Grand projet de la précédente mandature, l’esplanade festive de la plaine des Bouchers a été abandonnée par la municipalité de Catherine Trautmann lors du conseil municipal du 5 juin. Un choix justifié par la volonté de ne pas faire une « foire Saint-Jean au rabais ». Un argument contesté par Pierre Ozenne, l’ancien adjoint aux foires et marchés.
Quand toutes les polémiques auront été épuisées, Strasbourg reviendra pour la énième fois sur la foire Saint-Jean. Serpent de mer sans doute aussi connu que le Loch Ness, il rythme les débats strasbourgeois depuis 25 ans et déplace les forains de lieu en lieu sans réelle solution pérenne.
Après de grosses tensions durant le mandat de Jeanne Barseghian, avec notamment le blocage du centre administratif en mai dernier, une solution semblait avoir été trouvée : l’esplanade festive de la plaine des Bouchers, prévue pour accueillir définitivement la foire et ses forains en 2027.
Sauf que, comme déjà plusieurs autres, le projet n’a pas résisté au changement de mandature. Le 5 juin dernier en conseil municipal, lors d’une question orale posée par l’ancienne adjointe à la tranquillité publique Nadia Zourgui, on a appris que la nouvelle municipalité de Catherine Trautmann abandonnait l’idée, alors que le permis d’aménager était prêt à être signé.
« Pas de foire Saint-Jean au rabais » : la nouvelle municipalité revient sur le projet
Alors pourquoi ? Concrètement, la nouvelle municipalité juge que le projet de sa prédécesseure était insuffisant sur presque tous les points.
Peu avares en mots durs concernant le projet [contre lequel le groupe socialiste s’était abstenu en juin 2022, ndlr], Mathieu Cahn a répondu à Nadia Zourgui : « Il faut rétablir les vérités sur le dossier. En 2022, vous ne prévoyez aucune année blanche, il y en aura eu trois. Les engagements pris par votre majorité ne pouvaient pas être tenus. Nous avons fait le choix de la transparence. Les forains méritent mieux que des promesses impossibles. »
Les difficultés que rencontre la foire sont le résultat direct de la gestion de votre majorité au coeur du précédent mandat.
Le 1er adjoint explique que sur les 4,5 hectares de surface prévus initialement, « seuls 3 pourraient être disponibles à cette échéance ». Catherine Trautmann enchaîne : « Nous ne pouvons pas faire une foire Saint-Jean au rabais. Ne pas dire la vérité aux forains a changé leurs vies, les a mis en difficulté, car cela représente une grande partie de leurs revenus annuels. Nous avons une responsabilité économique vis-à-vis d’eux. »
Face à ce que la nouvelle majorité juge comme un projet non abouti [et coûtant tout de même 10 millions d’euros, ce qui n’est pas rien en plein audit financier, ndlr], elle a donc pris la décision de l’abandonner. Selon Mathieu Cahn : « Nous étudions aujourd’hui l’ensemble des solutions et sites susceptibles d’accueillir cet événement. La foire devra être de retour dès 2027 dans des conditions sérieuses. » Reste à voir où, et comment… mais également si les forains vont accepter les solutions proposées.
La nouvelle municipalité accusée de « dogmatisme politique »
Pour Pierre Ozenne, la décision ne passe pas. L’ancien adjoint aux foires et marchés critique une décision prise par « dogmatisme politique » [une critique souvent adressée aux Écologistes par les socialistes durant leur mandat, la politique est farceuse, ndlr].
Il déplore que la municipalité « abandonne ce site, les forains, l’ensemble des manifestations et événements de plein air qui devaient trouver leur place sur cet équipement dont Strasbourg manque cruellement depuis la disparition de l’espace du Wacken dédié aux grands événements extérieurs ».
Mme Trautmann et son équipe semblent avoir fait le choix de renoncer systématiquement aux projets engagés par la précédente municipalité.
Le tout, alors que l’esplanade festive de la plaine des Bouchers constituait selon lui une alternative attendue, répondant « à des critères devenus particulièrement difficiles à réunir dans une grande ville : proximité du centre urbain, éloignement des habitations, accessibilité, disponibilité foncière et unité de l’emprise ».
S’il avoue être « en colère », l’ancien adjoint désormais retiré de la vie politique empresse Catherine Trautmann et sa municipalité de revenir en arrière et de signer le permis d’aménager. Un espoir sans doute aussi vain que celui de voir arriver rapidement un terme au ballotage continuel des forains, les victimes de l’affaire.



