La période des fêtes vient de s’ouvrir et pourtant, plusieurs commerces strasbourgeois expliquent subir une forte baisse de fréquentation. Après un mois de novembre catastrophique pour certains, ils sont nombreux à se demander où sont passés leurs clients.



Ce mardi 30 novembre, les responsables de BeeVrac, l’épicerie indépendante située à Cronenbourg, publient sur leurs réseaux un message plutôt alarmant :Commerces indépendants, nous craignons ne pas pouvoir nous relever de cette période…” Le commerce accuse “une baisse dramatique” de fréquentation. Une tendance qui toucherait aussi bien les indépendants que la grande distribution et qui semble s’étendre à d’autres régions et à l’ensemble du territoire de manière générale.

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© Samuel Compion / Pokaa


Une baisse particulièrement importante ces derniers mois

Pour certains comme BeeVrac, la fréquentation est en chute libre depuis cet été, “Nous constatons une baisse depuis le mois de juin, à peu près à la réouverture des restaurants, nous avons pris notre mal en patience nous disant que c’était logique, le budget des gens étant réorienté temporairement vers la restauration et les vacances, les loisirs dont on a été privé pendant le confinement. Mais aujourd’hui, c’est inquiétant car même la restauration ne se porte pas forcément bien […]” détaille Marion, la gérante. Depuis la rentrée, le commerce accuse une baisse de 20 à 35% chaque mois comparé à l’année dernière. Pour le mois de novembre qui vient de s’écouler, ce sont plus de 10 000 euros qui manquent dans les caisses.

© Bastien Pietronave / Pokaa

Pour beaucoup, la baisse s’est particulièrement fait sentir en ce mois de novembre.Nous avons fait un mauvais mois de novembre alors que c’est un très bon mois d’habitude. indique Charlotte de Koda Cosmétiques. Du côté de Tchungle, Stéphane, le co-gérant, note une “très nette baisse de fréquentation par rapport à octobre, une chute de près de 25%.” Il précise : “Depuis 18 mois, nous avons une activité plutôt linéaire et c’est la première fois que l’on constate une chute aussi conséquente.” 

Au Joy Kids concept store, c’est aussi très calme selon la gérante Joy.  “Un peu difficile en ce moment. C’est pas faute d’avoir du passage au centre-ville, mais personne dans les magasins. Enfin, tout le monde a un sac Primark, mais sinon, niveau petits commerces indépendants, c’est dur.” La commerçante explique être parvenue, non sans difficulté, à atteindre le même chiffre que l’an dernier au mois de septembre, puis seulement les deux-tiers en octobre et à peu de choses près le même chiffre en novembre.

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Stéphane, co-gérant de Tchungle.
© Samuel Compion / Pokaa


Où sont les clients ?

Où êtes-vous ? Comment consommez-vous ?questionne la responsable de BeeVrac dans son post. Difficile de pointer avec exactitude les raisons d’un tel changement des habitudes de consommation des Strasbourgeoises et Strasbourgeois. “Un tout je dirais… C’est vrai que la météo n’aide pas mais j’ai l’impression que la foule reste concentrée sur le centre et ne dépasse pas l’Ill… Ou alors c’est une question de budget ? Peut-être qu’ils n’ont pas acheté en novembre pour pouvoir acheter leurs cadeaux de Noël le mois prochain ? Est-ce une baisse du pouvoir d’achat ? Je ne sais vraiment pas…” s’interroge la responsable d’une friperie. Même doute du côté de Stéphane, co-gérant de Tchungle : “C’est un phénomène que nous avons du mal à nous expliquer. Enfin si ce n’est éventuellement l’interdiction de se garer en centre-ville ? Aucune idée.

Pour Charlotte de Koda Cosmétiques : “les gens ont pris l’habitude de faire des achats en ligne.Un sentiment partagé par Joy qui a l’impression que sa clientèle est passée au shopping en ligne, suite à une habitude prise pendant les confinements, ou alors que celle-ci achète tout simplement moins. Elle ajoute : “Par contre j’ai l’impression que les gens qui achetaient de la fast-fashion par exemple, consomment peut-être même plus qu’avant. Je pense que chacun pense que c’est son voisin qui va dans les commerces et ça fait un cercle vicieux. Il y a aussi beaucoup moins de solidarité. Sûrement dû au ras-le-bol du Covid et à l’envie de vivre normalement sauf qu’en fait c’est maintenant que c’est dur pour nous.”

Pour les responsables de la boutique Slide Box, installée depuis longtemps à Strasbourg, ce ressenti serait probablement lié au Black Friday : “Le mois avait vraiment bien démarré mais les clients se sont mis à attendre le Black Friday. Ce qui est compréhensible. Nos ventes en ligne ont plus que triplé pendant le Black Friday. Ce qui confirme l’attente du Black Friday pour les consommateurs en magasin comme sur le net.

© Caroline Alonso
© C.A.A / Pokaa


Un appel au soutien des petits commerces indépendants

À la différence des grandes enseignes, de telles baisses peuvent avoir de graves conséquences sur les commerçants indépendants. “Le problème c’est que nous n’avons pas les ressources pour tenir très longtemps. Et que si nous arrêtons, c’est toujours les mêmes qui gagnent.” indique Marion de BeeVrac. Et d’ajouter : “C’est dommage car on propose un autre modèle de consommation, plus vertueux, plus écologique et surtout avec du contact humain et on a vu combien c’était important en période troublée.

La commerçante appelle donc les habitants à soutenir les commerces indépendants locaux en cette période de fin d’année : “Sans vous, tout notre travail sera anéanti par la société de consommation qui prône le toujours moins cher et toujours plus greenwashée. Consommer c’est voter. Soutenez-nous, ceci n’est pas un exercice, c’est maintenant ou jamais.

1 commentaire

  1. Quand on voit les commentaires de champions laissés par certains sur le post Facebook en lien avec l’article, tout s’explique assez rapidement.

    C’est assez incroyable de voir des commentaires du type « oui mais chez Primark ils donnent des sacs gratuits […] pour ne pas partir avec mes articles sous le bras […] c’est une fausse excuse pour faire du fric l’écologie » en 2021…
    Le fait de se retrouver avec des « articles sous le bras » en allant dans une enseigne de fast fashion rend assez facilement compte de l’inutilité des achats effectués. Personnellement, si je dois acheter des fringues, c’est pas vraiment sur un coup de tête, donc je prends… un sac! (vous l’aviez hein ;)).
    Si on veut dire : « j’en ai rien à b#*@ de l’écologie, même si j’ai des enfants, par contre j’ai vraiment besoin de porter des fringues différentes tous les jours pour exister », bah on le met, et puis on évite de dire que des gens qui poussent un cri du coeur à cause de leur situation précaire sont des « gros rats ».

    Un autre qui dit « Si la période de fermeture n’a pas été si douloureuse pour les commerçants, c’est grâce à la solidarité de tous les contribuables ».
    C’est marrant, on sent que ça le pique le mec.
    Pourtant, en tant que contribuable, je suis bien content que des gens n’aient pas eu à fermer leur business, d’autant plus que c’est vrai, on va sûrement le payer, mais pour l’instant ça n’a fait de mal à personne financièrement hein.
    Si la personne avait pris un peu le temps de lire l’article et les références, il saurait aussi que le magasin qui a eu « cette phrase malheureuse » sur la solidarité est un magasin de première nécessité, qui donc était ouvert pendant les différents confinements (quand 95% des commerciaux de grands groupes étaient, eux, au chômage partiel garanti par l’Etat). Les mêmes qui ont été applaudis au début parce qu’ils étaient « en première ligne ».
    Si on veut simplement dire « j’en ai rien à f*$# des autres », il suffit de le mettre clairement hein, pas la peine d’essayer de remettre ça sur les petits commerçants qui ici expriment leur souffrance.

    On pourra aussi citer cette troisième personne qui dit « si l’on augmente nos revenus je veux bien ».
    Bah alors Choupette? Tu as cru que l’article faisait le procès des pauvres? Ici c’est pas une histoire de revenus hein, c’est une histoire de mode de consommation.
    Quand la même personne dit « tout est fabriqué au même endroit », bah va falloir sortir la tête de ton fondement hein, parce que c’est justement de ça qu’on cause. Des gens qui essaient de changer les choses et qui se heurtent à d’autres qui se plaignent de leur finance en se justifiant sur le dos de la mondialisation.
    Quand on veut dire « j’m’en bats les oeufs des gens qui essayent de changer le monde, c’est pas ma faute si j’ai pas envie de changer les choses », bah on assume et on le dit, mais si possible chez soi, face à son mur parce qu’on devrait avoir (au-moins un peu) honte.

    Mais bon, je dois être un peu aigri 😉
    En tout cas, bon courage à tous les commerçants dans cette situation actuellement.
    Allez, bisous.

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