Ils étaient 18 athlètes à Tokyo, venus pour représenter l’Alsace aux JO. 18 sportives et sportifs, connus ou moins connus, qui ont réalisé le rêve d’une vie. Après l’euphorie des Jeux, on est parti à leur rencontre afin de mieux les connaître. Avec, pour la majorité d’entre eux, un nouveau point de mire : Paris 2024. Aujourd’hui, on présente les frères Mawem, premiers représentants masculins de l’équipe de France d’escalade aux Jeux, qui ont régalé le public à Tokyo.



L’escalade, un sport qui favorise le partage

Pour les frères Mawem, Bassa, 36 ans, et Mickael, 31 ans, l’aventure de l’escalade a commencé en Alsace, dans le Haut-Rhin, où ils sont arrivés en 1995. Comme me l’explique Mickael, joint au téléphone : « Mon frère Bassa, il a commencé à 16 ans. Moi j’ai débuté à 11 ans. Ça a été vraiment par hasard. On a toujours aimé le sport et on a toujours voulu chercher le sport qui allait nous plaire. » Rien ne leur avait plu pour le moment, jusqu’à ce qu’ils arrivent près d’un mur, dans une petite salle d’escalade : « Dès qu’on a essayé, on a tout de suite accroché à l’ambiance : très familiale, avec beaucoup de partage. Des choses que l’on retrouvait et que l’on aimait dans nos vies perso. »

Pour les frères Mawem, les progrès en escalade sont venus très vite : « Vu qu’on était un peu casse-cou, on progressait facilement au début. » Mais surtout, ce qui les a attirés dans l’escalade, ce sont des valeurs : « On ne peut pas en faire seul. Il faut être assuré par quelqu’un qui tient ta vie sur une corde, en qui tu dois avoir confiance pour profiter de ce sport à 100 %. À côté de ça il y a ce côté entraide : quand tu vas dans une salle d’escalade aujourd’hui, tu n’es jamais seul dans ton coin. Il y a tout de suite quelqu’un qui va te donner un coup de main. Ça amène au partage, c’est vraiment top. »


Du fun, de la vitesse et du bloc

L’escalade en tant que sport désormais olympique, ce sont trois disciplines : la vitesse, le bloc et la difficulté. Un sport polyvalent qui n’empêche pas les deux grimpeurs haut-rhinois d’avoir leurs préférences : « On a commencé par la difficulté, avec la corde, comme tous les grimpeurs. On a vite passé sur le bloc avec mon frère, parce que le bloc c’est la discipline vraiment fun. Tu partages beaucoup plus, t’es en contact avec tout le monde, que les gens soient bien plus forts ou bien moins forts que toi. »

Niveau ambiance, le bloc est donc rapidement devenu la partie préférée des frères Mawem. Mickael est d’ailleurs devenu champion d’Europe de la discipline en 2019. De son côté néanmoins, Bassa, vice-champion du monde de vitesse en 2018, s’est progressivement concentré sur la vitesse : « Bassa adore la vitesse, la compétition. Donc même s’il aime le bloc, il peut pas trop se permettre d’en faire vis à vis de la vitesse, parce que c’est très traumatisant pour le corps. » Ce qui n’empêche pas les deux frères d’être polyvalents dans les trois disciplines, un pré-requis obligatoire pour se qualifier aux Jeux de Tokyo.

© FFME – Escalade – TQO – Qualifications hommes – CC BY 3.0


Les JO ensemble, la concrétisation d’années de travail

Les Jeux représentent souvent le rêve de n’importe quel athlète. Et alors que l’escalade devient sport olympique pour la première fois à Tokyo, l’objectif des frères Mawem était simple : se qualifier ensemble ! « On s’est toujours mis des objectifs assez hauts et là c’en était un vraiment haut. Il y avait beaucoup de prétendants, que ce soit au niveau français ou international. Il a fallu se battre et y croire jusqu’au bout. C’était top, un bonheur. Et le plus grand des bonheurs, c’est de l’avoir fait ensemble, mon frère et moi. » Au vu de leurs talents de grimpeurs, pas étonnant qu’ils aient franchi cet objectif élevé.

Qualifiés pour les Jeux, ils n’ont tout d’abord pas vraiment réalisé l’importance que cela avait de représenter son sport devant le monde entier. Pour eux, c’était simplement la concrétisation d’un objectif. Maintenant qu’ils sont rentrés, ils réalisent peu à peu : « Aujourd’hui on réalise davantage et on en est très très fiers. Parce qu’on a montré de belles choses, il y avait de l’émotion, les gens l’ont ressentie et on a vraiment des retours de dingue parce que tout le monde a vibré autant que nous et ça c’est cool. » Effectivement, grâce à eux, beaucoup de monde a non seulement découvert l’escalade, mais également vibré devant leurs performances.

© Henning Schlottmann (User:H-stt) – Travail personnel – CC BY-SA 4.0


Le show des frères Mawem à Tokyo

Il faut dire qu’ils n’ont pas fait les choses à moitié aux Jeux. En qualification, c’était le show des frères Mawem : un record olympique de vitesse pour Bassa en 5 secondes 45 que n’aurait pas renié Spiderman, une première place pour Mickael au général et deux qualifications en finale. « Bassa, ce qu’il jouait c’était vraiment la vitesse, avec d’autres spécialistes. C’était vraiment un plus pour nous. Moi, pareil, je fais premier en bloc, troisième en vitesse et je limite la casse en difficulté. Et je rentre largement en finale. On était déjà à notre niveau max. C’était déjà un objectif de fait : se qualifier ensemble en finale des Jeux. » Objectif atteint, avec style.

Malheureusement, une grosse ombre est venue ternir le joli tableau : Bassa se blesse au biceps à la fin des qualifications. « Mon frère s’est blessé lors de la dernière épreuve. Ça ne l’a pas empêché d’aller en finale mais il n’a pas pu participer. » Une vraie déception pour les frères Mawem : « Vraiment vraiment déçu de ça. Faire cette finale ensemble, ça aurait tout changé. Mais c’est comme ça, c’est le sport, le risque c’est la blessure. » Loin de se laisser abattre, Mickael a bien attaqué cette dernière étape : « Bassa a rebondi et moi j’ai attaqué ma finale avec détermination et avec mes tripes. C’était dur de ne pas avoir mon frère à mes côtés, de me dire qu’il n’a pas pu faire cette compet’ jusqu’à la fin. J’ai essayé de ne pas me focaliser là-dessus et j’ai réussi à être à mon maximum. »

Pas de médaille au bout du compte, mais une belle cinquième place finalement pour le grimpeur alsacien, fier de ses Jeux : « Ça s’est joué à pas grand chose pour le podium mais je suis pas déçu. J’ai montré mon niveau, on a bien représenté les frères Mawem et notre sport en France. Donc on en ressort plein d‘étoiles dans les yeux. » Inutile de dire qu’ils en ont mis à beaucoup de Français.


Paris 2024, le prochaine montagne à gravir

Après les Jeux, les sollicitations n’ont fait que grimper pour les frères Mawem. Une aubaine pour deux gros bosseurs, qui passent le plus clair de leur temps libre à faire en sorte de vivre de leur sport : « On travaille, c’est ce qu’on aime faire. On est toujours occupés. On souhaite pouvoir un jour ne plus avoir à penser au besoin de travailler. Et plutôt d’avoir les moyens de vivre comme on le souhaite, sans penser au temps qu’on a. » Une envie de ne pas se poser de limites, afin d’aller toujours plus haut : « On travaille beaucoup aujourd’hui, pour se laisser du temps pour l’après, et ne pas se poser de limites. Comme on ne s’en met pas dans le sport, on travaille pour faire en sorte que ce soit la même chose dans la vie. »

Pour l’escalade néanmoins, l’objectif est déjà clair et fixé : Paris 2024, et rien d’autre. « On se fixe toujours des objectifs sur du long terme. On vise les Jeux de Paris 2024 et uniquement ça. Tout ce qui va venir avant, ce sera de la préparation à la qualification, des étapes. Il y aura des petits objectifs chaque année, mais ce sera davantage des objectifs de progression personnelle plutôt que de résultats. La qualification se fera en 2023 et il restera un an pour arriver le plus fort possible aux Jeux de 2024 ». Où, à coup sûr, ils ne chercheront rien d’autre que grimper sur un podium.

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