Comédien autodidacte passé par La Lolita, le collectif Noun, le S’cabaret et aperçu au JTBN, Yann Hartmann joue ce jeudi 21 avril son spectacle Tous tout seuls au Molodoï. Cette succession de personnages et de solitudes est son premier seul en scène. Rencontre avec un saltimbanque hyperactif et touche-à-tout.



Mentaliste américain, ninja vengeur, shampooinomane, candidat à la présidentielle en faveur d’une France immobile… Dans Tous tout seuls, son premier seul en scène, Yann Hartmann se glisse dans les costumes d’une humanité doucement timbrée pour tirer le portrait de nos solitudes existentielles.

Cette galerie de personnages est née dans l’esprit du comédien il y a un peu plus de quatre ans. « Le thème s’est imposé de lui-même », explique celui qui se décrit comme « un grand solitaire ». « On vit aujourd’hui dans une société qui nous confronte beaucoup à la solitude, au fait qu’au bout du compte, on est toujours tous seuls au monde. Et en même temps, on a besoin des autres. J’avais envie d’écrire sur cette contradiction, sur cette envie que l’on a, quand même, d’établir le contact. » D’où l’ouverture du spectacle: « Hey. On ne se connaît pas, mais on pourrait peut-être parler… »

Yann Hartmann a d’abord commencé par écrire « deux ou trois sketchs. Des personnages qui s’exprimaient chacun depuis leur univers. Et puis j’ai fini par en avoir 20 ou 25. Je les ai tous testés sur scène et j’ai gardé ceux qui me plaisaient le plus. » Joué pour la première fois en 2018 au Centre européen d’actions artistiques contemporaines (CEAC) de Strasbourg, le spectacle a pris sa forme définitive au fil des représentations, en festivals ou dans les salles strasbourgeoises. « Ça s’est très bien passé avec le public, et c’est ce qui m’a donné envie de continuer sur ce thème », détaille le comédien

© Valentin Clerc/ Document remis


« Un goût très prononcé pour la connerie »

Tous tout seuls est aussi le fruit du parcours atypique de Yann Hartmann, arrivé au théâtre pas tout à fait par hasard. « Clown a la maison », le comédien avoue avoir toujours eu « un goût prononcé pour la connerie ». « Quand tu as envie de faire une blague que tu sais un peu nulle, ou de faire le con, je crois que c’est quelque chose qui se partage très facilement. Il y a une complicité qui se crée avec les autres dans le regard en coin, le rire qui couve. » Mais derrière le pitre se cache aussi quelqu’un qui a toujours écrit des textes, des scénarios, des histoires, des nouvelles ou encore de la poésie. Les sketchs « pour faire rire les copains » sont venus sur le tard.

La connexion avec la scène ne s’opère qu’en 2014, lorsqu’il monte sur les planches avec La Lolita – Ligue Ouverte et libre d’improvisation théâtrale amateur. « Au début, j’ai été confronté à plein de difficultés, comme le fait d’être devant un public. Mais j’ai quand même trouvé ça génial. Ça m’a permis de m’exprimer. J’ai adoré l’échange avec les gens, le partage sur scène entre comédiens… Cela m’a aussi fait découvrir la scène de manière général, les lumières, les coulisses, l’univers du théâtre. »

© Gaëlle Hartmann / Document remis

En parallèle, Yann Hartmann entre dans la compagnie « Un homme un femme » et intègre le bouillonnant collectif Noun en 2017. Composée de plasticiens, poètes, clowns et autres performateurs inclassables, cette joyeuse troupe offre une nouvelle révélation au comédien en lui faisant découvrir « le côté expérimental du théâtre ». Cela ne l’empêche pas de poursuivre les expériences et les collaborations. Il frappe également à la porte du S’cabaret, autre collectif strasbourgeois accueillant notamment des chanteurs, des musiciens et des danseurs.

Petit à petit, le théâtre prend de plus en plus de place dans la vie de cet Alsacien, au point de lui faire envisager une reconversion professionnelle. Diplômé en droit, Yann Hartmann a d’abord travaillé en tant que traducteur de japonais – après trois ans passé au Japon à apprendre la langue – avant de devenir accompagnant pour élèves en situation de handicap dans un lycée strasbourgeois. Aujourd’hui toujours membre du Noun et du S’cabaret, il travaille aussi en tant que formateur pour Banana Impro, et a cofondé la compagnie Reviens pour discuter.

Malgré toutes ces expériences, Tous tout seuls représente une forme de défi pour le comédien de 44 ans. Tant théâtral, dans le fait d’être seul sur scène, que personnel. « J’ai toujours eu des difficultés à m’insérer dans des groupes et souvent eu le sentiment que ma parole n’avait pas beaucoup d’importance, explique Yann Hartmann. Avec ce spectacle, je livre aussi quelque chose de personnel en essayant de voir comment ça connecte avec les autres. C’est une façon d’aller au bout de quelque chose, de me prouver que j’en suis capable. Une forme de petit miracle. »

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Tous tout seuls
Jeudi 21 avril à 20h30 au Molodoï
Billets et réservations ici

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© Simon Hanot / Document remis

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