C’est au sud-ouest de Strasbourg que le canal de la Bruche termine son périple depuis Avolsheim et rejoint la majestueuse Ill. Bordé du début à la fin d’une piste cyclable, il nous offre de belles perspectives d’évasions, ainsi que des paysages dont on ne se lasse pas quelle que soit la période de l’année : hiver, printemps, été ou automne, en voici un florilège.
Au bord du canal de la Bruche, deux colverts se dandinent entre la berge et la piste cyclable. Ils semblent ainsi régner sur les lieux. Ils ne sont pourtant pas seuls à fréquenter les environs : cygnes, poules d’eau, hérons ou encore ragondins cohabitent harmonieusement sur ce paisible cours d’eau.
Ils font d’ailleurs bien plus que cohabiter, ils reçoivent des centaines de visites chaque jour ; des visiteurs/ses qui apprécient les lieux et s’y retrouvent pour profiter du calme, de la tranquillité. À vélo, en trottinette, en poussette ou à pied, loin des bruits vrombissants des moteurs, il fait bon se promener sur la piste aménagée qui longe le canal, qu’importe la saison de l’année.
Avant de commencer, un peu d'histoire
La Guerre de Trente Ans a déchiré l’Europe jusqu’à la moitié du XVIIe siècle, et le Saint-Empire en ressort plus affaibli que jamais. Strasbourg est annexée par le Royaume de France sur lequel règne alors le Roi-Soleil, Louis XIV. C’est en 1681 que ce dernier confie à Vauban les travaux de construction de la citadelle de Strasbourg.
Le chantier débute rapidement, et par souci d’efficacité, le roi fait construire une voie fluviale depuis ses carrières situées non loin de Wolxheim, afin d’acheminer grès rose et jaune jusqu’à la ville gardienne du Rhin. Le canal de la Bruche fait son apparition dans la plaine alsacienne.
Principalement alimenté par la Bruche et la Mossig, il s’écoule sur une vingtaine de kilomètres et descend l’équivalent de 30 mètres de dénivelé, écluse après écluse (il y en a 11). En 1685, Strasbourg est fortifiée, et le canal perd son utilité primaire.
Initialement prévu pour être provisoire, il s’est pourtant fondu dans le paysage et continue de se jeter silencieusement dans l’Ill aujourd’hui, pour notre plus grand bonheur. Et maintenant, direction les quatre saisons !
En hiver, nul besoin d’être givré(e) pour s’y aventurer
Il est 8h du matin et, comme nous, le soleil peine à se lever. Et pourtant, quel spectacle ! Le paysage nu recouvert de givre scintille sous ses rayons et s’illumine enfin.
La piste est bien déserte, les arbres sont en sommeil et les poules d’eau semblent se rapprocher jusqu’à se serrer à la surface de l’eau pour partager le peu de chaleur qu’elles retiennent sous leurs plumes.
Certain(e)s courageux/ses se risquent à un footing glacial, et les cyclistes pressé(e)s sont emmitouflé(e)s jusqu’aux orteils. Paré de son manteau d’hiver, le canal s’impose en havre paisible.
En cette longue période où la lumière nous manque et où les températures nous figent, les jours où la météo se fait clémente sont ceux que l’on savoure.
Aujourd’hui exceptionnellement, le crépitement d’un feu de cheminée, le réconfort d’un thé aux agrumes ou la chaleur des rires partagés, habituellement synonymes de gaieté en cette saison, sont remplacés par le calme et la beauté glaciale du canal sous un ciel clair et illuminé.
Assis(e) sur un banc ou bien sur les berges, en marchant, les rayons du soleil nous réchauffent doucement le visage, comme pour nous rappeler qu’il ne fait froid et sombre que quelques mois dans l’année.
Au printemps, le retours des couleurs et du Ravito des Cyclos
Au printemps, les jours s’allongent timidement, éclairant chaque jour un peu plus les couleurs variées dont s’ornent les rives du canal. Des arbres aux branchages dégarnis, à la végétation foisonnante du mois de mai, le paysage se transforme petit à petit sous nos yeux attendris.
Ça rayonne, ça bourgeonne, les beaux jours nous avaient manqué, ils sont enfin de retour. Non loin de la sauvage Bruche, la vie reprend et la promenade est en effervescence.
Les arbustes sortent un à un leurs jolies fleurs, et les prairies retrouvent gaiement leurs habitants. Moutons, chevaux et autres bêtes poilues sont de sortie, et nous sommes aussi de la partie.
Sous un ciel doux et rassurant, les flâneries reprennent, accompagnées du chant des oiseaux qui, jusqu’à présent, dormaient. Une séance de sport sur le temps de midi, sorties trottinettes et poussettes entre deux eaux, causeries jusqu’au bout de la nuit, ou encore les kilomètres à bicyclette : toutes et tous dehors pour le début de la saison.
Au loin filent un martin pêcheur, mais également un groupe d’ami(e)s qui aime le vélo : direction le Ravito des Cyclos. Ouvert depuis les premiers rayons de soleil persistants (début mars), ce tiers-lieu accessible depuis la piste cyclable du canal propose une escale délicieuse au milieu de la végétation.
Et si la réouverture du Ravito marque l’arrivée du printemps, cet îlot de fraîcheur et son équipe nous accompagneront pendant une majorité du reste de l’année également.
L'été, rendez-vous sous le soleil
C’est durant l’été que les berges sont les plus envoûtantes. L’excitation s’empare du chemin qui grouille de vie et d’activité. À vélo, avec des sandalettes ou des chaussures de randonnée, nombreux/ses sont celles et ceux qui cohabitent le long de l’eau qui court et anime les 20 kilomètres de coulée verte chatoyante.
Le beau temps nous appelle, alors nous accourons, exalté(e)s sous le ciel d’été où semble s’ouvrir le champ des possibles. Les températures grimpent sans vouloir redescendre, et la chaleur engloutit notre train de vie en ébullition.
C’est là qu’à toute heure de nos longues journées, la fraîcheur du canal nous accueille à bras ouverts.
À l’ombre des bosquets et au bord de l’eau calme, la végétation nous offre sa douce compagnie. Petit(e)s et grand(e)s se retrouvent pour pique-niquer, arpenter le sentier et rire à gorges déployées.
À l’instar de la météo qui semble avoir mûri tout le reste de l’année pour arborer en été ses plus belles couleurs sucrées, fruits et confitures de saison sont à vendre par les occupant(e)s des anciennes maisons d’éclusiers.
Il règne là une odeur de vacances et de liberté, tandis que gens du coin et habitué(e)s se mêlent aux cyclotouristes qui parcourent l’EuroVelo 5 qui part de Canterbury en Angleterre pour arriver à Brindisi en Italie.
En automne, c'est le moment de suivre la danse des feuilles
Les jours déclinent et l’air se rafraîchit, mais le spectacle n’est pas fini. Le vert resplendissant omniprésent fait progressivement place à une palette plus chaleureuse et plus variée. On a ressorti nos cache-nez et le bout des doigts commence à geler, mais on en prend à nouveau plein les mirettes.
La douceur de fin d’après-midi fait doucement place au givre dont se parent les prairies à l’aube. Le jour se lève sur la forêt rougeâtre, sublimée par un été indien qui nous honore de sa présence entre deux averses.
Le paysage automnal s’impose sur le rivage fatigué par un été agité, et le vent transporte des feuilles virevoltantes d’une berge à l’autre. Les colchiques fleurissent encore dans les prés et les tournesols nous ont à peine quitté. Cependant l’affluence sur la piste cyclable décline peu à peu et les promenades y sont alors plus paisibles.
L’hiver se prépare dans les coulisses, mais malgré la fraîcheur qui s’installe, le paysage nous embaume le cœur et le canal continue sa poursuite imperturbable, constant, rassurant.



Habitant Wolfisheim je fréquente cette piste cyclable depuis très longtemps. C’est un endroit superbe, reposant et sauvage à la fois. Le seul bémol vient du fait que certains cyclistes pensent être sur une piste d’entraînement qui leur est réservé et qui considèrent que les autres usagers ne sont pas à leur place. Ma fille en a fait les frais et à été blessée à la tête après avoir été renversée par un champion de la route. Un peu de tolérance et de respect seraient les bienvenue. C’est un endroit de convivialité, pas un stade sportif.