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Reportage. On a passé une journée avec les sœurs bénédictines de Rosheim

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Au pied du Mont Sainte-Odile, huit femmes vivent au rythme de la règle monastique de Saint Benoît. Retirées du monde, mais à l’écoute de son évolution. Leurs journées s’écoulent entre prière et travail sans être monotones un seul instant. Nous avons passé une journée avec elles.


Dans la chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur à Rosheim, le silence résonne sous les voûtes de pierre, taquiné par le chant des oiseaux. Sept heures viennent de sonner au clocher du monastère. Une porte s’ouvre sur le chœur. Vêtues de noir, coiffées de blanc, les sœurs Marie-Pierre, Anne-Marie, Constance, Mectilde, Thérèse-Marie et Marie Priscille entrent l’une à la suite de l’autre. Chacune salue l’autel avant de prendre place dans les stalles, des sièges en bois installés de chaque côté, le long des murs. Quelques notes sur un tout petit clavier et les voix des bénédictines s’élèvent à l’unisson. C’est le début des Laudes.

La journée commence par un office aux premières lueurs du jour.
© Adrien Labit / Pokaa


Dans la nef, une petite dizaine de personnes sont venues assister au deuxième office du jour. Quelques riverains et des personnes hébergées à l’hôtellerie du couvent. Séparées des religieuses par une petite barrière en bois, avec elles dans la prière. Tout le monde semble alerte malgré l’heure matinale. Mais qui veut vivre au rythme des moniales doit accepter de se lever tôt. Pour assister aux vigiles, le premier office de la journée à 6h, les sœurs se lèvent en général à 5h30. Le petit-déjeuner vient après la cérémonie.


La Règle et la discrétion

7h20. L’office terminé, les sœurs passent à nouveau la porte au fond du chœur et remontent le cloître en direction de la salle capitulaire. C’est dans cette petite pièce que se tient le chapitre, une réunion quotidienne où sont traitées les affaires courantes de la communauté. Elle commence par une lecture de la Règle de Saint-Benoît. Rédigé au VIe siècle par le fondateur des ordres bénédictins, Benoît de Nursie, ce règlement régit la vie monastique au couvent de Rosheim mais son application est loin d’être rigide. « Saint-Benoît insiste beaucoup sur la notion de discrétion, explique Sœur Marie-Pierre, la prieure – ou responsable – du monastère. Il s’agit d’une certaine souplesse dans le respect de la Règle en fonction des nécessités et équilibres de chacune. » Dernier exemple en date : l’annulation des vigiles pendant la canicule, afin que les sœurs puissent dormir un peu plus longtemps.

Chaque jour, les sœurs prennent part au Chapitre et discutent des questions concernant la vie de la communauté. © Adrien Labit / Pokaa


Ce jour-là, sœur Marie-Pierre récite un passage sur le silence avant d’en faire l’explication. Un temps de prière commune clôture cette première partie de la réunion, puis débute une discussion plus informelle sur le programme du jour. « Nous accueillons deux journalistes venus nous rendre visite, venus voir comment nous vivons, glisse malicieusement la prieure dans l’un de ses larges sourires, avant d’évoquer les travaux en cours dans l’enceinte du monastère d’un ton badin. Et la frayeur de Grisette, le chat du couvent, qui n’ose plus quitter le dessous d’un fauteuil depuis qu’ont retenti les premiers coups de marteau. Deux ou trois mots sur les affaires courantes et la séance est levée. Chacune des sœurs repart de son côté. La prieure sort accueillir les ouvriers.

Sœur Anne-Marie en pleine lecture dans sa cellule. © Adrien Labit / Pokaa

8h. Au deuxième étage du convent – qui tire son nom de la zone conventuelle, exclusivement réservée aux sœurs, Sœur Anne-Marie est en pleine lectio divina dans sa chambre. Un lit, une armoire, un petit lavabo et une table meublent la cellule. « Ce moment de la journée est consacré à un temps de lecture et de méditation des écritures saintes« , détaille Sœur Anne-Marie. Un temps de proximité avec Dieu aussi, pour celle qui le décrit volontiers comme un espace-temps dans lequel elle se sent « bien » avec ce dernier. « Au même titre que vous quand vous passez du temps avec votre épouse ou votre amoureux. » Un moment de réflexion également. « Aujourd’hui, quelle parole vais-je garder pour passer la journée ? Que vais-je laisser résonner en moi ?« , poursuit la moniale, très pédagogue.


« Suivre ce pourquoi on a été créés« 

La conversation dévie sur le silence, évoqué lors du chapitre et nécessaire pour soutenir la prière et le recueillement. « Normalement, on ne parle pas entre nous, explique la moniale. Sauf quand on travaille, ou que l’on a besoin de communiquer. » C’est la fameuse discrétion.

« Il est important de comprendre que nous ne sommes pas là pour respecter un ensemble de lois et de règles. Nous ne sommes pas dans le respect absolu d’une discipline, mais dans l’observation d’un certain nombre de principes.«  En somme, ce qui compte, c’est moins le respect de la Règle de Saint-Benoît à la lettre, que celui de l’esprit derrière le texte.

Les sœurs bénédictines de Rosheim vivent selon la règle de Saint-Benoît, le silence est au cœur de cette dernière. © Adrien Labit / Pokaa

Mais qu’est-ce qui pousse une femme à choisir de se retirer du monde pour consacrer sa vie à la prière et au travail ? « Une petite voix« , pour Sœur Anne-Marie qui explique avoir reçu « un appel » à 17 ans. Mais n’être entrée dans les ordres qu’à 35 ans. « J’aimais faire la fête, j’allais aux férias de Séville. Je sortais beaucoup et je me disais que la vie monastique n’était pas pour moi. J’ai fait des études, trouvé un travail grâce auquel je gagnais très bien ma vie, rencontré des garçons. Mais plus j’atteignais les objectifs que je m’étais fixés, plus je sentais un vide grandir en moi. » Si elle connaissait les monastères bénédictins pour y avoir déjà séjourné, ce sont finalement les marchés de Noël qui ont attiré en Alsace celle qui, frileuse, s’était jurée de ne jamais aller plus au nord que Montpellier. Et lui ont fait découvrir le couvent de Rosheim, qu’elle a choisi. « Je ne suis pas arrivée ici parce que c’était le rêve de ma vie, résume-t-elle en un rire. Mais je pense qu’il est important d’écouter ce qu’il y a au plus profond de nous et de suivre ce pourquoi on a été créés. »

Treize ans après avoir prononcé ses vœux, Sœur Anne-Marie est loin de s’être lassée de cette vie. Régulière, certes, mais pas sans relief. « Il y a un temps pour tout au couvent. Pour la prière, pour le travail. Seule ou entourée par la communauté. C’est une vie très équilibrée et très équilibrante. « 

9h. C’est l’heure de la messe. Les robes blanches des prêtres contrastent avec l’habit noir des sœurs. Dans la nef, l’assemblée compte cette fois-ci une quinzaine de personnes.


Une boulangerie dans le couvent

10h. Les bénédictines sont au travail. Au rez-de-chaussée du convent, sœur Thérèse-Marie nettoie l’atelier de confection d’hosties. Depuis 1962, Notre-Dame du Sacré-Cœur de Rosheim fait partie de la trentaine de monastères français produisant ces petits pains ronds sans levain, consacrés par les prêtres au moment de l’eucharistie. Une blouse blanche sur son habit noir, la moniale de 66 ans nous montre chacune des machines, du pétrin au four doté de plusieurs fers. La recette ? « 20 litres d’eau et 21 kilos de farine pour un pétrin« . La cuisson varie selon que l’on souhaite obtenir des hosties blanches ou dorées. Mais l’été, le four est éteint pendant un ou deux mois pour éviter une chaleur insupportable. Sœur Thérèse-Marie en assure la maintenance. « J’ai été formée à ce poste par la sœur avant moi », explique celle qui démonte et remonte les pièces du four avec une force et une facilité déconcertantes.


De l’autre côté du couloir, sœur Marie-Priscille surveille la découpe automatisée des hosties sur une machine ultra-moderne. Tout est robotisé. En quelques minutes, les 38 planches superposées se transforment en petits disques de pain. Triés par sœur Mectilde quelques instants plus tard, sur une grille roulante. Les hosties sont ensuite ensachées et prêtes à être livrées. Le monastère en a vendu 2,7 millions l’année dernière.

La vie au monastère est réglée à la minute près. Sœur Mectilde sonne cette cloche pour rappeler à toutes qu’elles doivent se rendre à l’office. © Adrien Labit / Pokaa


12h. Sœur Mectilde a défait son tablier blanc et attend sur une chaise, au milieu du couloir du premier étage. Un œil sur sa montre. « Elle n’est pas punie, plaisante la prieure. C’est notre sœur réglementaire. » Celle qui sonne la cloche pour annoncer les offices. Une mission facile ? Moins qu’elle n’en a l’air. « Il faut être capable d’anticiper, d’y penser pendant le travail ou la prière et de monter un peu avance. Tout le monde ne peut pas faire ça. » Clin d’œil de Sœur Mectilde dans le dos de la prieure. « En général, on nomme celles qui sont du genre à arriver à la gare une heure avant le départ du train de peur de le louper. » C’est l’heure justement et sœur Mectilde secoue la cloche. « Les sœurs savent qu’elles ont dix minutes pour monter se changer ou pour finir ce qu’elles sont en train de faire. » Elle n’a pas terminé sa phrase que sœur Constance et sœur Anne-Marie remontent les marches au pas de course.

Au son de la cloche de sœur Mectilde, toutes se pressent pour être à l’heure à l’office. Y compris Anne-Marie, postulante, qui ne porte pas encore l’habit.
© Adrien Labit / Pokaa


Un lieu ouvert sur le monde

12h30. L’office du milieu du jour vient de se terminer et les sœurs remontent le cloître en procession, silencieusement, solennellement, pour entrer dans le réfectoire. Sans un mot, elles déjeunent en écoutant des enregistrements de prières ou d’émissions liturgiques et se servent les unes les autres. Un rituel loin d’être anodin: « C’est une façon pour nous de nous mettre au service de nos sœurs », explique la prieure.

De notre côté, nous sommes invités à aller prendre notre déjeuner à l’hôtellerie, l’autre grand bâtiment situé dans l’enceinte du monastère. Cet ancien pensionnat de jeunes filles entièrement rénové compte aujourd’hui douze chambres, une salle à manger et deux salles de conférence. Pour une capacité totale de 25 lits. Y viennent aussi bien des groupes dans une démarche spirituelle que des particuliers en séjour touristique. « L’accueil des voyageurs, et notamment des pèlerins, fait partie des services que doivent rendre celles et ceux qui suivent la règle de Saint Benoît« , détaille la prieure, qui nous rejoint une demi-heure plus tard.


Pour le fondateur de l’ordre, le monastère est un lieu « retiré, mais pas coupé du monde« . Bien au contraire. Il s’agit même d’un endroit « ouvert sur le monde » et ses évolutions. En plus des visiteurs, les sœurs de Rosheim accueillent également des scolaires le midi, et des groupes de jeunes préparant communions et confirmations, avec qui elles échangent plus largement que sur des questions religieuses. « Dans le dernier groupe, on m’a demandé si nous pourrions accueillir une sœur trans dans la communauté. Les jeunes étaient surpris que je connaisse ces réalités et que nous puissions en parler« .

Au-delà de l’hôtellerie, le monastère accueille aussi des stagiaires, des jeunes femmes admises dans l’enceinte du convent, vivant au rythme des sœurs et partageant leur quotidien. « On reçoit régulièrement des lettres et on examine les candidatures« , détaille la prieure. On a accueilli 14 personnes au cours des douze derniers mois. » Certaines viennent y faire une retraite spirituelle, d’autres y prendre un temps de pause dans leur vie. D’autres encore, observer la vie monastique dans le cadre d’une réflexion visant à entrer dans les ordres.

Si tel est le cas, elles deviendront aspirantes un an, puis postulantes un an avant de faire deux ans de noviciat. Au terme de cette période, si elles souhaitent toujours entrer dans le monastère, elles prononceront des vœux temporaires avant de les renouveler de manière définitive trois ans plus tard.


Un bonheur à partager

C’est le parcours qu’a suivi sœur Marie-Pierre avant de devenir prieure. « Je suis arrivée au monastère après une longue période de résistance à l’appel« , se souvient celle qui a découvert « l’Église et le Christ » à travers le catéchisme. « C’était après un déménagement que j’avais vécu comme un déracinement. En grandissant, je me suis aperçue que ce bonheur que j’avais pu retrouver, je ne pouvais pas le garder pour moi. Ma vie devait devenir une caisse de résonance pour l’amour de Dieu. » Après ses études à Strasbourg – et notamment un diplôme à Science Po – la jeune femme a travaillé en tant que directrice générale des services dans une municipalité pendant quelques années. « À côté de ça, ma réflexion sur la vocation s’est poursuivie. Et petit à petit, l’idée de consacrer ma vie à Dieu est passée au-dessus du reste. » Elle a finalement prononcé ses vœux en 2004.

Plus qu’une règle, c’est avant tout une communauté que les sœurs choisissent lorsqu’elles entrent dans les ordres. Des compagnes avec qui elles passeront leur vie – et leur mort, dans le cimetière situé dans l’enceinte du monastère. Les aspirantes prennent généralement le voile là où elles ont commencé leur parcours. « Avec le temps, la communauté devient la famille de chacune d’entre nous, et la famille de chacune devient celle de la communauté« , explique la prieure qui connaît bien les proches de chacune de ses sœurs.

Sœur Marie-Pierre a 54 ans. Elle a prononcé ses vœux il y a 18 ans et est devenue prieure il y a 15 ans. © Adrien Labit / Pokaa


Une boutique au monastère

15h. Le travail se poursuit au monastère. Tandis que sœur Mectilde s’occupe de débarrasser les repas et de préparer les chambres à l’hôtellerie, sœur Anne-Marie gère l’économat depuis son bureau informatisé, au premier étage du convent. Lorsque les sœurs prononcent leurs vœux perpétuels, elles doivent « avoir mis leurs affaires en ordre« , comme le demande la Règle. C’est-à-dire : ne plus être propriétaires de rien. Vêtements, chaussures, brosses à dents, bouquins, mots-croisés… c’est à la sœur économe que les moniales s’adressent lorsqu’elles ont besoin de quelque chose. Mais ce système suppose aussi des rentrées d’argent.

Sœur Anne-Marie gère les finances du monastère. En rentrant dans les ordres, elle était loin de s’imaginer que son quotidien serait émaillé de tableaux Excel. © Adrien Labit / Pokaa

L’hôtellerie ne pouvant être rentable au regard de son taux d’occupation, c’est la fabrication d’hosties qui a longtemps été la principale source de revenu du monastère. Mais avec la crise sanitaire, les ventes ont drastiquement chuté, passant de 5,2 millions d’hosties vendues en 2018 à 2,7 millions en 2021. Pendant le premier confinement, les bénédictines de Rosheim ont même perdu l’intégralité de leurs revenus. C’est à ce moment-là qu’est née la boutique du couvent. « Nous nous sommes mises à coudre et à vendre des masques, se souvient sœur Anne-Marie. Les gens sont venus à notre rencontre pour en acheter et de fil en aiguille, nous avons commencé à proposer d’autres choses. »

Installée dans l’accueil de l’hôtellerie, la boutique propose désormais de l’épicerie fine, des confiseries – roses de Sainte Odile et cookies préparés par les sœurs – des icônes, des livres, des produits de bien-être et de l’artisanat. En plus de l’économat, sœur Anne-Marie gère les stocks de ce commerce et l’accueil des clients les jours d’ouverture, avec quelques bénévoles. Elle démarche aussi des entreprises pour qu’elles acceptent de vendre certains produits dans la boutique. Une forme de mécénat pour celles qui acceptent.

« À la sortie du premier confinement, le vigneron Rolly-Gassman a accepté de faire une cuvée spéciale pour nous, se souvient la moniale. Les ventes nous ont permis de financer une partie des travaux de rénovation du couvent« . Au-delà de l’aspect mercantile, il s’agit aussi d’une autre forme d’ouverture au monde pour les sœurs. « Lorsque les gens viennent nous voir la plupart du temps, ce n’est pas simplement pour acheter. Ils viennent aussi nous confier leur histoire, échanger« , explique sœur

Anne-Marie, qui pousse les murs pour trouver où installer de nouveaux rayonnages et planche en parallèle sur le commerce en ligne du monastère. Ce dernier devrait bientôt proposer ses produits sur l’Artisanat monastique, un site de vente en ligne dédié exclusivement aux produits confectionnés dans les couvents.


Dieu dans une boite de Jazz

16h30. Au deuxième étage du convent, sœur Marie-Éliane travaille sur des partitions de chants grégoriens dans sa chambre. À 89 ans « et demi« , la doyenne du couvent se remet d’une mauvaise chute qui l’empêche pour le moment de descendre à la chapelle ou de manger avec ses sœurs. Mais ne la rend pas moins alerte.

Sœur Marie-Éliane est la doyenne du monastère, elle est rentrée au couvent en 1962.
© Adrien Labit / Pokaa

La moniale a découvert sa vocation dans le Paris des années 50. « C’est arrivée par la musique jazz, et en particulier les negro spirituals« , se souvient celle qui travaillait alors dans une petite boutique de mode de la place Vendôme, « en face de chez Guerlain« , où elle se souvient avoir croisé Joséphine Baker une où deux fois. « Le soir, avec des amis, on allait écouter du jazz dans des clubs. Duke Ellington, Armstrong… je participais à l’organisation des concerts. Et dans cette bande, il y avait un petit noyau de catholiques pratiquants. Moi, j’avais quitté l’église à 14 ans, mais à force de les fréquenter, j’ai commencé à lire les pères de l’Église, les grands croyants, la Bible, et j’ai été hyper séduite. Je suis tombée sur des textes qui m’ont bousculée. »

Comme d’autres bénédictines, sœur Marie-Éliane a d’abord hésité à répondre à ce qu’elle ressentait comme un appel. « Je ne me voyais pas dans une vie contemplative. Et puis je voulais me réaliser : j’envisageais d’enseigner ou de travailler dans le soin« , se remémore la moniale. Mais elle a fini par prendre le voile dans un couvent parisien en 1962, avant d’arriver à Rosheim quelques années plus tard, en raison de sa fermeture.

© Adrien Labit / Pokaa

Soixante ans après son entrée dans les ordres, sœur Marie-Éliane se montre philosophe quant aux renoncements de la vie monastique. Le couple, la maternité… et le jazz. « J’ai rencontré le chant grégorien, se réjouit elle dans un lumineux sourire. Et j’ai découvert d’autres possibilités, d’autres beautés qui existent dans ce monde. »

17h. Dans la sacristie de l’église – une petite pièce attenante où sont rangés les objets liturgiques – Sœur Constance prépare le calice, les burettes et le lavabo sur un petit plateau, avant les vêpres.

À 25 ans, cette novice issue d’une famille catholique pratiquante picarde est la benjamine du couvent de Rosheim. C’est lors d’un voyage en Argentine dans le cadre de ses études en ingénierie des matériaux qu’elle a réalisés qu’elle était, elle aussi, appelée à entrer dans les ordres. « Je m’en souviens bien : c’est le 22 août 2018 que le Seigneur m’a appelée. Je m’étais déjà posée la question avant mais cela ne m’avait jamais semblé plausible jusque-là. » Elle est entrée au couvent de Rosheim deux ans plus tard, à 23 ans, en tant que postulante, après l’obtention de son diplôme. Lorsqu’elle évoque son parcours, la jeune femme insiste sur la place de la foi dans ce choix de vie.

« Je n’ai pas pris cette décision parce que j’avais envie de quitter le monde et la société de consommation », sourit celle dont le choix a été bien accueilli par ses proches dans l’ensemble. « Ça a surtout été douloureux pour mes amis qui ne croient pas en Dieu. Pour eux, entrer au monastère c’était un peu comme aller en prison« , explique-t-elle en riant.

Sœur Constance prépare la messe du lendemain.
© Adrien Labit / Pokaa

Lors de sa formation, la jeune femme a eu l’occasion de faire plusieurs séjours en monastère avec un groupe de postulants venant de toute la France. « Il y en avait 4 ou 5 qui étaient dans mes âges, entre 25 et 30 ans. C’était très agréable de pouvoir discuter avec elles et de découvrir qu’on partageait une expérience commune. Je me suis dit « je ne suis pas folle« . Deux ans après avoir commencé son cheminement pour devenir bénédictine, sœur Constance est en paix avec son choix. « C’est une joie qui me pousse« , explique-t-elle alors que la cloche résonne.

17h30. L’heure des vêpres. L’avant-dernier office de la journée, avant complies vers 20h. Entre les deux, les sœurs ont prévu un temps de récréation entre elles, dans leur très beau jardin, réservé à la communauté. Près de la porte, elles ont déjà préparé le jeu de Mölkky.

À 25 ans, sœur Constance est encore novice. À l’issue de cette période de deux ans, elle prononcera des vœux temporaires qui seront renouvelés définitivement trois ans après.
© Adrien Labit / Pokaa
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