La pandémie de Covid, même si elle semble désormais derrière nous, a permis, au plus fort des premiers confinements, de remettre en question certaines de nos habitudes. Parmi elle, le travail. Dès lors, des problématiques ont eu la place de se développer dans les conversations, comme par exemple celle de la semaine de quatre jours. Une mesure déjà possible en France depuis longtemps, mais encore peu utilisée par les différents gouvernements, qui considèrent qu’on ne travaille déjà pas assez. Est-ce que Strasbourg est pionnière en la matière ? On a interrogé la Ville.



La question des « bullshit jobs » – des emplois qui ne servent à rien, ndlr – ou encore celle de savoir si les nombreuses heures passées au bureau auraient pu être plus productives chez soi…  L’avènement du télétravail a remis sur le tapis les problématiques concernant le sens à donner à son travail. Dès lors, la semaine de quatre jours a refait surface, au sein des préoccupations de nombreux pays européens.

Concrètement, la semaine de quatre jours est assez simple à définir. Elle signifie travailler quatre jours dans la semaine au lieu de cinq, et donc profiter de trois jours de repos au lieu de deux. Cette proposition veut permettre aux employés de bénéficier d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ce qui permettrait d’augmenter le bonheur des employés. Et, in fine, d’augmenter la productivité.

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Télétravail © Coraline Lafon


Le semaine de quatre jours autour du monde

Depuis le début de la pandémie, de nombreux pays européens ont décidé d’étudier la question. Il semblerait néanmoins que deux d’entre eux aillent un peu plus loin que les autres. En Islande, pendant quatre ans, 2 500 Islandais ont participé à une expérience de réduction du temps de travail, comme le relate franceinfo. Concrètement, les personnes concernées ont pu travailler 35h par semaine au lieu de 40h. Tout en gardant le même salaire. Une mesure qui a donné de très bons résultats, avec notamment une hausse de la productivité.

Désormais, c’est l’Espagne qui souhaite mettre en place une semaine de quatre jours. Le gouvernement socialiste a en effet décidé de lancer une initiative de grande ampleur sur son territoire. Comme expliqué par franceinfo, elle consiste à consacrer 50 millions d’euros pour expérimenter, pendant trois ans, la semaine de quatre jours sans changer de salaire. Une initiative qui sera implantée dans 200 entreprises volontaires à partir de 2022. L’idée sera ainsi de comparer les situations des entreprises qui auront décidé de tester cette mesure, avec celles qui ne l’auront pas fait.


En France, une tentative vite écourtée

La semaine de quatre jours en France provient d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En 1993, un économiste et député européen nommé Pierre Larrouturou faisait en effet valoir l’idée qu’il fallait descendre la semaine de travail à 32h. À l’époque, l’idée était surtout motivée par la volonté de créer davantage d’emplois avec le temps libéré. Quoiqu’il en soit, trois ans plus tard, une loi est arrivée, rendant possible la semaine de quatre jours. Son nom ? La loi Robien.

Votée sous le gouvernement Juppé, cette loi permettait concrètement aux entreprises de réduire le temps de travail, en contrepartie d’une embauche d’au moins 10% de salariés en CDI. Celles qui acceptaient bénéficiaient en échange d’un allègement des cotisations patronales de sécurité sociale. Les résultats, que vous pouvez retrouver ici, étaient majoritairement positifs. Néanmoins, quelques années plus tard, un autre bouleversement arrivait dans la société française : les lois Aubry, votées en 1998, aboutissant à la semaine de 35h. Rendant désormais la loi Robien caduque, les entreprises ne pouvant alors plus bénéficier d’allègement de cotisations.

© Mathilde Piaud


Une mesure qui comporte de nombreux avantages

Très peu d’entreprises pratiquent ainsi la semaine de quatre jours en France. Alors que selon une étude de l’OCDE de 2018, la réduction des heures de travail peut conduire à de nombreux résultats positifs pour les travailleurs et les entreprises. Par exemple, l’alsacien Michel Baudendistel travaille dans une entreprise de distribution de gaz naturel qui existe depuis plus de 100 ans. Ses horaires ? En semaine, des journées de 8h45 sur 4 jours. Pour lui, ce rythme est « idéal », car il permet de « soit avoir un week-end plus long ou d’avoir une coupure dans la semaine ».

Une façon de travailler qui a donc ses avantages : « On a un jour complet de repos en plus dans la semaine, la possibilité de placer son jour de RTT si besoin d’un jour pour un rendez-vous sans avoir besoin de poser un jour de congé et même un week-end plus long ». Néanmoins, Michel y voit également quelques inconvénients : « Les journées sont plus longues. Ce qui est particulièrement dur l’hiver. »

© Vivien Latuner


Qu’est-ce qui coince encore ?

Malgré les avantages, la mesure ne fait pourtant pas l’unanimité en France. Finalement, qu’est-ce qui coince ? Déjà, la semaine de quatre jours pourrait ne pas s’adapter à tous les corps de métier. Elle pourrait ensuite coûter cher et être difficilement mise en place dans les petites entreprises. Néanmoins, la véritable réponse se trouve plutôt dans le paradigme choisi par les différents gouvernements français depuis les années 2000. Ces derniers considèrent en effet le travail valorisant, si et seulement si il est pratiqué longtemps. Souvenez-vous du « travaillez plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy, prononcé en 2007.

Ce paradigme est tellement ancré dans la société française d’aujourd’hui qu’Édouard Philippe, ancien premier ministre, milite pour repousser l’âge de départ à la retraite à 67 ans. En outre, notre président de la République ne pense pas autrement. Au-delà de vouloir réformer l’assurance-chômage rapidement, Emmanuel Macron déclarait en effet il y a seulement quelques jours que « on doit travailler plus car la France travaille beaucoup moins que ses voisins. » Une information qui se révèle quelque peu erronée. En effet, selon une étude de 2020, les Français salariés travaillent 36,5 heures par semaine. Si l’on compare aux pays européens, la France se place au même niveau que l’Espagne. Ainsi qu’au-dessus de la moyenne de l’UE, de l’Italie et de l’Allemagne.

Heures moyennes travaillées en Europe
© Eurostat


À Strasbourg, pas encore de volonté politique de creuser la question

Vous l’aurez compris : en France, les gouvernements dirigeants pensent déjà qu’on ne travaille pas assez. Ce n’est donc pas le moment de vouloir travailler moins. Et même si cela apporterait de meilleurs résultats en termes de productivité. Les initiatives doivent donc venir d’entreprises ou en local. Néanmoins, pour Strasbourg, la question n’est là encore pas à l’ordre du jour. Interrogé sur la question, Syamak Agha Babaei précise : « Pour l’instant, il n’y a pas de priorité politique accordée à cette question. En fait, le cadre de la fonction publique territoriale est quelque chose de très rigide. Même si la possibilité d’expérimenter existe. »

En d’autres mots, la municipalité écologiste, et plus généralement l’Eurométropole, a d’autres objectifs en tête : « On va ouvrir avec Valentin Rabot – vice-président de l’Eurométropole en charge du personnel, des ressources humaines et du dialogue social , ndlr – des négociations avec les organisations syndicales sur les différents chantiers de notre mandat. » Ceux-ci sont l’amélioration des conditions de travail, la revalorisation et la prise en charge de la pénibilité. Mais aussi la question de l’égalité-professionnelle entre les femmes et les hommes.

Et même s’il se dit « convaincu des réductions du temps de travail », le premier adjoint ne croit pas en une expérimentation de la semaine de quatre jours à l’échelle de la métropole : « Ce sera pour nous compliqué d’expérimenter la réduction du temps de travail, qu’il faut financer. On verra si le sujet émerge dans les demandes. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas. Si cela émerge dans les demandes fortes, ça pourra devenir un élément de discussion. »

Comme d’autres mesures sociales et sociétales, la semaine de quatre jours a vu son intérêt revenir sur la table grâce à la pandémie. L’idée qu’en travaillant non pas forcément moins mais mieux, tout en réussissant à se libérer davantage de temps pour soi, est attirante. Et certains pays européens ont déjà vu des résultats positifs. En France néanmoins, la réflexion a du mal à dépasser le thème de « travailler plus pour gagner plus ». À Strasbourg, les enjeux sur le travail sont nombreux, et la Ville s’attèle à améliorer les conditions de travail de ses agents. Pour l’instant néanmoins, pas question de s’imposer en pionnier de l’expérimentation de la semaine de quatre jours. Dommage, mais ce n’est peut-être que partie remise.

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