Dans la série mise en jambes printanière, nous vous emmenons aujourd’hui sur les hauteurs de la vallée de la Bruche, à 45 minutes de Strasbourg en voiture. Au programme : un circuit de randonnée riche en panoramas et lieux hors du temps.



Sur le parking de la place des Musiciens, près du chalet du Club vosgien, un vent frisquet fait trembler les branches d’un sequoia géant, quelque peu incongru, au milieu de le végétation vosgienne. Mais que fait donc cette essence, originaire de la Sierra Nevada californienne, au beau milieu des crêtes ? Le temps de siroter quelques gorgées de café et de lacer les chaussures de randonnée, une petite recherche sur les internets nous apprend que cet arbre a été planté en 1896 par un garde forestier de la région, en hommage à son fils, décédé en bas-âge. Les graines avaient été ramenées en Alsace par le frère de l’homme, prêtre au grand séminaire de Monaco.

Le sequoia géant de Kappelbronn© A.Me / Pokaa

Si majestueux soit-il, il nous faut cependant tourner le dos à cet arbre remarquable pour prendre le départ de notre deuxième randonnée de l’année. Deux semaines après la première, les oiseaux se font cette fois-ci entendre dans les cimes. Le printemps semble enfin arrivé sur les sommets. Après un petit quart d’heure de marche, une trouée dans la végétation offre déjà les premiers panoramas, le long de la route forestière. Au moment de reprendre une piste, toutefois, le chemin se fait plus raide, escarpé. Le sentier serpente dans les sous-bois et contourne la montagne.

Première trouée, première vue.
© A.Me / Pokaa


Un lieu féérique

Changement d’ambiance. Après la large piste poussiéreuse est les vues dégagées, nous voici dans un écrin tout d’émeraude, au milieu de rochers couverts de mousse, baignés d’une lumière dorée. L’air est un peu plus humide, et l’atmosphère, presque silencieuse. Le son des pas, étouffé par la végétation. Ce serait presque le moment de remettre un gilet si nous n’en étions pas à ahaner pour avancer, sur un chemin qui tient presque plus de l’escalier que du sentier. Une bonne demi-heure d’ascension sportive plus tard, nous voici au Jardin des fées.


Situé au sommet de la Grande Côte – ou Vorderer Langenberg pour les alsacophones qui nous lisent – à 831 mètres d’altitude, ce lieu doit son nom à quelques légendes locales qui voudraient que les fées s’y retrouvaient pour y danser, certaines nuits. Un char de lumière tiré par des chevaux de feu apparaissait alors dans le ciel nocturne. Lorsqu’elle le voyait, la plus jeune des fées quittait la ronde pour aller prier à l’église de Niederhaslach, située à quelques kilomètres de là. Lorsque le premier rayon du soleil illuminait les vitraux de l’édifice, elle retournait au jardin et indiquait au char de lumière qu’il était l’heure de repartir. Puis tout ce petit monde se dispersait. D’autres récits racontent que ces mêmes fées auraient tenté de construire un pont enjambant la Bruche jusqu’à Purpurkopf, à neuf kilomètre à vol d’oiseau. Malheureusement pour leur entreprise, la naissance du Christ leur aurait fait perdre leurs pouvoirs, provoquant l’effondrement de l’édifice – et expliquant, au passage, la présence des nombreux blocs de pierre sur les flancs de la montagne.

Légendes ou non, le Jardin des fées reste un endroit très agréable où casser la graine avant de repartir. Un espace dégagé offre une jolie vue sur le massif, pour ceux qui voudrait descendre une thermos de café en lézardant au soleil. Les autres pourront profiter du bruit du vent dans les arbres, en s’installant sous la canopée sur l’une des sept pierres couchées entourant un menhir d’1,20 mètre de haut.

Malgré le calme des lieux, il faut pourtant repartir. Une descente rapide précède une nouvelle ascension, plus douce. Première étape sur cette nouvelle côte: la Porte de pierre – considérée par ailleurs comme l’entrée du Jardin des fées. Petit arrêt le temps d’admirer ce monument naturel composé de deux monolithes en grès rose, puis il faut poursuivre sur une pente un peu plus raide. « On a bientôt fini de grimper ? », lance-je à mon camarade du jour. « Oh je pense oui. Mais on a quand même plus de 1000 mètres de dénivelé cette fois ». « Quoiii ? Mais j’avais lu que le point le plus haut était à 1008 mètres et le plus bas à 404 mètres ?! » « Ben oui mais on grimpe et on descend plusieurs fois donc…. » Donc il est important de faire attention aux détails quand on choisi un itinéraire.

Quelques kilomètres plus loin, au terme d’une dernière côté – plus douce – nous voici enfin arrivés au rocher de Mutzig, point culminant de notre randonnée. Le panorama est superbe, et donne sur le Donon et le Champ du feu. Mais le vent souffle particulièrement fort, et nous oblige à chercher refuge entre les rochers et à remettre quelques couches de vêtements pour pouvoir pique-niquer sans claquer des dents. Pour profiter de la vue, on attendra le café.

Le déjeuner avalé, il est déjà l’heure de redescendre paisiblement vers la voiture. Une heure et demi plus tard, les quinze kilomètres sont bouclés. On ne les a pas vus passer – les muscles des jambes, eux, si, et sauront se rappeler à notre bon souvenir le lendemain.

***

Difficulté de la rando : 6/10
Dénivelé : 1200 mètres
Distance : 15 km
Durée : environ 5h
Y aller : 45 minutes Strasbourg en voiture

1 commentaire

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here