Pour la toute première fois à Strasbourg, la Ville a décidé de s’engager pour lutter contre la prolifération de chats errants. Année après année, les associations sont de plus en plus débordées par le phénomène, malgré l’investissement quotidien des bénévoles sur le terrain. Une convention vient donc d’être signée entre la municipalité, les associations locales et la fourrière, pour lancer une campagne de stérilisation entièrement prise en charge par l’Eurométropole.




Je ne peux pas donner d’estimation exacte. Mais ce que je peux dire, c’est qu’un couple de chats donne naissance à 20 000 descendants en quatre ans. indique Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux dans la ville. Transmission de maladie, problème de voisinage, impact sur la biodiversité, souffrance animale, la multiplication des chats errants à Strasbourg est à l’origine de nombreux problèmes.

Et les associations sur le terrain qui capturent et stérilisent les animaux le constatent quotidiennement. “C’est sans fin” regrette Corinne Weissenburger, présidente de l’association CAT’ MonDoux.Chaque année, c’est de pire en pire. Ils sont très nombreux dans tous les jardins familiaux, près des hôpitaux, des cimetières, sur Hautepierre et dans les villages aux alentours. Il y a les colonies qu’on suit, mais aussi toutes les demandes de prise en charge de particuliers.” 

La plupart des chats qui sont nés ou qui ont vécu en extérieur tombent malades et doivent recevoir des soins. © Caroline Alonso Alvarez / Pokaa

Les frais vétérinaires s’accumulent pour les associations et limitent les prises en charge. Pour une identification, avec les premiers vaccins et les tests, il faut compter environ 150 euros et une stérilisation peut coûter jusqu’à 130 euros pour une femelle. Alors pour tenter de réguler la population de chats errants et soulager les associations, la Ville compte collaborer avec elles, mais aussi avec la fourrière (la SACPA), sous la responsabilité de l’Eurométropole.

On a monté une convention tripartite avec nos associations partenaires, donc la SPA de Strasbourg, l’association Chats’franchis, l’association Era et l’association CAT’ Mon Doux et la fourrière animale, qui est elle, gérée par l’Eurométropole.” explique Marie-Françoise Hamard. Elle rappelle que jusqu’aujourd’hui, aucune municipalité précédente n’avait fait d’action dans ce sens-là : “Souvent, les maires ne connaissent pas cette réglementation, mais c’est pourtant à la Ville de prendre en charge la capture et la stérilisation des chats errants. Donc là, on se conforme à la réglementation obligatoire.

Popo en famille d’accueil.
© Caroline Alonso Alvarez / Pokaa

C’est très bien il était temps. Certaines communes ordonnent des captures, mais sans relâche possible. Là, la Ville permet la stérilisation et les relâches, donc on va dans le bon sens.” réagit Laura Vix, cofondatrice de l’association Era. Elle ajoute : Si toutes les petites villes pouvaient aussi s’y mettre, ce serait super”. Car la prolifération ne s’arrête évidemment pas aux limites d’une ville. Et dans les villages autour de Strasbourg, l’association a repéré des colonies beaucoup plus importantes.


Une première capture de 15 chats avec l’association CAT’ Mon Doux

Des captures vont donc être organisées afin de stériliser les chats errants selon le principe suivant : la Ville propose à une des associations partenaires de prévoir une capture sur un site spécifique. Puis la fourrière est contactée et aura la charge d’informer les riverains plusieurs jours avant pour que ces derniers évitent de laisser sortir leurs chats durant la période de capture. Les membres de l’association placent ensuite des cages pièges et conduisent les chats capturés chez un vétérinaire partenaire de la fourrière pour qu’ils soient identifiés et stérilisés. Ensuite, les chats passent un temps de convalescence dans une famille d’accueil, puis sont remis en liberté sur le lieu de capture ou bien sociabilisés et mis à l’adoption lorsque c’est possible.

Pour la toute première session de capture, c’est l’association CAT’ MonDoux qui s’y est collée. Au bout de quatre semaines, les bénévoles ont réussi à attraper 15 chats dans les jardins familiaux de la Robertsau, au niveau de la rue de la Carpe Haute. “En termes de retombées chiffrées, pour cette première capture, 15 chats ont été capturés et parmi eux 10 ont été relâchés et 5 placés en famille d’accueil.” précise Marie-Françoise Hamard.

Et d’ajouter : “On observe si le chat peut être socialisé ou pas. Soit on a affaire à un gros matos qui a très envie d’être relâché, soit le chat peut être sociabilisé parce qu’il a peut-être été abandonné, ou il s’agit d’un bébé ou au contraire d’un chat âgé qui ne peut plus supporter la vie en extérieur. Il y a aussi ceux qui sont atteints du SIDA du chat qui doivent être placés car c’est très contagieux.« 

La prolifération des chats en un schéma.
© Pasdechatssanstoit.fr

Si elle se réjouit de cette initiative, Laura Vix regrette néanmoins que les premières captures débutent au printemps : “Je sais que c’est long au niveau administratif pour tout mettre en place, etc. Mais c’est vrai que c’est un peu dommage de le faire à cette période, c’est un peu tard dans l’année. L’idéal, ce serait en janvier, février ou mars, avant que les femelles soient gestantes pour éviter qu’elles mettent bas.” En ce moment, l’association Era reçoit quotidiennement des demandes de prise en charge de maman avec des chatons. Au minimum cinq par jour. “Les chatons sont déjà là. À la limite, on va empêcher les portés du mois d’août ou de septembre. Mais évidemment, on est contentes, il vaut mieux ça, que rien du tout !” précise la cofondatrice de l’association Era.


Un soutien économique pour les associations, mais qui va augmenter les besoins en famille d’accueil

C’est un petit pas, mais c’est un premier pas. Et puis surtout, c’est une première.” reconnaît Corinne Weissenburger. Avec un budget de 130 000 euros consacré l’année dernière aux stérilisations, identifications et primo-vaccinations des chats errants, l’association CAT’ MonDoux a pu prendre en charge près de 450 chats parmi lesquels 150 ont été relâchés. Avec ces captures prises en charge par l’Eurométropole, les structures pourront peut-être stériliser encore plus de chats.

Mais si plus de chats sont pris en charge, il faudra aussi que les moyens humains suivent et que les bénévoles augmentent. “On a besoin de familles d’accueil de convalescence pour le temps après la stérilisation, de familles d’accueil en attendant que le chat soit adopté, mais on manque surtout de familles d’accueil qui sont prêtes à socialiser les chats.explique la présidente de l’association CAT’ MonDoux.

C’est en effet l’une des tâches qui nécessite peut-être le plus de patience. Lorsqu’un chat a vécu dans la rue, qu’il soit jeune ou âgé, il faut souvent prendre le temps de lui redonner confiance en l’humain. “Mais ça s’apprend, on a toute une équipe qui peut former les bénévoles à la socialisation » indique la présidente. En moyenne tout au long de l’année, l’association collabore avec une centaine de familles d’accueil.

chabri
Marie-Françoise Hamard, présentant un prototype du « Chabri », une petite cabane destinée à accueillir les chats errants.
© Elyxandro Cegarra pour Strasbourg Eurométropole


Des abris pour chats errants

Pour garder un œil sur les populations de chats errants et leur assurer une vie en extérieur dans de meilleures conditions, la municipalité a également décidé d’installer plusieurs « Chabris” sur les sites de relâche. Deux prototypes ont déjà été construits, un grand et un petit, dans le cadre des ateliers municipaux. La Ville compte en installer 24 cette année et c’est une entreprise qui emploie des personnes en difficulté sociale qui sera chargée de la fabrication.

Une fois placé dans une zone qui abrite une colonie de chats errants, une des associations partenaires sera chargée de l’entretien du “Chabri”, de nourrir ses occupants et fera aussi le suivi sanitaire de ces derniers.

Mais attention, les habitants aux alentours sont invités à ne pas y toucher. Seuls les bénévoles dédiés à la petite cabane en bois seront autorisés à s’en occuper. “Il y aura un cadenas dessus et on essaiera de le mettre dans un endroit isolé.” précise Marie-Françoise Hamard. Chaque bénévole devra signer une charte des bonnes pratiques, pour éviter d’attirer la faune sauvage lors des nourrissages et disposera d’une carte de nourrisseur.

Pour la cofondatrice de l’association Era, ces abris vont aussi « permettre de faire reconnaître le statut de nourrisseur. » D’après elle, « beaucoup de bénévoles Era se font jeter les gamelles et vandaliser les maisonnettes.« 

Pour aller encore plus loin, les deux responsables d’associations s’accordent sur la nécessité d’une campagne de communication. De la sensibilisation, ne serait ce que pour la stérilisation.” évoque Laura Vix.Pour l’abandon, il y a des grosses campagnes de communication, mais en fait le problème commence avec la stérilisation, la castration et les maladies que ça peut entraîner chez les chats si ce n’est pas fait. Ça commence par là.” Et pour faire passer le message, les panneaux d’affichage de la ville ou des campagnes dans les écoles et les collèges, pourraient peut-être apprendre ou rappeler les bons réflexes à toutes les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois.

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