Depuis dimanche, la saison 4 du Temps des Féminismes a regagné la nef de l’église Saint-Guillaume. Quelques semaines après la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, ce OFF des Bibliothèques idéales vous attend jusqu’au dimanche 29 mars à Strasbourg. Parmi les 17 rendez-vous (gratuits) qu’elle comprend encore, voici quelques-uns de nos coups de cœur – de Titiou Lecoq à Louise Aubery.
Vous étiez déjà nombreux/ses ce dimanche à vous glisser dans la nef bondée de Saint-Guillaume, pour cette nouvelle saison du Temps des Féminismes.
Espace de rencontre « pour penser, débattre et célébrer les combats d’hier et d’aujourd’hui », ce OFF très attendu des Bibliothèques idéales, axé autour de la révolution féministe, vous a une fois de plus séduit.
Dans ce programme majoritairement gratuit, où fourmillent rencontres, concerts, lectures et performances, vous êtes venu(e)s dimanche écouter parler des mascus (et de ceux qui ont peur des femmes), d’histoire du tatouage et d’égalité des genres dans l’art, ou célébrer les identités queers et écouter chanter Nina Simone – icône des luttes féministes et anti-racistes… Mais que réserve encore cette édition ?
Si l’on ne peut que vous conseiller de vous plonger dans le programme complet (ou notre précédent article à ce sujet), voici notre sélection coups de cœur.
Mercredi soir : deux rencontres événements
Judith Godrèche, Rokhaya Diallo, Laure Adler, Ovidie… Si cette nouvelle saison verra le retour d’invitées régulières du Temps des Féminismes, elle accueille toutefois quelques nouveaux noms dans sa programmation ! Des rencontres événements, à l’instar de celles prévues ce mercredi 25 mars.
D’une part, avec la journaliste et essayiste Titiou Lecoq qui a permis de réhabiliter en 2021 Les Grandes Oubliées (nom de son essai et phénomène de librairie chez L’Iconoclaste), adapté en BD l’an passé, et sous-titré Pourquoi l’histoire a effacé les femmes.
Après s’être penchée sur ces grands destins effacés, ou encore sur Le couple et l’argent (en 2022), elle revient avec Nos amours modernes (publié une fois de plus chez L’Iconoclaste).
Un ouvrage collectif qu’elle codirige, composé de journalistes, chercheurs/ses et de dessinateurs/rices, qui « dissèque[nt] » ensemble ce qu’est le couple hétéro, près de dix ans après #metoo. « De la première discussion sur Tinder au sujet brûlant du partage de la charge mentale, de la question de l’argent à la séparation, de l’adultère à la charge émotionnelle, en passant par les red flags ou la contraception. »
Un rendez-vous qui prendra la forme d’une rencontre dessinée entre l’autrice qui viendra accompagnée de l’illustratrice Marie Dubois, et animée par Celia Laignel (@keldechet).
Et d’autre part, avec Paul B. Preciado, figure majeure des études du genre, des politiques sexuelles et du corps, reconnu à l’international, héritier de la pensée de Foucault, que l’équipe des Bibliothèques idéales se réjouit d’accueillir pour la première fois.
Si on lui connaît déjà les ouvrages Dysphoria Mundi, Je suis un monstre qui vous parle, Testo Junki, l’auteur et penseur y présentera Mémoires des années de jeune fille d’un homme, traduit pour la première fois en France.
Texte publié anonymement en 1907 par un certain N.O. Body, ce dernier y fait le récit de « [s]a triste vie d’un être seul et malheureux qui, après bien des obstacles, a su trouver sa voie ».
Derrière ce pseudonyme ? Karl M. Baer (1885-1956), un homme déclaré fille à sa naissance et élevé de cette façon, aidé plus tard par le sexologue Magnus Hirschfeld qui l’opère et l’aide à changer d’état-civil. Faisant de lui la première personne ayant obtenu la reconnaissance légale de son identité de genre, en Allemagne.
Un ouvrage dont Paul B. Preciado livre une postface, inédite en France : Mon nom est Body. À découvrir lors d’une rare rencontre-lecture, mercredi 25 à 19h30.
Jeudi et vendredi soir : défendre le corps et la parole des femmes
De ses représentations à sa défense : le corps des femmes est politique. Jeudi 26, l’historien Ivan Jablonka et l’avocate pénaliste Negar Haeri nous inviteront « Aux racines du féminicide », pour faire entendre celles qui en furent les victimes.
Pour le premier : en nous plongeant dans l’histoire des représentations banalisant la mise à mort des femmes, depuis la mythologie jusqu’à la pop culture (dans La culture du féminicide, chez Seuil).
Quant à la seconde, elle réhabilite dans La jeune fille et la mort (Seuil) « la parole confisquée d’une adolescente assassinée », Shaïna, dont le destin a rencontré la violence des hommes… Une jeune fille qu’elle n’a pas connue, mais qu’elle « rencontre » en qualité d’avocate de la défense, auprès de sa famille.
La première, en déconstruisant dans Soumission chimique (JC Lattès) « les idées reçues autour des violences invisibles », tout en « repla[çant] la parole des victimes au centre ». Et pour la seconde, en explorant celle-ci « comme symptôme d’un corps féminin considéré comme territoire narratif et politique ».
En toile de fond ? La dénonciation de la banalisation des violences, et « la responsabilité collective face à l’effacement des femmes ».
Les crushs du dimanche : Louise Aubery (MyBetterSelf) et Morgane Ortin (Amours Solitaires)
Ce week-end, Le Temps des Féminismes clôturera – déjà – sa 4e saison, en dix rencontres programmées. Parmi celles-ci, on notera la venue pour la première fois de Louise Aubery, le dimanche 29.
Si on lui connaît son pseudonyme, MyBetterSelf, cette entrepreneuse et créatrice de contenus largement suivie sur les réseaux a su, depuis, imposer son nom, de son podcast InPower à ses nombreuses initiatives et prises de parole autour du féminisme, de l’acceptation du corps (dans la mouvance body-positiviste).
Pour Le Temps des Féminismes, elle nous parlera de l’injonction au bonheur qu’elle questionne au travers de son livre Jusqu’ici tout va mal : Pourquoi la quête du bonheur ne nous rend pas heureux.
Un essai à mi-chemin entre le récit de soi et la réflexion philosophique, dénonçant notamment les méthodes illusoires des livres de développement personnel, et qui invite à muscler son esprit critique.
Sa rencontre sera suivie de près par une autre figure du web désormais autrice, et poétesse à succès : Morgane Ortin. Fondatrice du merveilleux compte Instagram Amours solitaires (adapté en livres, puis en série) autour de correspondances poétiques d’anonymes, cette « militante de l’intime » – comme elle se décrit elle-même – use aujourd’hui de sa plume pour nous parler des liens qu’entretiennent l’amour et la littérature.
Dans Les livres m’ont menti parfois (Nami), l’autrice y raconte sous la forme d’un lexique personnel de l’amour l’influence des grands textes sur elle – parfois guides, parfois illusions. De James Joyce à Annie Ernaux, de Flaubert à Marguerite Duras jusqu’à Beckett, Proust ou Monique Wittig, elle y explore les classiques au regard de son histoire.
Bonus « invitée surprise » : Chahdortt Djavann
On finira cette sélection sur un bonus, sous la forme d’un mémo… Annoncée seulement la semaine dernière, Chahdortt Djavann rejoint la programmation du samedi 28.
« Une invitée surprise » qui nous emmènera en Iran, son pays d’origine, et celui des mollahs. [Une terre frappée depuis plusieurs mois par une actualité sanglante entre répressions violentes du gouvernement sur des manifestant(e)s, et frappes israélo-américaines, ndlr].
Son œuvre raconte la condition des femmes restées là-bas, et dénonce avec courage le système en place, illustré par des titres coup-de-poing : Bas les voiles !, Et ces êtres sans pénis !, Comment lutter efficacement contre l’idéologie islamique, Les putes voilées n’iront jamais au paradis… Jusqu’à son dernier : Un violeur attentionné et délicat.
Pour le reste, si le changement d’heure d’été n’aura lieu que ce week-end… Il est déjà largement Le Temps des Féminismes. Rendez-vous dès ce soir, jusqu’au 29 mars.
Événement
Le Temps des Féminismes - 4e saison (Bibliothèques idéales)
Quoi ?
Rencontres, concerts, lectures, performances
Quand ?
Du dimanche 22 au dimanche 29 mars
où ?
À l’église Saint-Guillaume, 1 rue Munch, à Strasbourg
Plus d'infos ?
Site web
Le programme
L’événement Facebook
Entrée libre et gratuite (sauf concerts indiqués sur billetterie)



