Utiliser le train va devenir de plus en plus important dans les années à venir, avec le développement des mobilités alternatives. RER Strasbourgeois, train illimité à 9 euros par mois en Allemagne… les options ne manquent pas d’utiliser les wagons. Le train permet aussi parfois à des étudiantes et étudiants de rentrer voir leurs famille, ou même d’aller travailler. Alors que les prix augmentent aussi vite que la précarité étudiante, les offres de train avantageuses sur le papier comme TGV Max se font de plus en plus importante. Le problème ? TGV Max semble devenir plus une contrainte qu’un avantage pour de nombreuses Strasbourgeoises et nombreux Strasbourgeois.




Le forfait TGV Max, devenu depuis Max Jeune, ne semble plus faire l’unanimité. Ou sinon, l’unanimité se fait désormais contre lui. Le service, permettant pour 79 euros par mois de voyager en illimité, fait en effet l’objet d’une grogne croissante depuis un bon bout de temps. À tel point que certains se détournent même du service qui promettait pourtant tellement. On a alors interrogé cinq Strasbourgeoises et Strasbourgeois, pour qu’ils nous expliquent leur ressenti. 

© Coraline Lafon


Au début, le bon plan parfait

Au début pourtant, l’abonnement TGV Max n’avait que des avantages. 79 euros par mois, des voyages illimités en France… Le service offrait une possibilité de voyager pour une population qui n’en avait pas forcément les moyens. Pour nos Strasbourgeoises et Strasbourgeois interrogé(e)s, cela a également permis de faire des aller-retours entre Strasbourg et Paris, leur lieu de travail, ou pour rentrer voir leur famille. Le tout, en faisant des économies par rapport aux prix des billets. Détentrice de TGV Max depuis trois ans, Léa développe : « Je fais principalement des trajets réguliers entre Paris et Strasbourg, plusieurs fois par mois, voire par semaine. Au vu du prix des billets à l’unité l’offre était très avantageuse. Je faisais environ 500€ d’économie par mois ». 

Une rentabilité confirmée par Stéphanie, qui a TGV Max depuis deux ans : « J’habite sur Paris et mes parents Strasbourg. Donc initialement c’était pour pouvoir voir ma famille assez régulièrement. Sachant que le prix d’un billet classique Paris/Strasbourg est excessif, l’abonnement est rentabilisé en un aller-retour par mois ». Même son de cloche du côté d’Élise. La jeune femme, qui possède à nouveau TGV Max depuis un an et demi après deux ans en Allemagne, développe : « J’ai repris TGV Max, parce que les billets classiques sont hors de prix, y compris lorsqu’on a une carte jeune. Et que les OUIGO c’est bien sympa, mais l’absence de prises et la limitation de bagages c’est pas top. Si je prends le train c’est pour voyager à peu près correctement, sinon je prends un FlixBus ». 

© Tamara Leroy / Pokaa


Une sensation de liberté… mais qui demande de la flexibilité

Cette possibilité offerte de voyager dans toute la France a donné une sensation de liberté à beaucoup de jeunes. C’est le cas de Thomas, qui a pris TGV Max dès son lancement au début d’année 2017 : « 79 euros par mois, TGV illimité, cela sentait le bon plan. Ça m’a permis de faire d’autres voyages, que j’aurais pas forcément faits par ailleurs. Ça m’a ouvert des possibilités. Une fois que t’y prends goût, derrière tu ne t’arrêtes plus ». Une liberté confirmée par Stéphanie : « Depuis que j’ai TGV Max, je me permets plein de week-ends dans toute la France. J’ai la bougeotte donc je peux faire des week-ends à droite à gauche sans trop me prendre la tête. Je peux décider en dernière minute ».

Avec cette liberté vient néanmoins la nécessité d’être flexible. Et pour des personnes devant réaliser des allers-retours fréquents et réguliers, cela peut poser problème. Un constat partagé par Élise : « Je pense que ce n’est pas prévu pour des trajets réguliers à chaque fois aux mêmes horaires. C’est fait pour des jeunes qui voyagent régulièrement sur un trajet et sont flexibles ». Ainsi, il arrive des personnes finissent par choisir de ne pas prendre TGV Max. C’est le cas de Manon : « Je dois jongler entre Paris et Strasbourg pour mes études, les trains sont mon quotidien, et je ne peux tout simplement pas attendre à la dernière minute pour avoir une offre. Je dois prévoir et ça me rajoute une pression en plus si je dois gérer mon école, mon travail, et actualiser toutes les 2 secondes SNCF Connect ».

L'application SNCF Connect
© Nicolas Kaspar/Pokaa


La difficulté croissante pour trouver des places 

Cette flexibilité semble pourtant devenir de plus en plus difficile à maintenir. La raison ? Les horaires proposés pour TGV Max, de moins en moins pratiques. Léa confirme : «  En semaine, les horaires sont de moins en moins pratiques. Il n’y a parfois pas la possibilité de prendre un train en journée ou alors très tôt le matin, ou tard le soir ».

Le problème s’intensifie davantage lors des week-ends. Selon Élise : « La SNCF a récemment annoncé que les weekends sont dorénavant officiellement considérés comme période non creuse. Pour nous, ça veut dire qu’il devient encore plus difficile de trouver des billets pour des trajets le vendredi/samedi. Il y en a encore, mais c’est l’exception plus que la norme ». Même souci pour Léa : « L’exemple le plus parlant est le week-end. Il y a encore deux ans, je pouvais avoir un train le samedi ou le dimanche en m’y prenant à l’avance et systématiquement le lundi matin. Aujourd’hui il est impensable de prendre un TGV Max le week-end et de temps en temps le lundi. Cela fait deux fois en un mois que je dois payer mon billet de train à des horaires qui auparavant proposaient toujours des TGV Max ».

gare transports voyage sncf
© Coraline Lafon / Pokaa


Un service qui s’est dégradé depuis cinq ans

De service pratique, rentable et bénéfique, TGV Max semble s’être transformé en galère perpétuelle pour les personnes cherchant des trains pour le travail. Une différence que subit Élise : « En 2017, je trouvais systématiquement des places sur tous mes trajets. En avance comme au dernier moment, en TGV comme en Intercités. Là, en 2022, je galère comme pas permis. Je passe parfois des semaines entières à scruter le site en espérant trouver quelque chose. Les places sont mises à disposition un mois à l’avance et la SNCF conseille de les réserver le plus tôt possible. Mais même un mois en avance, sur des trajets qui ne coïncident pas forcément à des périodes spéciales, rien. Alors même que les trains ne sont pas complets. Aussi, je n’arrive littéralement plus à trouver de dispos Intercités. J’ai jamais vu un seul trajet disponible Strasbourg-Paris en Intercités en deux ans d’abonnement ».

Un point de vue partagé par Thomas, alors même qu’il se montre satisfait du service : « Sur la fin, à partir de 2020, ça a commencé à énormément restreindre les places. Pour des Paris-Strasbourg il n’y avait presque que deux/trois trains de disponibles, et c’était ceux à 6h du mat. L’absence de minimum de disponibilité, c’était pas correct ». Un ressenti d’ailleurs pas seulement réservé aux personnes interrogées pour cet article. En effet, il existe de nombreux groupes Facebook consacrés à l’entraide entre abonnés TGV Max, où la grogne est présente. Léa conclut : « Le service depuis son lancement n’a fait que se détériorer. Aujourd’hui, TGV Max frôle l’arnaque ».

© Coraline Lafon


Une communication opaque

Il faut dire que la SNCF reste très opaque sur sa communication. Selon Élise, la constat est clair : « On a l’impression qu’on nous prend pour un peu des cons, quand bien même la SNCF nie en bloc. Mais vu qu’elle ne communique pas sur son algorithme de manière transparente, ça n’engage qu’elle ». Un des points de discorde notamment : les trains annoncés comme plein à la réservation en TGV Max, mais vides lorsqu’on est dedans. Élise développe : « Je constate souvent l’absence de places en tarif Max alors même qu’il y a des places vides, parfois beaucoup, lors du trajet. L’algorithme est hyper opaque et la SNCF refuse de communiquer dessus ».

En outre, lors du passage à l’application SNCF Connect, un passage d’ailleurs très critiqué ainsi qu’émaillé de bugs, un avantage pour les utilisateurs/utilisatrices de TGV Max est passé à la trappe : « L’ancien bot SNCF qui t’alertait et réservait des places pour toi lorsqu’il y en avait de disponibles a été supprimé. Certes il fonctionnait pas super bien. Mais c’était quelque chose mis à notre disposition. Là, on a l’impression d’être méprisés par la SNCF qui nous considère comme des voyageurs de 5ème zone. En plus, la SNCF a aucun intérêt à libérer des places pour nous puisqu’elle collecte de toute manière notre argent, qu’on voyage ou pas. Autant laisser les quelques places dispo en tarif normal et espérer que des gens achètent un billet à 150 balles en dernière minute, c’est clairement plus rentable pour eux ».

Un dialogue entre une utilisatrice de TGV Max avec le bot de la SNCF
Un dialogue de sourd. © Élise – Document remis


D’autres possibilités 

Alors finalement, avec un service qui semble se détériorer avec les années et qui équivaut désormais à un Koh-Lanta permanent pour réserver ses places, n’existe-t-il pas d’autres solutions pour les offres de train ? De son côté, Manon utilise l’offre Primo Grand Est. Elle explique : « J’ai 50% de réduction pour les trajets intra-Grand Est la semaine, et 70% le week-end, en TER. Je prends principalement des TER, quand je me déplace dans la région. C’est vraiment bien pour les jeunes de mon âge. On paie 15 euros l’année, parfois 5 euros si c’est une offre. Je rentabilise l’abonnement en même pas 2 trajets d’une heure chacun ».

Comme elle travaille à Paris, Manon a quand même besoin de prendre des TGV. Mais elle se débrouille autrement : « Je préfère prendre les OUIGOS pour aller à Paris, parfois c’est à 30, voire 50 euros. C’est des fois le prix que les offres TGV Max te proposent, mais en ayant payé avant 79€/mois. Au moins là, j’ai mes horaires, et je n’attends pas sur des offres, ou sur des INOUI. Malheureusement, les prix aujourd’hui augmentent, à voir ». Une tendance qui semble se poursuivre dans tous les domaines.

© Tamara Leroy / Pokaa


Pour la SNCF, tout va bien

À en croire la SNCF pourtant, il n’y a pas de problème. Contactée au sujet de la colère envers leur offre, l’entreprise préfère mettre en avant ses bons chiffres : « Nous avons près de 90 000 clients abonnés Max Jeune. Ce chiffre est stable depuis plusieurs années. Il y a très peu de désabonnements. 80% des clients qui arrêtent leur abonnement, c’est parce qu’ils en n’ont plus besoin ou qu’ils ont dépassé l’âge. L’abonnement Max Jeune est donc un succès, le nombre d’abonnés est stable et les clients réservent davantage ». La SNCF rappelle également que « cette offre est faite pour les clients de 16 à 27 ans qui sont souples dans l’organisation de leurs déplacements et qui ne voyagent pas pendant les périodes de fortes affluences (vendredi après-midi et soirée / dimanche après-midi et soirée, grands départs en vacances et les ponts) ». 

Sur la question des trains (sur)chargés, l’entreprise déclare proposer « très fréquemment des places sur ces trains chargés ». En effet, selon la SNCF, l’offre n’a pas évolué : « SNCF propose toujours le même nombre de places en vente, et les clients achètent un peu plus qu’avant, ce qui prouve le succès de cette offre ». La SNCF précise également que « les places qui ne sont pas confirmées par les clients sont remises à disposition du contingentement Max. Elles ne sont pas redonnées aux autres clients ». Enfin, la SNCF termine par des chiffres : « Nous offrons environ 1 million de places par mois pour les clients Max, sur tout le territoire français. Cependant, sur le million de places attribuées chaque mois, près de 50% ne sont pas utilisées. Il y a donc de la place pour faire voyager davantage de clients Max Jeune ». Un sentiment visiblement peu partagé par ses utilisateurs et utilisatrices.

© Pokaa

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