Début septembre, l’équipe du tiers-lieu a reçu une lettre du propriétaire du lieu lui demandant de cesser leurs activités. D’après lui, l’utilisation de l’espace ne serait pas conforme aux conditions énoncées dans le bail. L’équipe se mobilise pour éviter une fermeture prévue début octobre.


Le Wagon Souk, c’est tout un petit monde installé dans le quartier de Koenigshoffen au parc Gruber. Magasin gratuit, dispensaire des plantes, friperie solidaire et surtout la cantine d’Adama alias Mama Souk, les initiatives solidaires qui ont pris vie sous l’impulsion du couple d’artistes engagés Hélène et Zaï Mo sont rapidement devenus un soutien pour les plus précaires. 


Une situation difficile à tenir depuis deux ans

Si elle reconnaît que la situation a empiré au cours de ces deux dernières années, Hélène ne s’attendait pas à une décision si soudaine. Aujourd’hui, le propriétaire des lieux estime que le lieu n’est pas adapté aux activités proposées, qu’il dérange le voisinage et exige que l’espace cesse ses activités dès le mois d’octobre prochain.Depuis deux ans on essaie de trouver un maximum de solutions pour pouvoir arranger un petit peu tout le monde… Plus les autres que nous même finalement. Et à chaque solution on se heurte à des murs. Quoi qu’on fasse il y aura toujours quelqu’un pour se plaindre” regrette Hélène.

Pourtant, la co-fondatrice du Wagon Souk explique avoir rencontré plusieurs élus de la Ville ainsi que le propriétaire afin de trouver des solutions pour se conformer aux obligations mentionnées sur le bail : “Ce qui en était ressorti, c’était que le Wagon n’était pas adapté pour des événements en intérieur et donc on s’était engagé à n’organiser que des événements en extérieur.” Et d’ajouter : “Suite à la réunion avec les élus, j’avais envoyé un mail pour qu’on fasse une réunion ensemble [avec le propriétaire] et pour faire un avenant au bail afin de requalifier le lieu, mais il ne m’a jamais répondu.

Pour les gérants qui ont déjà dû faire face à de nombreuses plaintes, pas de doute, cette décision est politique. Selon Hélène, le quartier de Koenigshoffen au sein duquel vivent beaucoup de populations précaires, est frappé par la gentrification : “C’est un quartier qui est en pleine gentrification et c’est un peu un élan global qu’il y a dans le quartier. Les loyers sont en train d’augmenter, l’Hôtel de la rue est parti, maintenant c’est notre tour. C’est vraiment la marginalisation et la stigmatisation des publics précaires et issus de l’immigration.

Le dispensaire des plantes.
© Le Wagon Souk


Un déménagement inévitable ?

Dans tous les cas, le Wagon Souk est destiné à s’installer dans un nouvel espace : “On n’est pas amené à rester dans cet endroit. Le Wagon c’est un projet, ce n’est pas un lieu, ce n’est pas un territoire, ce n’est pas ce genre d’objectif qu’on a. Des Wagons souk, il peut y en avoir partout, tout le temps et ce serait bien d’ailleurs.L’équipe attend en effet une réponse de la Ville, qui aurait proposé de trouver un nouveau lieu plus adapté. Mais voilà, pour l’instant, rien n’est signé et rien n’est acté, donc on est dans l’attente.” précise Hélène. 

Mais même si une solution est finalement trouvée, le Wagon ne pourrait emménager dans le nouvel endroit qu’au printemps prochain et devrait donc cesser ses activités pendant plusieurs mois. Une longue période de pause, inenvisageable pour Hélène : “Le Wagon souk c’est entre 500 et 700 personnes par semaine qui viennent, que ce soit pour les événements, que ce soit pour manger, pour bénéficier du magasin gratuit, ou juste profiter d’un moment de vie humain et convivial, ce qu’il se fait très rare en ce moment.


Une pétition en ligne et une campagne d’affichage

Alors pour pouvoir continuer à exploiter l’espace du parc Gruber le temps de se retourner, l’équipe du Wagon Souk espère bien parvenir à mobiliser les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois : “On est en train de mobiliser les citoyens et les citoyennes de Strasbourg, donc que ce soit les personnes qui connaissent le lieu, qui viennent régulièrement, qui bénéficient des distributions alimentaires, un maximum de gens qui soutiennent le projet.

Une pétition adressée à la maire de Strasbourg a été lancée sur le site change.org et a déjà recueilli près de 1400 signatures. Ce samedi 25 et dimanche 26 septembre, un atelier de création de banderoles de soutien devrait également être organisé. Par la suite, une campagne d’affichage dans la ville devrait aussi voir le jour.

© Caroline Alonso / Pokaa



Droit de réponse de la SCI RIK (propriétaire du lieu qui accueille le Wagon Souk) – 30 septembre 2021

Le 23 septembre 2021, un article portant sur un de nos locataires est paru sur ce site. Intitulé « Le Wagon Souk menacé d’expulsion : l’équipe se mobilise pour éviter la fermeture », cet article déplore une procédure d’expulsion envers le Wagon Souk. A sa lecture, nous nous sommes sentis caricaturés à beaucoup d’égard, et avons donc pensé que le mieux à faire était de partager notre point de vue, afin que chacun puisse se faire son avis avec tous les éléments.

Nous avons pour activité, la gestion de différents locaux situés au Parc Gruber à Strasbourg. Nous les louons à diverses structures, qui ont majoritairement des activités d’ateliers d’artistes ou de bureaux. Le parc Gruber est un lieu d’échange, cosmopolite, où de multiples activités se croisent et se mélangent. Entreprises de conseils, artistes, associations, entreprises de travaux, laboratoire, ateliers participatifs et commerces, chacun ayant ses propres contraintes, envies et rêves.

Pour que ce bassin d’idées puisse fonctionner, il est évident que chacun doit respecter les autres, et l’instauration de règles communes est dès lors inévitable. Et c’est malheureusement dans ce respect des autres que le Wagon Souk s’est montré particulièrement blâmable.

-Le parc comporte de nombreuses parties communes, qui dépendent de tous les propriétaires, et dont chacun peut profiter. Il s’agit des routes, mais également de places de parking, et les entrées de certains locaux. Or, de par ses activités festives, le Wagon Souk semble être entré dans une dynamique de s’approprier pour son seul usage tout l’espace environnant. Il a donc de son propre chef démonté des arceaux pour vélo, et bloqué l’accès livraison de l’association qui lui est voisine. Désormais, cette association doit demander l’autorisation au Wagon Souk pour pouvoir procéder à ses chargements ou déchargements.

Dépendre du bon vouloir de son voisin pour profiter des accès à ses locaux n’est pas une situation normale. Mais le Wagon Souk s’est arrogé ce droit. De même, lorsque les parties communes n’ont plus suffit à son extension, le Wagon Souk a poursuivi sur les terrains privés environnants. Ainsi, les évènements rassemblant parfois plusieurs dizaines de personnes, et les sanitaires au sein du local n’étant plus suffisants, des toilettes sèches ont été implantés sans autorisation sur le terrain d’un autre propriétaire.

Malgré des demandes répétées, le Wagon Souk s’est refusé à retirer cet élément. Et lorsqu’après plusieurs semaines de demandes infructueuses, nous avons finalement fait enlever ces toilettes sèches, l’un des membres du Wagon Souk a physiquement agressé l’un de nos salariés. Nous ne pouvons travailler sereinement avec des personnes s’arrogeant des droits que d’autres n’ont pas, et qui en viennent aux mains dès lors que la situation ne leur convient pas.

A ces désordres impactant les autres usagers du parc s’ajoutent des problèmes à l’intérieur du local. Celui-ci est prévu pour être un atelier d’artiste, et non pour recevoir du public. Cela pose des questions de sécurité importante puisqu’il n’y a pas d’issue de secours. Si un incendie se déclenche dans la partie dédiée à la cuisine, les personnes situées dans le local n’auront aucune issue. Et les mêmes personnes qui nous reprochent aujourd’hui de pointer ce problème, nous demanderont comment nous avons pu laisser faire en cas d’accident dramatique.

Pour ces raisons, nous ne voulons aujourd’hui plus travailler avec le Wagon Souk. Leur refus de prendre en compte les autres personnes du parc n’est plus tenable. Dans l’article, le Wagon Souk dénonce ensuite la gentrification et une hausse des loyers. Sur ces points, nous répondrons que, d’une part, les loyers ont baissé d’environ 5% en 2021, et d’autre part, nous avons offert la moitié des loyers du 4ème trimestre suite aux difficultés causées par la pandémie.

Pour lors, nous avons exhorté notre locataire à se mettre en conformité avec le bail que nous avons établi avec lui, et sur lequel il avait donc exprimé son accord. Si à compter d’un mois après réception de cette demande, le bail n’est toujours pas respecté, la procédure sera lancée. Cependant étant donné que notre locataire à déchiré les documents que nous lui avons fait parvenir sans même les lire, nous supposons qu’il n’a pas l’intention de respecter ses engagements.

Le Wagon Souk est – nous le pensons – sincère et engagé à apporter une aide aux personnes vulnérables. Néanmoins, il semblerait que dans leur démarche, ils aient oublié qu’il faut également vivre avec les autres.

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