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2200 km : sur la route de l’exil avec deux ukrainiennes de Mykolaïv à Strasbourg

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Depuis le début de l’invasion russe il y a une dizaine de jours, ils seraient déjà plus de 2 millions d’Ukrainiens à avoir quitté leur pays pour fuir la guerre selon l’ONU. Principalement des femmes et des enfants, car les hommes entre 18 et 60 ans ont interdiction de quitter le pays. C’est le cas d’Albina, Natalya et Yegor, qui ont quitté leur ville natale Mykolaïv (au sud de l’Ukraine) et qui viennent d’arriver à Strasbourg, après un trajet éprouvant de plus de 2 200 kilomètres.


Dans son petit appartement situé à Eckbolsheim, c’est Alina qui nous accueille. L’étudiante de 21 ans y habite avec ses parents depuis maintenant sept ans, mais tout le reste de la famille est en Ukraine. Alors quand Vladimir Poutine lance le 24 février dernier “une opération militaire” et s’apprête à envahir l’Ukraine, les proches sur place sont en danger. En concertation avec les autres membres de la famille, Abina (la grand-mère d’Alina), Natalya (sa tante) et Yegor (son cousin âgé de seulement 8 ans) ont pris la décision de fuir la guerre en quittant leur pays.

Aujourd’hui, ils sont tous les trois hébergés par Alina et ses parents. Dans le salon, l’émotion est vive. Quand on leur demande comment elles se sentent maintenant qu’elles sont arrivées à destination, difficile de cacher leurs sentiments. Pour Natalya, l’idée de se retrouver dans un endroit plus calme et plus stable est rassurante. Albina quant à elle, ne parvient pas à retenir ses larmes.

Il faut dire que le trio laisse derrière lui une situation particulièrement instable, puisque la ville à seulement une heure de route, Kherson est tombée aux mains des Russes la semaine dernière.À Mykolaïv aujourd’hui, des troupes russes essayent de passer dans notre ville par le quartier où on habitait. La rue dans laquelle habitait la mère de Natalya a été détruite.raconte Alina. Les hommes de la famille sont eux restés sur place comme le mari de Natalya et son fils aîné de 21 ans ainsi que d’autres proches. Alina poursuit : “Quand tout va bien, ils restent à la maison, mais dès qu’il y a les sirènes, ils se cachent dans des bunkers, ou des caves sous terre.”

Natalya Albina et Alina
© Lucas Muré / Pokaa


Le départ : “On a pris quelques vêtements, des documents importants et un peu d’argent.

Le jeudi 24 février, dès leur réveil, la famille apprend que l’aéroport de la ville a été bombardé. “J’étais très inquiète, je ne croyais pas que ça pourrait arriver jusqu’au dernier moment.” avoue Albina. Très rapidement, toutes les possibilités sont envisagées et certains membres envisagent de quitter la ville. “Pendant toute la journée, on ne savait pas si mon mari et mon fils allaient pouvoir sortir du pays. On ne comprenait pas ce qu’il se passait, donc on a pris la décision au plus vite de partir.” se souvient Natalya. L’oncle d’Alina téléphone donc à sa sœur installée à Strasbourg, et celle-ci propose de les accueillir. 

La famille a un seul objectif : partir le jour même, avant le couvre-feu. Si Albina est à la retraite depuis six ans, Natalya quant à elle, quitte dans la foulée son poste de comptable dans une entreprise. Chacune prépare ses affaires et emporte avec elle le strict nécessaire :On a pris quelques vêtements, des documents importants et un peu d’argent.détaille Natalya. Une fois prêts, Albina, Yegor, Natalya et son mari prennent la route.

Le groupe emprunte des petites routes de campagne, qu’il juge moins risquées. On est passé par des routes que je n’avais jamais vu de ma vie.s’étonne Natalya. Mais sur le trajet, il faudra tout de même passer plusieurs checkpoints de l’armée ukrainienne. Près de 12 heures plus tard, la famille atteint enfin la frontière avec la Moldavie.

Natalya Albina et Alina
© Lucas Muré / Pokaa


De la Moldavie à la Roumanie : réussir passer la frontière

À la frontière moldave, l’oncle dépose la grand-mère d’Alina, qui sympathise avec un volontaire qui lui propose de l’accueillir chez lui pour la nuit et de l’amener prendre un train direction Chișinău, la capitale du pays, dès le lendemain. La famille accepte et Natalya et son fils Yegor reprennent alors la route avec l’oncle d’Alina. Cette fois-ci, ils longent la frontière moldave pour tenter de passer la frontière entre l’Ukraine et la Roumanie. 8h de route supplémentaires, sans pouvoir se reposer ou manger un bon repas.

Impossible pour le mari de Natalya de quitter le pays. Il doit donc se résoudre à laisser sa femme et son plus jeune fils à la frontière roumaine et fait demi-tour. Beaucoup de monde se retrouve à cette frontière. Principalement des femmes et des enfants selon Natalya “Je n’ai jamais vu autant de monde. Il y avait énormément de personnes et de voitures. C’était un bazar, je n’ai que vu ça à la télé. Les personnes s’accrochaient à des voitures, il y avait des bouchons, etc.” Chacune de leur côté, Natalya et Albina doivent maintenant trouver le moyen d’avancer vers l’ouest, après un périple déjà éprouvant.

Natalya
© Lucas Muré / Pokaa


“Ça nous a pris 24h avec mon père, on s’est relayés pour rouler sans dormir.”

À Strasbourg, quand les parents d’Alina apprennent qu’Albina et Natalya sont parvenues à passer la frontière, c’est la précipitation. La Strasbourgeoise saute dans la voiture avec son père et ils prennent la route à 23h, dès le vendredi 25 février. “Ça nous a pris 24h avec mon père, on s’est relayés pour rouler sans dormir. raconte Alina. Le 27 février, le père et la fille atteignent enfin la frontière roumaine. Mais Albina, Natalya et Yegor sont situés dans deux villes différentes, à près de 300 kilomètres de distance. Le duo récupère d’abord Albina, qui les attend un peu plus loin, puis retourne sur ses pas pour rejoindre Natalya et son fils.

En Roumanie, Alina se rappelle du nombre impressionnant de bénévoles qu’elle a croisé sur sa route : Il y avait des volontaires avec des sacs d’aide alimentaire. Ils proposaient une médicale gratuite, il y avait des bus qui ramenaient des gens vers d’autres villes.Sur leur chemin, les membres de la famille remarquent aussi que la plupart des véhicules qu’ils croisent affichent une plaque ukrainienne. Finalement réunie, la famille roule maintenant direction Strasbourg. Et là encore, pas question de traîner : On n’a pas dormi pendant presque trois jours avec mon père.précise Alina. Dans la voiture, les conditions sont difficiles. À force d’être dans la même position, les jambes d’Albina sont douloureuses, et personne n’a vraiment d’appétit.



Roumanie, Hongrie, Autriche, Allemagne, il faut encore traverser quatre pays avant d’atteindre la France. “Je suis très reconnaissante de tous les pays qui m’ont accueillie avec gentillesse et bonne foi.” remercie Albina. À 79 ans, elle est née en pleine Seconde guerre mondiale et n’imaginait pas revivre une guerre : Je n’ai jamais pensé que j’allais devoir fuir mon pays à mon âge.


À Strasbourg : dans l’attente de nouvelles des proches

Si Natalya, Albina et Yegor sont aujourd’hui en sécurité à Strasbourg, la guerre rythme toujours leur quotidien et la famille échange tous les jours avec les membres restés sur place.Ça nous angoisse. On déprime tous. J’ai de la peine pour mon pays, j’ai vécu toute mon enfance là-bas ” reconnaît Alina, “C’est très difficile. À 2 kilomètres de notre maison, il y a déjà des tirs.” poursuit Natalya.

Natalya Albina
© Lucas Muré / Pokaa
Natalya
© Lucas Muré / Pokaa

Quant à Yegor, à seulement 8 ans, difficile pour lui de prendre la mesure de ce qui se passe réellement.Je pense qu’il ne comprend pas vraiment, car il veut aller à l’école. Il comprend au fond de lui qu’il se passe quelque chose, mais il voit sa maman à côté de lui donc qu’il n’est pas abandonné. Mais il demande quand on va rentrer à la maison…” explique Natalya.

Suspendue aux nouvelles de leurs proches, la famille reste plongée dans le doute. “Je ne sais pas comment ça peut aller. Je ne comprends pas ce qui se passe et je ne sais pas ce qui va se passer. Je n’ai aucun sentiment, pour l’instant, on vit juste. Notre vie est cassée. Elle est restée là-bas, on l’a abandonné. On y a laissé notre appartement. On avait de quoi manger, de quoi dormir, c’était une vie tranquille, tout allait bien. On avait un travail, des amis, des voisins, etc. Je pense que ma vie est terminée.” confie Natalya, particulièrement peinée.

appartement fenêtre
© Lucas Muré / Pokaa

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