Vous vous êtes déjà demandé pourquoi il y avait autant de rues-du-marché-quelque chose à Strasbourg ? Pourquoi certaines artères ont des dates en guise d’intitulé ? Nous aussi, on s’est posé la question. Alors on est allé gratter sous les pavés pour trouver la petite histoire derrière les noms des rues les plus emblématiques de la capitale européenne. Aujourd’hui, déambulation rue Sainte-Madeleine !


© Claire Arbogast / Pokaa

Quai des Bateliers, c’est l’une des bifurcations les plus discrètes mais aussi l’une des plus empruntées, juste devant le palais Rohan. Ruelle colorée, bordée de jardinières et joliment végétalisée en 2019 par le collectif Horizome, la rue Sainte-Madeleine mène directement au cœur de la Krutenau en bordant la place des Orphelins et ses restaurants.

Elle doit son nom au couvent construit dans le quartier au XVe siècle pour les sœurs de l’ordre de Sainte Marie-Madeleine. Aussi appelé couvent des pénitentes, ce bâtiment accueillait d’anciennes prostituées repenties. L’église du même nom, située place de l’étoile, a été construite au début du XXe siècle après qu’un incendie a détruit la première. Puis reconstruite une nouvelle fois, à l’identique, après un bombardement de la Seconde guerre mondiale.

L’impasse des pénitentes est une autre marque du passé du quartier. La rue Sainte Madeleine fut d’ailleurs un temps baptisée Rue des pénitentes au 18e siècle.
© A.Me / Pokaa

Le choix de cette sainte plutôt qu’une autre n’est pas anodin : Sainte Marie-Madeleine est la patronne des prostituées dans la tradition catholique. Cela tient à une confusion entre deux figures féminines mentionnées dans la Bible. Désignée par sa ville d’origine et non par sa parenté masculine – contrairement aux autres femmes citées dans les Écritures – Marie de Magdala était une femme indépendante. Comprendre : divorcée, veuve ou célibataire. Elle fut – selon la Bible toujours – le premier témoin de la résurrection du Christ et de nombreux textes attestent de son influence dans l’entourage de Jésus, lui donnant parfois le titre d’apôtre. L’Église catholique l’a longtemps confondue avec « la pécheresse » mentionnée dans l’évangile selon Saint Luc : une prostituée ayant essuyé les pieds du Christ avec ses cheveux avant de verser sur lui du parfum. Ironie de l’Histoire donc, la sainte patronne des prostituées n’a sans doute jamais exercé ce métier.

Voilà, vous en savez désormais un peu plus sur cette rue discrète et colorée. La prochaine fois que vous tournerez le dos au Palais Rohan pour filer vers la Krutenau, vous pourrez imaginer un temps ou les hautes portes d’un couvent bordaient cette ruelle. Bientôt, c’est derrière la plaque d’une autre rue strasbourgeoise que nous irons gratter…

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