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Ras-le-bol agricole : environ 5000 agriculteurs étaient à Strasbourg aujourd’hui !

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Jusqu’à 1000 tracteurs et 5000 agriculteurs/rices venu(e)s de 17 pays d’Europe ont manifesté ce 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg. Une démonstration de force pour dire non au traité de libre-échange avec l’Amérique du Sud.

« Ursula, on t’enc*** », quelques mètres plus loin, le même slogan, mais en italien cette fois. Plus loin encore, un groupe d’agriculteurs/rices polonais(es) scandent dans leur langue. Ce mardi 20 janvier, le monde agricole européen s’est donné rendez-vous à Strasbourg pour dire non au traité de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie).

Signé samedi par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, et ses partenaires latino-américains, cet accord doit supprimer les droits de douane entre les deux régions et faciliter les échanges commerciaux. Une déclaration de guerre pour les agriculteurs/rices européen(ne)s.

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« Ce n’est pas du tout équitable »

« Aujourd’hui, c’est le dernier recours pour dire stop au traité avec le Mercosur », explique Baptiste Mary alors que le cortège s’élance place de Bordeaux. Le jeune agriculteur a fait le déplacement depuis sa ferme dans la Marne. Pour lui, il s’agit de défendre une agriculture à taille humaine face aux géants agro-industriels d’Amérique du Sud.

« On va importer des produits d’Amérique latine qui ont des normes de production qu’on n’accepte pas chez nous. Ce n’est pas du tout équitable, en termes de prix, ce sera déloyal pour les agriculteurs européens. » Au-delà de la concurrence, il s’inquiète des conséquences sanitaires pour la population. « Ils utilisent des produits phytosanitaires qui sont interdits chez nous parce que cancérigènes, on veut aussi défendre la santé des consommateurs. »

Manifestation agriculteur union européenne mercosur libre échange
Baptiste Mary, agriculteur dans la Marne. © Adrien Labit / Pokaa

Dans le cortège qui s’étire entre la place de Bordeaux et le Parlement européen, 5000 agriculteurs/rices venu(e)s de 17 pays d’Europe réalisent une démonstration de force. Au même moment, des convois de tracteurs convergent de toute l’Alsace vers Strasbourg. Ils sont environ un millier selon la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

« C’était un sacré boulot d’organiser cette manifestation », explique Gérard Lorber, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) du Bas-Rhin. « C’est une belle réussite. Au-delà de la mobilisation des Alsaciens, on a des Italiens, des Roumains, des Polonais, des Allemands, etc. Ça montre bien que cet accord ne passe pas non plus dans les autres pays. »

L’accord suspendu à un vote des eurodéputé(e)s

« Nous avons un message pour les députés européens, nous ne pouvons pas accepter cet accord », explique Arnaud Rousseau. Sur une tribune improvisée devant le Parlement, le président de la FNSEA galvanise ses troupes. « Applaudissez-vous ! Applaudissez contre cette Union européenne qui n’a pas de vision pour l’agriculture. Nous sommes une des colonnes vertébrales de la construction européenne et quand on casse la colonne, plus rien ne tient. »

Mercredi 21 janvier, les eurodéputé(e)s auront à se prononcer pour ou contre le renvoi du traité devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cas de vote favorable, le processus de ratification pourrait être gelé le temps que les juges européens vérifient la conformité du texte avec le droit de l’UE. « Nous avons des doutes sur la conformité de cet accord en droit européen », explique Arnaud Rousseau à la tribune.

Gérard Lorber, quant à lui, se dit confiant dans le vote des élu(e)s européen(ne)s. « Si l’application de l’accord est repoussée de plusieurs mois, il pourrait se passer des choses d’ici là. »

Des inquiétudes sur l’avenir de l’agriculture

« Si on importe des produits qui ne répondent pas aux normes qu’on a en France, cela ne sert à rien de continuer à produire ici… Et nous, on n’a alors pas d’avenir dans ce métier », explique Ludovic, étudiant au lycée agricole d’Obernai. Sa camarade Éléonore poursuit : « Si le Mercosur passe, nos fermes, elles vont fermer. On manifeste pour notre avenir et pour ceux qui n’ont pas pu venir. On est vraiment dans la merde, alors on se lève et on le dit haut et fort ! »

« De voir du monde de toute l’Europe, ça donne de la force, complète Inès, la troisième de la petite bande. On se dit qu’on n’est pas tout seul et qu’on peut y arriver. »

Manifestation agriculteur union européenne mercosur libre échange
Éléonore et Inès, étudiantes au lycée agricole d'Obernai. © Adrien Labit / Pokaa

À l’écart du rassemblement principal, environ 40 agriculteurs/rices sont rassemblé(e)s derrière un cordon de police. Bonnet jaune sur la tête, ils et elles appartiennent à la Coordination rurale du Bas-Rhin (CR67), le second syndicat agricole aux élections. « J’ai le sentiment que les politiciens nous baladent, explique Paul Fritsch. L’année dernière, Gabriel Attal nous avait promis la convergence des normes en Europe. Rien n’a été fait, maintenant, on demande des actes. »

Cependant, le président de la CR67 se montre dubitatif quant à une victoire des agriculteurs/rices contre le traité de libre-échange.

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Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin. © Adrien Labit / Pokaa

« On reste jusqu’à demain »

À 13h, les discours à la tribune se terminent. Des centaines de tracteurs sont garés le long de l’avenue Schutzenberger et des boulevards Pierre-Pflimlin et de Dresde. Des agriculteurs/rices installent des tonnelles, des braseros, des fours à tartes flambées ainsi que des barbecues. Ils et elles s’apprêtent à passer la nuit sur place. Déjà des manifestant(e)s se dirigent vers le centre-ville pour une balade ou pour rentrer chez eux.

« On reste jusqu’à demain, explique Gérard Lorber, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Le vote va avoir lieu vers 13h30, ensuite, on verra en fonction de ce qui va se passer. »

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