Lieu commun et autogéré dans le quartier du Neudorf, la Maison citoyenne a été partiellement détruite dans un incendie survenu le 28 février au matin. Près d’un mois plus tard, les bénévoles ont assimilé l’événement et ne comptent pas lâcher l’affaire. À Strasbourg, pour toutes et tous, l’heure est au rebond.
La maison bariolée que l’on connait aujourd’hui sous le nom de Maison citoyenne fut, au 20e siècle, un atelier de menuiserie et de sculpture de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame.
Promise à une démolition certaine lors de la restructuration du Neudorf en 2014, elle est sauvée par un collectif de bénévoles qui décide de la rénover pour en faire un espace commun autogéré. La Maison citoyenne est finalement inaugurée en 2019.
Partiellement détruite dans un incendie survenu le samedi 28 février au matin, elle accueillait divers événements culturels, festifs et associatifs (et parfois même les trois en même temps !).
Près d’un mois après le sinistre, on a voulu retourner voir quelques-uns des visages derrière cette maison si particulière.
Après le choc de l’incendie est venue pour chacun(e) la nécessité de se réunir pour réussir à poursuivre d’une façon ou d’une autre cette drôle d’aventure commune, née il y a un peu plus de dix ans.
« Je ne pouvais pas la laisser brûler seule, sans la voir »
Ce mercredi 18 mars, en fin de journée, Delphine tartine un pesto maison sur des tranches de pain. François a ouvert une bière, il sert un verre à Lionel. Tous trois ont pris part au projet de la Maison citoyenne à des moments différents.
L’incendie du 28 février les a réunis dans une volonté de maintenir en vie ce projet unique. Attablé(e)s dans la salle commune d’un immeuble d’habitat partagé du Neudorf, le trio planche sur la suite.
Delphine a fait partie des fondateurs/rices du projet, elle a bossé dur sur le chantier de la maison, entre 2014 et 2019 avant de s’en éloigner un peu pour se consacrer à d’autres activités : « Je n’étais pas revenue depuis des années, mais dès que j’ai appris la nouvelle, je suis venue. Je ne pouvais pas la laisser brûler seule, comme ça, sans la voir. » Depuis, elle fait partie de ces ancien(ne)s que l’incendie a remobilisé(e)s.
Autre membre fondateur revenu pour l’occasion, François garde en mémoire la consternation des passant(e)s, le choc de toutes les personnes ayant connu la maison de près ou de (très) loin.
Lionel analyse cet engouement : « Je pense que les habitants, sans même fréquenter la maison, savent que c’est quelque chose qui fait du lien social, qui fait du bien aux gens. […] Il y a une véritable puissance du commun. Ça a fédéré pas mal de monde. »
Il cite les scènes ouvertes, les soirées impro, les chorales et pointe la diversité des publics qui s’y sont réunis. Des « mamies », des étudiant(e)s, des « mecs en galère », des familles. « C’est ça qui lui donne sa valeur incroyable, inestimable. C’est la force de cette maison : les gens viennent, ils s’éclatent. C’est ce qu’on attend d’une vie de quartier. »
Encore la veille de l’incendie, on a fait une scène ouverte incroyable. Des amateurs qui arrivent, jouent leur morceau, sont écoutés et applaudis à la folie !
Alors ce samedi 28 février, si le triste spectacle de l’incendie les sidère dans un premier temps, dès la mi-journée, toutes et tous pensent déjà à la suite. Même si la maison est en mauvais état ! « Au pire, on aurait mis une yourte ! », plaisante Delphine.
« Il faut donner de son énergie »
Dès le jour de l’incendie, les bénévoles sont sur le pont. Une première réunion se tient le soir même. Elle est d’abord informelle, puis quelqu’un propose de rédiger un compte-rendu. Il faut aussi gérer cet afflux d’ancien(ne)s qui reviennent dans le projet.
Des groupes WhatsApp se créent, des commissions sont constituées, la dynamique est lancée. Avec elle, une certitude : la Maison citoyenne vivra.
François ne voit pas comment envisager une réouverture avant au moins un an. Il faut laisser le temps à l’enquête de police, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’une origine criminelle est suspectée – d’autres départs de feu auraient été enregistrés dans le quartier le même jour.
Puis viendra le temps des expertises, des maîtrises d’œuvre. Le bénévole indique que si une partie de la structure a tenu, elle demeure tout de même grandement endommagée, « je pense qu’on n’aura pas de première vision de ce qui est sauvable avant mi-mai ». Viendront ensuite les enjeux financiers et techniques. Pour le retour d’un éventuel chantier participatif, « il va encore falloir attendre des mois ». En attendant, une pétition de soutien est rédigée et une cagnotte est lancée.
Les bénévoles sont convaincu(e)s d’une chose : il faut maintenir les activités et en imaginer des nouvelles. La détresse provoquée par l’incendie a finalement fédéré : « Tout le monde est super touché par ce qu’il s’est passé, mais c’est quelque chose qui peut retomber. C’est là qu’il faut être le plus présent, pour que ça rouvre. Il faut donner de son énergie. Après l’incendie, il faut reconstruire », martèle Delphine.
Pour garantir cette continuité, l’ambition est de pouvoir tenir « une forme de programmation hors les murs ». Le collectif a pu compter sur la collectivité ainsi que sur d’autres structures artistiques et/ou solidaires (l’Orée 85, la Tour merveilleuse ou encore le Fossé des Treize) afin de relocaliser certaines activités.
Ce mercredi soir, le petit groupe planche sur ces solutions de repli, mais aussi sur les prochains événements. Un festival était en préparation au retour des beaux jours. Pas de problème, ce sera des soirées de soutien. On nous évoque un grand événement festif au mois de juin. Stay tuned.
« On a perdu une partie de notre histoire »
Parmi les associations établies de longue date à la Maison citoyenne, La Cloche cherche aussi à rebondir. Association nationale visant à lutter contre l’isolement des personnes en situation de précarité en favorisant le lien social, l’antenne de Strasbourg a accueilli à la Maison citoyenne environ 2300 personnes lors de ses permanences en 2025.
À cela s’ajoutent des ateliers (cuisine, chorale, sensibilisations) et une quarantaine de maraudes au départ de la maison partagée.
Samedi 28 février, tandis que la nouvelle de l’incendie se répand, les deux salariées de l’association se précipitent elles aussi à la Maison citoyenne. Jeanne retrouve deux bénévoles assis sur un banc. Le trio assiste, impuissant, aux flammes, à la fumée, et au travail des pompiers. « On était d’accord pour être tristes à l’instant T mais par contre, très vite, on s’est posé les questions : qu’est-ce qu’on fait ? Où est-ce qu’on va aller ? Comment on se réinvente ? »
On a tout de suite commencé à réfléchir à la suite. Ça nous paraissait évident que ce n’était pas la fin de la Cloche Strasbourg. Pas comme ça.
De tête, les deux salariées nous égrainent une liste des pertes dues à l’incendie. Il y a les ustensiles des ateliers cuisine hebdomadaires, le matériel des ateliers photo ou théâtre, des boîtes entières de décos de Noël pour les événements, de la vaisselle, des cadeaux collectés et à redistribuer, les supports de communication, un peu de matériel informatique aussi.
« Il y avait tout dans la maison. À part nos deux ordinateurs qu’on avait avec nous, et quelques papiers comptables de cette année. Mais pour tout le reste, soit six ans de vie de l’asso : on a perdu une partie de notre histoire. »
Comme pour les autres activités de la Maison citoyenne, la priorité de La Cloche est de trouver des lieux de repli. Et prioritairement pour assurer les « repères » hebdomadaires, très importants pour des habitué(e)s dont certain(e)s sont en situation d’isolement et/ou de sans-abrisme. Florence insiste : « L’enjeu est de continuer à maintenir ce lien coûte que coûte et de ne pas perdre les publics, car certains n’ont pas de téléphone ou pas de batterie. »
Dans cette épreuve, Florence et Jeanne se disent émues par les élans de solidarité spontanés et les expressions de soutien, notamment de la part de commerçant(e)s issu(e)s du réseau Le Carillon. À l’image du restaurant METEOReat ou du Carrefour Schluthfeld, et de partenaires associatifs comme Caritas pour les maraudes.
Événement
Collecte de dons matériels pour La Cloche
Quoi ?
Appel à la solidarité
Quand ?
Mercredi 25 mars, de 10h à 17h
où ?
Café Les Compotes, 9 rue de Sélestat, à Strasbourg
Plus d'infos ?
La Cloche organise une collecte de matériel de cuisine, ustensiles, vaisselle, jeux de société, outils, chariot de course. La liste complète est disponible ici.




C’était la maison des wintzerith
Petits nous jouions avec François et ses frères et sœurs dans le grand terrain des sculpteurs de la cathédrale