Après la vague féministe qui a emporté Strasbourg le 8 mars pour la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, il est venu « Le Temps des Féminismes ». Ce OFF des Bibliothèques idéales revient pour une 4e saison, du 22 au 29 mars à l’église Saint-Guillaume. Rencontres, concerts, lectures, performances… Une vingtaine de rendez-vous (en majorité gratuits) à passer en compagnie d’autrices, d’auteurs et d’artistes, pour honorer les luttes d’hier et penser celles d’aujourd’hui.
En janvier, les Bibliothèques idéales nous présentaient « Vingt questions à ne surtout pas poser en début d’année » en invitant des écrivain(e)s et artistes à converser autour de questions « brûlantes ».
Quelques mois plus tard, elles sont déjà de retour à Strasbourg avec la 4e saison d’un de leurs rendez-vous phares : « Le Temps des Féminismes ».
Un OFF des Bibliothèques idéales articulé autour de la révolution féministe, de ses grands destins aux enjeux contemporains. Un programme majoritairement gratuit composé de rencontres, concerts, lectures et performances « pour penser, débattre et célébrer les combats d’hier et d’aujourd’hui ».
Cette édition 2026 met déjà en avant la lecture musicale de Catherine Ringer (des Rita Mitsouko) autour de « l’érotisme de vivre », tirée des poèmes d’un recueil éponyme d’Alice Mendelson. Il y a aussi une nouvelle représentation de l’hommage conjoint et « incandescent » du pianiste Grégory Ott et la chanteuse Sélia Setodzo à Nina Simone. Une « figure insoumise de la lutte antiraciste et féministe » à laquelle Le Temps des Féminismes consacre sa nouvelle affiche, après Gisèle Pelicot (à nouveau illustrée par Catel).
Mais que nous réserve encore cette nouvelle édition ?
Une programmation largement transversale
Ancré dans son temps, le festival s’attaquera évidemment aux enjeux actuels, en s’intéressant aux différentes expressions des violences systémiques rencontrées par les femmes.
Comme « des nouvelles formes de domination et leurs masques contemporains », avec notamment un focus sur les masculinistes, la soumission chimique et les racines du féminicide. Ou encore comment « Renverser l’ordre patriarcal » avec Romane Brisard, Camille Froidevaux-Metterie et Sabrina Erin Gin.
L’autrice franco-iranienne Chahdortt Djavann nous entraînera elle, dans l’esprit d’Un violeur attentionné et délicat (Grasset), titre de son dernier roman, qui suit les traces d’un juge du régime des mollahs, victime d’inceste puis bourreau. Condamné à perpétuité, celui-ci écrit depuis sa prison : « Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels. ». (À retrouver le dimanche 28 mars à 17h).
Quant à célébrer les combats et figures d’hier, Laure Adler viendra témoigner pour celles qui les ont menés (Gisèle Halimi, Simone Weil, Marguerite Duras, Toni Morrison, Hannah Arendt, Simone Veil, Françoise Dolto, Mahsa Jina Amini), « dans un esprit de partage et de sororité ». Tandis que Christelle Taraud et Emanuele Arioli nous mettront « face aux dangereuses sorcières ».
Rokhaya Diallo et Grace Ly nous inviteront à réfléchir aux liens « entre création, militantisme et transmission »… Et Morgane Ortin à « ce que la littérature fait à nos amours et ce qu’elle répare » au regard des textes de James Joyce à Annie Ernaux, de Flaubert à Marguerite Duras en passant par Beckett, Proust et Monique Wittig.
Il y sera aussi question de (re)penser l’« Histoire du tatouage et égalité des genres en art », des féminismes religieux, et d’« évoquer les combats, l’éducation des filles et des garçons, la transmission et comment donner corps aux histoires des femmes » .
L'intime est politique
Le Temps des Féminismes nous réserve également une « rencontre au sommet » entre Ovidie, Judith Godrèche et Pauline Chanu « pour tisser un dialogue puissant autour des silences imposés aux femmes ». De l’hystérie au slut-shaming, et à la sortie du secret.
D’ailleurs, si les féministes ont popularisé l’idée que l’intime était politique, la programmation de ce Temps Fort s’y inscrit amplement. On pense évidemment aux rencontres avec Fleur Breteau, fondatrice de Cancer Colère, ou avec Lili Keller-Rosenberg (Leignel), survivante des camps de la mort.
Ou avec Charlotte Casiraghi qui publie La Fêlure (Julliard), « une traversée intime et littéraire de la vulnérabilité, à rebours des injonctions contemporaines à la performance et au bien-être permanent ». Et dans la même lignée, avec Louise Aubery, qui s’est fait connaître sur les réseaux sous son pseudo MyBetterSelf, qui parle dans Jusqu’ici tout va mal du rapport à la réussite et au bonheur.
Sans oublier la rencontre-lecture du philosophe et auteur de référence Paul B. Preciado (sur les expériences queers et trans), qui nous fera découvrir Mémoires des années de jeune fille d’un homme publié anonymement en 1907 en Allemagne par N.O. Body. Un récit traduit pour la première fois en français, et que Paul B. Preciado fait suivre de son propre texte : Mon nom est Body.
Coups de cœur
Parmi nos coups de cœur, on notera la rencontre dessinée entre l’autrice Titiou Lecoq et l’illustratrice Marie Dubois, le mercredi 25 mars.
Après son travail éclairant sur Les Grandes Oubliées – Pourquoi l’histoire a effacé les femmes (aux Éditions de l’Iconoclaste), l’essayiste s’intéresse à présent, dans la bande dessinée collective Nos amours modernes (toujours chez l’Iconoclaste), aux dynamiques actuelles du couple hétéro près de dix ans après #MeToo.
Dans un autre genre, on se précipitera au spectacle « Récit & performances drag et burlesques », autour de la sortie du livre Brûle bébé de Matthieu Barbin (danseur, comédien, drag queen et militant) révélé sous les traits de Sara Forever lors de la saison 2 de Drag Race France – dont il fut finaliste.
Il sera accompagné le dimanche 22 mars de trois artistes locales : les queens Rose Tental et Kupydona, et l’effeuilleuse burlesque Sweet Ginger, pour « un moment artistique à la fois festif, poétique et puissant sur l’acceptation de soi et les doutes ».
S’il n’y a pas d’heure pour commencer à construire l’égalité, du 22 au 29 mars, il sera plus que jamais… « Le Temps des Féminisme ».
Événement
Le Temps des Féminismes - 4e saison (Bibliothèques idéales)
Quoi ?
Rencontres, concerts, lectures, performances
Quand ?
Du dimanche 22 au dimanche 29 mars
où ?
À l’église Saint-Guillaume, 1 rue Munch, à Strasbourg
Plus d'infos ?
Programme complet
Site web
L’événement Facebook
Entrée libre et gratuite (sauf concerts indiqués sur billetterie)



