Avec le réchauffement climatique, quelle sera la météo en Alsace en 2050 ? Pour répondre à cette question, nous nous sommes entretenus avec un spécialiste des prévisions à long terme en Alsace. Aujourd’hui, les températures enregistrées à Strasbourg correspondent à celles de Lyon en 1950. D’ici 2050, si les rejets de gaz à effet de serre ne diminuent pas drastiquement, les épisodes de fortes de chaleurs dans la région seront plus nombreux, plus longs et plus intenses, jusqu’à atteindre des pics à plus de 50 degrés Celsius. Il y aura aussi plus de risques d’inondations en hiver.



Le 9 août dernier, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiait un rapport alarmiste : la crise s’aggrave partout, à des niveaux sans précédent. Canicules, montée du niveau des océans, incendies, inondations, sécheresse… dans de nombreuses régions du monde, les humains seront probablement confrontés à de nouvelles perturbations qui les mettront en péril.

Qu’est ce qui nous attend à Strasbourg et en Alsace ? Yves Hauss, responsable du service climatologie de Météo France, pour les régions Grand Est et Bourgogne Franche-Comté, a travaillé sur les prévisions locales à long terme. Il prévient : « Il existe une grande incertitude sur les impacts concrets du réchauffement climatique. Nous faisons des pronostics concernant l’augmentation des températures, grâce aux tendances que nous observons aujourd’hui. Mais il y a plusieurs scénarios, selon le respect ou non de l’accord de Paris – 183 pays se sont mis d’accord en 2015 pour contenir le réchauffement climatique à 1,5 degrés d’ici 2100, ndlr. »

Des très hautes températures sont déjà enregistrées à Strasbourg, du fait de l’îlot de chaleur urbain, dont l’effet sera amplifié avec le réchauffement climatique. © Samuel Compion/Pokaa

Depuis 30 ans, les températures augmentent en Alsace

La région est soumise à un climat continental. Les écarts de température sont plus grands qu’à l’ouest de la France par exemple. Donc le réchauffement risque d’être plus impressionnant en Alsace. Le climatologue explique que, « ce qui est indéniable », c’est que les températures sont déjà en train d’augmenter depuis 1990 :

« Nous calculons les normales. Il s’agit de moyennes de températures sur 30 ans : la normale à un moment t correspond à la moyenne des températures enregistrées depuis 30 ans avant ce moment t. Cela nous donne une information sur la température qu’il fait globalement dans une zone. Ainsi, on remarque que le climat strasbourgeois d’aujourd’hui correspond à plus chaud que le climat lyonnais en 1950. On peut tracer une courbe qui montre l’augmentation de la température en fonction des années. Si cette dernière suit la même évolution jusqu’en 2050, nous aurons alors un climat plus chaud que celui de Marseille en 1950. »

Sur ce graphique, on constate une augmentation nette et constante des températures normales depuis les années 90. En 2020, à Strasbourg, elles ont dépassé celles de Lyon en 1950. / © Météo France

Des pics de chaleur à 50 voir 55 degrés Celsius

Yves Hauss précise qu’il s’agit là du scénario où les rejets de gaz à effet de serre ne diminuent pas suffisamment pour contrer ces tendances. Dans le monde, on aurait alors un réchauffement de 5 degrés Celsius en général, d’ici 2100. Plus les émissions de gaz à effet de serre diminuent ces prochaines années, plus le réchauffement et ses impacts se résorberont. « Mais pour l’instant, quand on regarde les courbes, on va vers une augmentation générale des températures en moyenne, et donc des impacts momentanés bien palpables », selon le scientifique.

Il continue : « En Alsace comme ailleurs, toutes les saisons seront plus chaudes. Comme il peut faire quelques degrés de plus à Strasbourg à cause du centre-ville très minéral, cela sera encore plus intense en ville. En été les pics de chaleur seront plus intenses, plus fréquents, plus longs, et ils pourront apparaitre de plus en plus tôt et de plus en plus tard dans l’année. D’ici 2050, on devrait mesurer des pics de chaleur qui iront jusqu’à 50 degrés Celsius, même 55 dans des cas extrêmes. »

Depuis 1950, le nombre de jours de forte chaleur augmente globalement. En tendance, on est passés de 6 jours/an en 1951 à 20 jours/an en 2017, année pendant laquelle des températures supérieures ou égales à 30 degrés ont été mesurées plus de 35 jours à Strasbourg. / © Météo France

Des mois où les températures sont celles de Marseille, voire d’Alger

Pendant certains mois d’été, on mesure déjà aujourd’hui des températures moyennes qui correspondent en théorie au climat de Marseille, voire au climat d’Alger ou de Tunis. Par exemple, les températures enregistrées à Strasbourg au mois d’avril correspondait 6 fois depuis 2007 aux normales de Marseille, parfois presque d’Alger. En Alsace, l’année 2020 a été la plus chaude jamais enregistrée depuis le début des relevés météorologiques.

Ces événements de fortes chaleurs augmentent donc. Parallèlement, les longs épisodes de froid ont tendance à diminuer. « Lorsqu’en hiver on a des températures négatives quelques jours, des personnes remettent en cause le réchauffement climatique. Mais en Alsace, il y a quelques dizaines d’années, les hivers étaient souvent bien plus froids, avec de plus longues périodes de températures négatives, plus récurrentes et plus intenses », indique Yves Hauss. Par exemple, en février 1956, il a fait – 9,3 degrés Celsius en moyenne sur tout le mois. En janvier 1940, la moyenne était de – 7,8 degrés Celsius.

Sur certains mois, les températures moyennes à Strasbourg correspondent au climat méditerranéen. / © Météo France

Des risques d’inondation en hiver

On attend, en hiver, une hausse des précipitations qui tomberont sous forme de pluie. La neige se fera de plus en plus rare d’après le climatologue, y compris dans les Vosges. Il poursuit : « La pluie ruissellera donc immédiatement vers les cours d’eau, impliquant probablement des phénomènes de crues importantes. »

Philippe Ackerer, qui travaille au CNRS sur les prévisions à long terme de débit dans les cours d’eau en Alsace, estime que « les inondations seront possibles et que des aménagements pour contrer ces futures crues doivent être pensés dés maintenant ». Des scientifiques et météorologues estiment par ailleurs que des événements extrêmes comme ceux qui ont causé les inondations meurtrières en Allemagne et en Belgique en juillet dernier, pourraient arriver plus fréquemment à cause du réchauffement climatique.

Yves Hauss évoque aussi les impacts potentiels sur la biodiversité :« Les températures augmentent trop vite pour que les espèces se renouvellent naturellement. Celles qui sont présentent aujourd’hui sont de plus en plus inadaptées. On pourrait donc constater la mort de nombreuses essences végétales à cause de la chaleur et de la sécheresse, et il faudrait beaucoup de temps pour que les écosystèmes se réadaptent. »

En Alsace, les crues pourraient être importantes en hiver à l’avenir, et causer des inondations plus fréquentes. © Paul Radisson

Le sud de le France, menacé de graves sécheresses

Les forêts vosgiennes sont déjà ravagées par endroits, à cause de parasites favorisés par le réchauffement climatique. Autre impact, celui sur les cultures. « Les vignerons auront de plus en plus de difficultés à faire pousser les espèces de vignes cultivées pour obtenir le vin blanc alsacien », annonce Yves Hauss. Selon lui, les agriculteurs en plaine vont peu à peu commencer à planter de nouvelles espèces comme le soja.

Finalement, le météorologue considère que les effets du réchauffement climatique seront encore bien plus préoccupants pour le sud de la France, où la chaleur et la sécheresse pourraient créer des zones quasi-désertiques.

Pour conclure, Yves Hauss explique que le changement climatique est un phénomène mondial : « Les effets ressentis en Alsace dépendent des émissions de gaz à effet de serre dans le monde entier. Le CO2 émis dans l’atmosphère aujourd’hui mettra au moins 100 ans à se dégrader. La réponse à apporter est donc politique, immédiate, forte, et coordonnée mondialement. »

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