Depuis février, le collectif Teps’Out dénonce l’extension d’un site de stockage de gaz à Reichstett. Actif sur les réseaux sociaux, il organisait son premier rassemblement samedi 4 juillet.
« GNL non merci, on préfère rester en vie ! ». Environ 200 personnes étaient réunies samedi 4 juillet à Reichstett pour dire non à un projet de stockage de Gaz naturel liquéfié. Porté par l’entreprise Tepsa, une société spécialisée dans le stockage d’hydrocarbures, il vise à installer sur son site de Reichstett cinq nouvelles cuves destinées au stockage de gaz. Bien que rejeté par les maires de toutes les communes limitrophes, le chantier a été autorisé par la préfecture.
Depuis cet hiver, le collectif Teps’Out dénonce ce projet jugé dangereux pour les habitant(e)s et l’environnement via des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Fondé par deux frères, Colin et Brice Johner, le collectif compte une quarantaine de militant(e)s et organisait son premier rassemblement ce samedi.
Utilisé comme carburant alternatif, notamment pour les poids lourds et les bateaux, le GNL est présenté par l’industrie gazière comme un pilier de la décarbonation des transports. S’il émet moins de CO2 que les carburants traditionnels, il est en revanche fortement émetteur de méthane, un gaz dont l’effet sur le réchauffement climatique est 25 fois plus fort que le dioxyde de carbone.
Pour le collectif Teps’Out, développer l’usage de ce carburant va à l’encontre de la lutte contre le réchauffement climatique. Les militant(e)s dénoncent également les nuisances générées par le trafic routier destiné à alimenter le site, estimé à 32 000 camions par an. Enfin, pour eux, un tel stockage à proximité des habitations fait courir des risques aux riverain(e)s.
Un projet jugé dangereux
À Reichstett, de mémoire d’habitant(e), on avait jamais vu une manifestation traverser le bourg. Dans les rues du village, 200 personnes défilent pancartes à la main et scandent : « Tepsa, on a dit non, garde tes 32 000 camions. Tepsa, t’as pas compris, notre avenir n’a pas de prix ! »
Charlotte, une habitante de Reichstett, est en colère. « Ce n’est pas parce qu’on a été un jour classé comme site Seveso, qu’on doit être la poubelle de tout le monde. » Alexandra approuve de la tête, « on veut tout nous refiler, les dépôts de train, le gaz, tout qui existe, la géothermie, on en peut plus. »
En 2019 et 2020, Reichstett et les villages alentour avaient été frappés par plusieurs séismes dus à la centrale géothermique de Vendenheim. Pour les habitant(e)s, le risque industriel est donc loin d’être théorique.
En mai 2025, Tepsa a été condamné à payer des amendes d’un montant de 45 000€ par le tribunal judiciaire de Strasbourg. L’entreprise a été reconnue coupable de manquement aux règles de sécurité ayant entrainé une pollution de la nappe phréatique.
« Je trouve ça hallucinant qu’on autorise des entreprises qui ont déjà été condamnées pour ça à s’agrandir », tempête Martin, installé à Reichstett depuis trois ans. Sandra Regol, députée Les Écologistes de Strasbourg s’inquiète, elle aussi, de la sécurité du site déjà classé Seveso. « On est au-delà de l’inflammable, on est sur de l’explosif. Qu’est-ce qu’il se passe pour les habitants, si Tepsa pour économiser de l’argent continue à avoir des pratiques qui mettent leur vie et leur santé en danger ? »
« L’État ne nous protège pas »
Alors que la manifestation touche à sa fin, Colin Johner reprend une dernière fois le micro pour remercier les participant(e)s et les inviter à signer leur pétition qui vient, tout juste, de dépasser les 4000 signataires. « Voir ça dans le village de mon enfance, traverser ces rues avec cette force commune et cette solidarité, ça donne de l’espoir pour continuer jusqu’à ce qu’on finisse par nous entendre. »
Le jeune militant dénonce un déni de démocratie : « les élus du coin et l’Eurométropole n’en voulaient pas, 97% des personnes consultées lors de l’enquête publique étaient contre mais la préfecture a quand même validé le projet. »
Si le maire de Reichstett a décidé de poser un recours devant le tribunal administratif contre le projet, Colin Johner fonde peu d’espoirs sur cette action en justice. « Le tribunal va juger sur la légalité de la procédure, pas sur l’acceptabilité par la population et seulement 5% de ces recours sont favorables aux riverains. C’est pour ça que l’on se mobilise, parce qu’on pense que la mobilisation citoyenne est tout ce qu’il nous reste pour nous protéger face à un État qui ne nous protège pas et subventionne des projets gaziers et pétroliers qu’il faudrait à tout prix arrêter. »
Sans décision contraire du tribunal, les travaux seront autorisés à commencer dès la fin de l’été.


