syndicats, un communiqué. Dans ce document, les organisations recensent une trentaine d’agissements problématiques des forces de l’ordre en Alsace. Elles dénoncent une volonté de « terroriser les lycéen(ne)s et d’écraser le plus rapidement possible le mouvement ».

manifestation 6 octobre mouvements lycéens FCPE
Mardi 6 octobre, la FCPE était présente dans la manifestation en soutien aux revendications lycéennes. © Julien Rastegar / Document remis
Dire que les caisses sont vides et qu'il n'y a plus d'argent, c'est faux, ce n'est pas vrai. L'argent il se trouve.
Julien Rastegar, président de la FCPE67

Il le confirme, les éléments dénoncés par les revendications lycéennes sont constatés par les parents d’élèves depuis plusieurs années. « Quand on est sur le terrain, quand on est écolier, étudiant, lycéen, quand on est parent et quand on s’intéresse un petit peu au sujet, ou quand on est au cœur du système comme nous, on constate tout ça, on voit que ça ne va pas. »

Par la voix de son président, la FCPE réclame des mesures concrètes relatives au manque de moyens.

Julien Rastegar l’affirme : « Il y a aussi la suppression de Parcoursup, système qui est une hérésie. Elle peut être actée rapidement. C’est possible. » Cette mesure est également citée majoritairement par les lycéen(ne)s lorsqu’on leur demande ce qu’ils et elles souhaitent voir être mis en place en premier.

Maman de deux lycéens, Jamila a décidé d’accompagner l’un de ses fils et son ami lors des mobilisations qui ont eu lieu vendredi dernier. La mère de famille, qui accorde une importance au respect des règles, tient à faire les choses « proprement ». Elle pose donc un ultimatum à son ado : « Je viens avec toi ou tu n’y vas pas. »

« Je ne suis pas restée avec mon fils parce que j’avais peur qu’il fasse des bêtises, mais parce que j’avais peur qu’il n’ait pas le réflexe de partir pour éviter d’être au mauvais endroit au mauvais moment. » Elle explique avoir pris conscience de beaucoup de problématiques en prenant le temps d’échanger avec les lycéen(ne)s croisé(e)s lors des mobilisations.

« J’ai pu lire que la majorité des jeunes n’avaient rien à revendiquer, qu’ils y allaient juste pour s’amuser, pour ne pas aller en cours. Ayant été au milieu de cette manifestation, j’ai constaté que c’était faux : j’avais face à moi des personnes qui parlaient des problèmes de leur lycée, des classes surchargées, etc. »

Pour elle, il est important de laisser les jeunes faire entendre leur voix. « Il faut être solidaire. Même ceux qui sont dans des écoles privées. Il faut sortir dans les rues, pour soutenir les autres. » Mais « il arrive un moment où les CRS ne font plus de distinction entre le méchant et le gentil », explique-t-elle.

« J’ai pu voir des images d’un jeune garçon qui était assis, sur son téléphone, il s’est pris quand même un flashball alors qu’il n’était même pas en train de manifester. Je ne veux pas ça pour mon fils. »

Ils donnent l’impression de vouloir changer la donne et on ne peut que les encourager dans ce sens.
Une mère de lycéenne strasbourgeoise

Une mère de famille, dont une des enfants étudie au lycée Fustel-de-Coulanges, nous confie être choquée par le manque de moyens matériels, la vétusté de certains établissements et le manque de personnel, même si elle sait que sa fille est scolarisée dans un lycée privilégié.

« L’éducation de nos enfants est en train d’être sacrifiée alors que nous avons besoin de les motiver et de leur donner envie d’entrer dans la vie d’adulte avec sérénité et confiance en leur avenir. »

Au printemps dernier, celle qui a accompagné son fils aîné dans Parcoursup retient une difficulté à accéder aux études souhaitées, un manque d’accompagnement et des critères qui « manquent de transparence et créent un sentiment d’injustice et un stress pour les lycéens ».

manifestation 6 octobre mouvements lycéens FCPE
© Julien Rastegar / Document remis

Elle observe une génération « alerte sur le monde qui les entoure » et « sensible à des sujets actuels de fond ». Face à cela, la mère de famille déplore une répression qui semble inadaptée : « Un jeune en devenir a besoin de repères d’adultes, de confiance, et l’exemple que l’institution leur renvoie est problématique. »

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