Chaque année, dès le mois d’avril, la saison des chatons débute pour les associations et court jusqu’au mois d’octobre. Une période durant laquelle les refuges sont surpeuplés et les bénévoles débordés face à la multiplication des portées. Les personnes engagées ne cessent de le répéter : il faut stériliser ! Et chaque Strasbourgeoise et Strasbourgeois peut aider selon ses moyens et ainsi soulager les associations locales.  

Si la période varie en fonction des conditions climatiques, la saison des chatons s’étale généralement d’avril à octobre et met les associations strasbourgeoises à rude épreuve. À l’association ERA (Éthique & Respect Animal), 510 chats ont été pris en charge depuis le début de l’année 2020. Et entre le 1er mai et aujourd’hui, le bond est spectaculaire puisque la structure a recueilli près de 300 chats supplémentaires, en seulement un mois et demi. C’est bien simple, la capacité d’accueil est pratiquement atteinte, alors que la saison débute seulement. Et parmi tous les pensionnaires, la plupart sont des chatons. Soit l’équivalent d’un adulte pour dix chatons, selon Laura, co-fondatrice de l’association. Cette surpopulation comporte de nombreux risques, à la fois pour leur environnement, mais aussi pour les félins eux-mêmes. 

Chatons, au refuge d’ERA.
© Caroline Alonso Alvarez

Nuisances, impact sur la biodiversité et maladies : les dangers de la surpopulation

Dans toute l’Eurométropole, les chats errants pullulent. Et alors qu’on pourrait croire que ce sont surtout les zones rurales qui sont touchées, la ville n’est pourtant pas épargnée : L’autre jour, on a récupéré une maman avec des chatons dans une cave en ville. Ce n’est pas qu’à la campagne, ou que dans certaines zones, c’est vraiment partout. Et le problème, c’est qu’ils prolifèrent comme des souris.raconte Laura. Une surpopulation qui ne plaît pas à tout le monde. Gênés par les nuisances sonores des bagarres de mâles non-castrés et de femelles en chaleur, certains n’hésitent pas à intervenir pour retrouver un peu de tranquillité : “Dans un quartier par exemple, il y a un monsieur qui tire à la carabine sur les chats. Et même sans en arriver là, il y a beaucoup d’endroits où il y a des empoisonnements. Ils y a trop de chats et les gens en ont marre.Mais la surpopulation présente aussi un risque pour la biodiversité strasbourgeoise. Un chat errant qui n’a pas à manger, tue tous les lézards, les souris et surtout les oiseaux. Limiter leur nombre permet donc de protéger d’autres espèces. 

La prolifération des chats, en un schéma.
© Pasdechatssanstoit.fr

Pour les chats aussi, supporter ces instincts naturels est loin d’être une sinécure. Pour les femelles notamment, l’acte en lui-même est très douloureux car le mâle dispose de petites protubérances pointues sur son pénis appelées spicules, qui s’accrochent aux parois de l’organe génital de la femelle au moment du retrait. Et dans certains quartiers, la co-fondatrice d’ERA affirme que les femelles sont constamment sollicitées : “ce n’est pas une vie pour elles.” Une fois gestante, la femelle est obligée de se cacher pour mettre bas en extérieur. Et lorsque les chatons naissent dehors, ils sont évidemment sujets à beaucoup de maladies et parasites comme le typhus, le coryza, les vers, les tiques et bien d’autres. C’est notamment le cas de Popo, un chaton de trois mois qui a été récupéré avec son frère et sa sœur accompagnés de leur mère il y a quelques semaines par l’association. Au moment de la prise en charge, les trois chatons sont atteints par le coryza, une maladie très contagieuse qui impacte les voies respiratoires et les yeux. Plus faible et sensible qu’un chat adulte, un chaton peut en mourir (en particulier car la perte de l’odorat l’empêchera de s’alimenter) ou perdre un ou ses deux yeux s’il n’est pas soigné correctement. En plus du coryza, Popo a également eu un prolapsus, certainement dû à des vers. Ce qui signifie que son intestin avait tout bonnement décidé de se faire la malle par son anus. Il a donc fallu agir rapidement pour que le vétérinaire puisse remettre l’organe à sa place initiale. Un bilan déjà très lourd pour un si petit être, ce qui n’est malheureusement pas rare, chez les chatons qui naissent et grandissent en extérieur.   

Les maladies se propagent aussi par l’intermédiaire des mâles non-castrés, qui se battent entre eux pour défendre leur territoire et pour obtenir la femelle qu’ils convoitent. Pendant des années, ils se bagarrent donc jusqu’au sang et répandent la ou les maladies dont ils sont porteurs. Au refuge d’ERA, plus de la moitié des chats errants, c’est-à-dire les vrais matous souvent dits “sauvages” qui n’appartiennent à personne, sont positif Fiv (autrement dit, au sida du chat) ou encore à la leucose. Laura espère particulièrement éveiller les consciences à ce sujet : “Il faut vraiment casser l’image que l’on se fait d’un chat errant. Comme quoi un chat heureux est un chat libre. Non, ce n’est pas le cas. Un chat errant non-castré finit forcément par mourir du sida des chats ou de ne pas avoir à manger. Et ça veut dire une mort lente et douloureuse en extérieur. Mais elle rappelle toutefois qu’une fois stérilisé, un chat positif Fiv, peut avoir une belle vie stable au sein d’un foyer et ne présente aucun danger pour ses adoptants.


La stérilisation : tous responsables

Si l’identification est obligatoire, la stérilisation ne l’est pas, ce qui complique la tâche des associations. Mais qu’il s’agisse d’un mâle ou d’une femelle, un chat peut être stérilisé dès l’âge de six mois. Et il est conseillé de le faire le plus tôt possible, car chaque adoptant est responsable des portées dont son chat sera à l’origine. Mais qu’ils aient ou non un félin à la maison, les Strasbourgeois peuvent aider les bénévoles à réduire la population en étant attentifs dans leurs quartiers. Pour Laura, “Il faut que les gens se responsabilisent. Que si certains commencent à nourrir des chats ou à s’en occuper sans qu’ils soient à eux, il faudrait au moins faire une stérilisation pour éviter que la femelle arrive au mois d’avril avec des chatons et que le mâle soit défiguré à chaque bagarre.Et il est important d’y penser à temps. À partir du mois d’avril, toutes les associations sont déjà débordées et beaucoup de femelles sont déjà gestantes. Il faut donc stériliser au plus vite et ne pas attendre la période des chaleurs. ERA, comme d’autres structures, n’a pas les moyens financiers suffisants pour stériliser tous les chats errants de l’Eurométropole. Voilà pourquoi les initiatives citoyennes gagneraient à être plus importantes et auraient certainement des effets positifs sur la surpopulation. Et lorsqu’il n’est pas possible d’emmener soi-même le chat se faire stériliser, à ce moment-là, l’association est prête à aider, “Mais à condition que les gens participent. Quand on m’appelle pour un chat trouvé, et qu’on me dit “Je peux mettre 20 ou 30 euros”, là c’est ok pour moi. Nous, on peut aider les gens à faire les stérilisations et les castrations, mais en contrepartie, un petit don à l’association, ce n’est pas grand-chose. Nous, on ne vit que de dons et à cette période de l’année, on n’a plus de sous sur le compte.” 

Jojo a été sorti de la rue, il est positif FIV et diabétique.
© ERA

Pour attraper un chat errant ou bien une maman avec ses chatons, l’association prête des cages-pièges à ceux qui le souhaitent. Pour en récupérer une, il suffit de prendre contact avec ERA afin de fixer un rendez-vous au refuge pour récupérer la cage et fournir une caution de 50 euros, qui sera bien évidemment rendue suite à la capture. En pratique, il faudra placer la cage, y mettre à manger et rester à côté et fermer le piège une fois le chat entré. Pour les situations plus compliquées, les bénévoles pourront prodiguer de précieux conseils ou bien décider d’intervenir. 

Enfin, quelques précisions concernant les chatons. Il est conseillé d’essayer au maximum de ramener la mère avec ses chatons et non les chatons seuls. Il faut donc parfois patienter un peu si celle-ci s’est éloigné, tout en s’assurant bien sûr, que les chatons soient en sécurité. De toute façon, il faut une solution pour la maman, sinon, on est dans un cercle infernal, avec des nouveaux chatons chaque année. Alors il faut essayer de surveiller si la maman ne retourne pas vers le ou les chatons. Bien souvent, si la maman a décidé de les déplacer, elle va le faire un par un.” explique Laura. On peut donc tomber sur une partie des chatons laissés tout seuls pendant un temps. Quand l’ensemble de la famille n’est pas réunie, le problème se répète et ne se résout pas : “On a un monsieur qui nous ramène tout le temps les chatons sans la mère. Elle fait trois portées par an et à chaque fois, on récupère ses chatons. Alors dès qu’on peut, on stérilise les mamans, même si après on doit finalement les relâcher.

Moumousse est un ancien chat errant. Il est positif FIV et FELV (leucose).
© ERA


Soutenir une association qui prend soin de beaucoup de boules de poils strasbourgeoises

Tous les jours, des bénévoles se rendent au local d’ERA pour s’occuper des chats du refuge, les nourrir, les soigner et nettoyer les différents espaces. Depuis janvier, l’association a accueilli une personne en service civique, qui gère toutes les prises en charge et les rendez-vous chez les vétérinaires. Quant à Laura, elle assure en parallèle de son activité professionnelle, les urgences, certains rendez-vous vétérinaires, les contrôles post-adoption, la gestion des familles d’accueil et toute la partie administrative. Un investissement conséquent pour que l’association puisse continuer à venir en aide aux chats abandonnés.

Pour soutenir ERA et les bénévoles dans leur engagement, il est possible de faire un don direct. Une démarche vitale pour la structure, qui ne vit que grâce à ça. Et pour des cas comme Popo par exemple, ce sont près de 400 euros qu’elle a dû débourser pour lui sauver la vie. Mais il est aussi possible de se proposer en tant que famille d’accueil. En effet les locaux offrent un nombre de places très limitées. Les chats et chatons dans l’attente d’une adoption, doivent donc pouvoir être placés dans un foyer pour une période donnée. Si certains sont prêts à aider, il suffit de contacter l’association par mail ou bien via la page Facebook par exemple. “Cette année, le mal est fait. Mais pour l’an prochain, ce qu’on aimerait faire passer, c’est qu’on arrive déjà à saturation maintenant, alors que ça ne nous est jamais arrivé comme ça dès le mois de juin. C’est donc que la situation est catastrophique. Et on ne va pas pouvoir continuer à ce rythme-là sans fonds et sans familles d’accueil supplémentaires.conclut Laura. 

> À relire : Un vétérinaire pour soigner et stériliser les animaux des personnes démunies à Strasbourg


Association ERA Strasbourg
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