Une quarantaine d’artistes et technicien(ne)s du spectacle vivant se sont mobilisé(e)s ce vendredi 10 avril contre la baisse du financement de la culture dans le Grand Est. Le rendez-vous était notamment donné à Strasbourg, devant le bâtiment de l’Hôtel de Région.
À Strasbourg, Nancy et Metz, les artistes se mobilisent contre les coupes budgétaires décidées par la Région Grand Est. Répondant à l’appel du Syndicat français des artistes interprètes (SFA-CGT), ils et elles dénoncent « l’austérité culturelle » mise en place par la collectivité, dont la part du budget allouée à la culture est en baisse de 10% pour 2026.
Une quarantaine de personnes se sont rassemblées devant l’Hôtel de Région à Strasbourg, alors même que les élu(e)s du conseil régional s’apprêtaient à voter le budget 2026 à Metz. « Il y a des rassemblements qui ont lieu à Metz et à Nancy en parallèle, explique Pierre Mallaisé, régisseur. Nous souhaitons interpeller les élus sur les conditions qu’ils vont nous donner pour le futur. »
Outre la baisse de 10% du budget destiné à la culture, les manifestant(e)s dénoncent le sort fait à l’Agence culturelle Grand Est, une structure financée par le Conseil régional qui permettait aux compagnies de disposer de studios de répétitions, d’être accompagné(e)s dans leurs créations et lors des tournées régionales.
« La Région retire plus de la moitié des financements de l’Agence culturelle, ce qui affecte ses missions d’aide à la création et à la diffusion, poursuit Pierre Mallaisé. La moitié des salariés de l’agence vont être licenciés et le souhait de la Région c’est de conserver uniquement l’activité de location de matériel et la formation. »
« Ça détruit le sens même de la création »
Dans un document décrivant ses orientations budgétaires, la Région Grand Est affiche pourtant une volonté politique ambitieuse sur le volet culturel. « Une culture de proximité, garante d’équité territoriale, mais aussi moteur de dynamisme économique, de cohésion sociale et de vitalité artistique. »
Pour Marion Grandjean, artiste dramatique et responsable de compagnie, c’est, au contraire, l’équité territoriale qui va pâtir des choix budgétaires de la collectivité. « On nous dit d’aller jouer dans la ruralité, mais s’il n’y a plus de structure comme l’Agence culturelle qui nous accompagne pour le faire, ça ne sera pas possible. Ça veut dire que ça limite l’accès à la culture de ceux qui en sont le plus éloignés, à la campagne notamment. »
Pour la comédienne, les baisses des financements alloués à la culture par l’État et les différentes collectivités ont un impact direct sur la création. « On n’a plus que des spectacles solos, parce que c’est plus économique. Mais si on réfléchit à un projet pour qu’il se vende, où est la liberté de création ? Ça détruit le sens même de la création. »
Moins de budget, ce sont aussi des conditions de travail qui se détériorent pour les équipes. « Quand on est responsable de compagnie, on fait tout parce qu’on ne peut plus embaucher des gens. À la fin, on pète des câbles et arrive le burn-out. »
Vers une culture business ?
Si la Région affirme vouloir préserver les financements des structures culturelles les plus fragiles au détriment des plus grandes, pour Pierre Mallaisé, ce raisonnement est caduc. « Il y a souvent un effet domino, dès qu’on touche un acteur ou une actrice de cet écosystème, ça affecte tous les autres. »
Pour le régisseur, si elles sont moins financées, les grandes structures prendront moins de risques et produiront moins de spectacles venant de compagnies émergentes. « Le risque, c’est que la diversité culturelle, cette pluralité, disparaisse. »
« Nous sommes là pour manifester notre inquiétude, explique Denis Forget. Bien sûr, les métiers de la culture seront impactés, mais l’ensemble de la population peut souffrir d’une restriction des moyens alloués à la culture. »
Le musicien pointe un modèle de financement de la culture de plus en plus dépendant d’acteurs privés. « Une de nos préoccupations majeures, c’est de faire que la culture soit vraiment culturelle et ne soit pas soumise aux lois du marché et du business. »



