À deux heures de Strasbourg, dans un écrin de verdure, se cache un petit bijou architectural réalisé par l’un des plus grands architectes du XXe siècle : la chapelle Le Corbusier, alias Notre-Dame du Haut. C’est parti pour la visite !
Il est parfois des monuments tellement surprenants qu’on a la sensation de n’avoir jamais rien vu de tel. La chapelle Le Corbusier est de ceux-là. Construite par l’architecte suisse (naturalisé français) Le Corbusier dans les années 50, elle se trouve dans la commune de Ronchamp, en Haute-Saône, à 2h de voiture de Strasbourg. Elle vient tout juste d’être rénovée et on vous y emmène.
Des travaux de rénovation plus longs que ceux de la construction
« Les travaux de construction ont duré 18 mois, ceux de restauration trois ans et demi », s’amuse Fannette, médiatrice culturelle à la chapelle Le Corbusier. « Toutes les façades ont été reprises. Extérieures comme intérieures. Les fissures ont été colmatées, les peintures refaites », expose Jennifer Carmagnat, responsable communication de la chapelle Notre-Dame du Haut.
Les travaux se sont achevés en mai 2025, c’est donc une chapelle d’un blanc immaculé qui s’offre à notre vue. Elle a été construite entre 1953 et 1955 par Charles-Édouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, pour remplacer l’ancienne chapelle détruite pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le Corbusier est un des plus célèbres architectes contemporains. Parmi ses réalisations les plus connues figurent la Cité radieuse à Marseille, la villa Savoye à Poissy (région parisienne) et… la chapelle Notre-Dame du Haut, plus connue sous le nom de son architecte. Toutes trois sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco.
Construite sur le sommet de la colline de Bourlémont, à Ronchamp, il est impossible d’apercevoir la chapelle depuis le pied de la colline. Il faut nécessairement la gravir pour la voir apparaître sous nos yeux.
Au fur et à mesure de la montée, on distingue une forme blanche surmontée d’un chapeau gris. De larges murs supportent un étrange toit recourbé. D’un point de vue prosaïque, on a un peu l’impression de se retrouver devant un champignon géant.
Béton armé et Pyramide de la paix
La chapelle est en béton armé, le matériau de prédilection de Le Corbusier. Les murs ne sont pas porteurs, ce sont des piliers cachés à l’intérieur qui supportent le poids du toit. Cette technique de construction est une des caractéristiques de l’architecte suisse, né dans le canton de Neuchâtel, en 1887.
Intégralement en béton armé brut de décoffrage, le toit est simplement posé sur les murs blanchis à la chaux. « Le Corbusier s’est beaucoup inspiré de ses voyages », révèle Fannette. En effet, tout commença lors d’une de ses promenades sur une plage de Long Island : alors qu’il y construisait le siège des Nations Unies Le Corbusier trouva une carapace de crabe.
Il appelait les objets trouvés des « objets à réaction poétique », ce sont eux qui l’inspiraient ensuite pour ses créations, explique-t-elle. La coque du toit est ainsi une reproduction de la carapace et, à l’instar de celle-ci, la coque est entièrement vide.
Il est possible de monter à l’intérieur du toit pour le visiter. Claustrophobes et personnes souffrant de vertige, s’abstenir !
Autre construction inspirée de ses voyages : la Pyramide de la paix. À côté de la chapelle, quand on gravit la colline, un peu plus loin sur la droite se trouve une pyramide. Elle ressemble, en format miniature, aux pyramides précolombiennes.
Édifiée avec les pierres de l’ancienne chapelle, elle rend hommage aux soldats morts à la guerre pour la France.
Semi-obscurité et éléments inspirés de la nature
À l’intérieur de la chapelle, pas de nef, pas de transept (pas de plan en croix, en somme) et surtout assez peu de lumière : « Le Corbusier a créé une semi-obscurité », confirme Fannette.
Des années auparavant, il avait planché sur un projet de basilique souterraine pour la grotte de la Sainte-Baume, dans le Var. Son projet n’a pas abouti mais Le Corbusier a réutilisé ici des idées conçues pour la basilique, d’où cette impression de grotte.
Une seule façade, la façade sud, a été percée de fenêtres. Ce sont de toutes petites ouvertures colorées. Sinon, la lumière perce à travers l’espace situé entre la coque du toit et les murs, ou passe à travers des brise-lumières.
L’architecte était protestant et agnostique, donc les représentations religieuses ne sont pas légion. Si la Vierge est représentée (la chapelle s’appelle quand même Notre-Dame du Haut), sur les vitraux et le tabernacle, Le Corbusier a principalement dessiné des éléments du cosmos : fleurs, étoiles, mer…
À l’extérieur, sur l’arrière de la chapelle, la gouttière fait sourire. Elle ressemble à un groin de cochon. Il s’agit d’un clin d’œil aux gargouilles des cathédrales (souvent des animaux) qui servent à l’évacuation des eaux de pluie.
Une chapelle internationale
La Chapelle accueille 65 000 visiteurs/ses par an. Si environ 40% sont francophones, les fiches explicatives sont la preuve tangible de la diversité du public : elles sont en huit langues !
Parmi les 110 nationalités qui visitent la chapelle chaque année, il y a une forte présence de la clientèle asiatique, reconnaît Jennifer Carmagnat. « Le Corbusier est l’architecte préféré des Japonais et des Coréens », révèle-t-elle, « quand ils viennent en Europe, Ronchamp est un passage obligé ». Et peut-être que désormais, ce sera aussi un passage obligé pour les Strasbourgeois(es) ?


