Ils étaient 18 athlètes à Tokyo, venus pour représenter l’Alsace aux JO. 18 sportives et sportifs, connus ou moins connus, qui ont réalisé le rêve d’une vie. Après l’euphorie des Jeux, on est parti à leur rencontre afin de mieux les connaître. Avec, pour la majorité d’entre eux, un nouveau point de mire : Paris 2024. Aujourd’hui, on présente Baptiste Mischler, champion de France du 1 500m et participant à 23 ans à ses premiers Jeux.


Le sport, une destinée familiale

Baptiste Mischler a 23 ans, et déjà 8 ans d’athlétisme de haut-niveau dans les cuisses. S’il court depuis l’âge de 5 ans, c’est en grande partie grâce à sa famille, estampillée 100 % sportive : « Mes parents sont d’anciens athlètes, donc c’est logique que les enfants fassent de l’athlétisme. Mon frère Timothée a un niveau national en athlétisme et c’est aussi mon partenaire d’entraînement. Ma grande soeur est elle prof de sport. »

Une famille 100 % sport, sur les pistes comme à la maison : « Les repas tournent forcément beaucoup autour du sport (rires). » Un grand avantage pour le licencié de Brumath, ville dans laquelle Baptiste Mischler vit toujours : « Je ne peux que les remercier, ça donne des facilités pour faire du haut-niveau. »

Un athlète porté par ses valeurs

Au départ pourtant, l’amour de la course n’était pas au zénith. « Quand t’as dix ans, courir pour courir c’est pas le pied. La passion de la course est venue plus tard, quand j’étais plus mature dans ma tête, quand j’ai commencé à m’épanouir. » Ce qui l’a davantage motivé, c’est la rencontre de son entraîneur, aujourd’hui décédé, Hubert Steinmetz. Un formateur qui lui a inculqué des valeurs qui ont nourri son ambition olympique : « Avec Hubert, on avait les mêmes valeurs auxquelles je me suis attaché durant mon enfance. L’ambition, le travail, l’abnégation, la persévérance et la patience. J’étais travailleur, je savais ce que je voulais et ces valeurs m’ont formé comme l’homme que je suis. Il m’a donné envie de faire quelque chose dans la vie, et de nourrir une ambition olympique. »

Des valeurs simples, qu’il continue aujourd’hui d’appliquer dans sa vie. « Je ne laisse pas la moindre place à l’erreur. C’est aussi pour ça que je fais des études d’ingénieur, où j’ai retrouvé ces valeurs. C’est un projet de vie construit à travers le sport. » Le futur ingénieur topographe, qui se trouve actuellement en 5ème année à l’INSA Strasbourg, tente également de transmettre ces valeurs à la jeune génération. Une tâche pas forcément aisée : « Ces valeurs sont très simples dans la vie, mais on les perd un peu aujourd’hui auprès des plus jeunes, qui veulent un peu tout tout de suite. »

© Yann Caradec from Paris, France – Meeting de Paris, Stade Charlety – 30 juin 2018 – CC BY-SA 2.0


Un rêve et des étoiles dans les yeux

Baptiste s’est mis à rêver des Jeux sur 1 500m, lorsqu’un Alsacien s’est révélé aux yeux du monde. Son nom ? Medhi Baala. « Mon rêve a débuté en 2003, j’ai commencé l’athlé et là c’était vraiment un rêve de gamin. Quand j’ai vu Mehdi Baala recevoir une médaille à Paris – le coureur alsacien a pris la deuxième place des championnats du monde en 2003, ndlr. Quand je le vois, j’ai eu les étoiles dans les yeux. Et je me suis dit que je voulais faire pareil. »

Petit à petit, le rêve se transforme en travail. Puis en résultats : « La graine a été plantée en 2013 avec ma première sélection chez les jeunes en équipe de France. J’ai pu participer aux Jeux Olympiques européens pour les jeunes. » Désormais, Baptiste Mischler, fort d’une médaille d’argent aux championnats d’Europe juniors sur 1 500 m, a un objectif dans le viseur : « Je m’étais dit que Tokyo, en 2020 à l’époque, c’était possible. » D’un rêve, il en a fait une réalité.

© Laurent Nagel – Document remis


Une préparation aux Jeux intense et compliquée

Mais en 2020, le Covid se propage partout. Toute la vie telle qu’on la connaissait s’arrête et les Jeux de Tokyo sont reportés d’un an. Ce que beaucoup ont vécu comme un coup dur, le demi-fondeur alsacien l’a vécu comme une aubaine : « Pour moi ça a été presque un avantage qu’ils soient décalés. J’aurais été vraiment juste en 2020. Alors pendant le confinement, j’ai mis les bouchées doubles pour progresser. Le travail de l’an dernier a payé cet année. Je me suis vraiment entraîné d’arrache-pied. » 

Pourtant, l’année 2021 n’a pas été facile pour l’athlète alsacien : « Émotionnellement, ça a été compliqué puisqu’il a fallu trouver un nouvel entraîneur avec le décès d’Hubert. Heureusement, j’en ai trouvé un avec qui je m’entends très bien – Jen-Claude Vollmer, ndlr . En plus, l’année Covid, avec les cours, sans les copains, c’était compliqué. Même en temps que sportif, on n’est pas des machines. On a besoin de voir du monde. »

Cela ne l’a pas empêché d’énormément progresser sur sa distance de 1 500 m : « Je suis passé de 3’37 à 3’32 en un an, ce qui est vraiment pas mal. » Avec près de 5 secondes glanées sur ses temps, il arrive en confiance sur le mois de juin. Tout de même avec une énorme pression : réussir à se qualifier aux Jeux, sur le championnat de France. Et comme un hommage à Hubert Steinmetz, Baptiste Mischler remporte le titre sur 1 500 m. Une délivrance : « C’était une explosion de joie. Ce titre je l’attendais depuis des années. J’ai fini deux fois deuxième. C’était une délivrance, un soulagement et une certitude que j’étais fait pour faire du haut niveau. »

© Quentin Felden Photographie – Document remis


Tokyo : entre Covid et grandiose

Les Jeux de Tokyo resteront forcément dans l’histoire comme les premiers Jeux Covid. Disputés à huis-clos, dans des conditions sanitaire compliquées à gérer pour les athlètes, ils ont souvent soufflé le chaud et le froid. Entre joie d’être présents et l’ambiance étrange. « Avec l’athlé, on était dix jours avant à Kobe, à 500km de Tokyo, enfermés dans un hôtel. On avait le droit de s’entraîner et de manger, c’est tout. Le temps a été très long. Une fois arrivés au village olympique, c’était la délivrance, malgré le Covid. C’était un peu vide quand même, donc c’était à contre-courant. Mais le reste était grandiose. »

Une fois dans le stade olympique, ayant réalisé un rêve d’enfant, Baptiste Mischler était prêt pour la bagarre du 1 500, malgré le huis-clos : « Le stade olympique ça fait rêver, même si sans public ça manquait un peu de charme. Mais pour moi ça change rien ; quand on est dans notre truc, on ne voit pas ce qu’il y a autour. En tant que supporter, c’était quand même un peu tristounet. » Malheureusement, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu : « Je voulais me qualifier pour la demie, ça passe à 27 centièmes près donc c’est rageant. J’aurais pu viser la place dans les qualifiés, mais ça montre aussi qu’on reste humain. J’étais venu avec d’autres ambitions que de faire « de la figuration ». Je me suis battu mais c’est passé à trois fois rien. »

© AFP/Jewel SAMAD – Document remis


Aller encore plus vite, encore plus haut, encore plus fort

Rentré déçu des Jeux, le jeune homme a pu un peu se détendre en famille. « Je joue un peu de guitare à côté pour me détendre. Mais si ce n’est pas de la course à pied, je vais voir mon kiné, je vais dormir, je fais des siestes toutes les aprèm. J’ai la chance d’avoir ma famille au quotidien. Sinon je suis fan de photo, de vidéos, de musique. Je lis beaucoup aussi. En fait, tout le temps apprendre, connaître de nouvelles choses, être curieux. »

Et ce n’est pas la déception de Tokyo qui va l’arrêter dans sa foulée, bien au contraire. Dans un calendrier chargé, Baptiste Mischler va continuer de courir. Avec Paris 2024 en point de mire :  « Après chaque olympiade on a un plan pour préparer les prochaines. L’an prochain il y a les championnats du monde en juillet à Eugene aux USA et également les championnats d’Europe à Munich en août. Donc l’année 2022 sera très chargée, 2023 sera un peu plus light même s’il y aura peut-être à nouveau des championnats du monde et en 2024 ce sont les JO. »

Pour se donner les moyens, Baptiste Mischler va devoir encore descendre ses chronos. Avec un objectif bien précis : « Au terme des trois années qui vont venir, j’ai l’objectif de passer sous les 3’30 au 1 500m. » Soit une vitesse de presque 26km/h. Un temps qui le mettrait largement au niveau d’une finale olympique. Et pourquoi pas titiller le record de France, détenu par Medhi Baala, en 3’28’’98. Ce qui représenterait un beau symbole, près de 20 ans plus tard. Où les étoiles dans les yeux sont devenues, à force de travail, des possibilités bien réelles.

Photo de couverture : © Page Facebook de la FFA

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