Samedi 12 juin, environ 10 000 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg pour la marche des visibilités. L’occasion de se retrouver, de faire la fête, mais aussi de revendiquer, notamment la PMA pour toutes et tous. Reportage.



Sur les marches du parvis universitaire, Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg, prend la parole ce samedi 12 juin, peu avant le départ de la marche des visibilités : « Aucun droit et aucune liberté ne doit dépendre de l’apparence, de l’identité, de l’attitude d’une personne, c’est cela que nous sommes venus clamer aujourd’hui. » Une marée humaine teintée arc-en-ciel se constitue. Les tenues sont excentriques, colorées. L’ambiance est festive, « mais aussi très revendicative », insiste Solange, au départ du cortège, vers 14h30 : « Aujourd’hui, la réalité, c’est que quand on est lesbiennes, gays, queer, intersexes, asexués, on subit plus de violences. On en a marre. »

Matthieu Wurtz est le président du collectif LGBTQI + Festigays, qui organise la marche. « C’est très important de montrer qu’on est là, qu’on existe, on veut juste vivre libre, comme les autres », tonne t-il, mégaphone à la main. La manifestation, parsemée d’enceintes qui émettent de la musique, s’élance quai des Bateliers. On ne voit pas le bout.

« C’est très violent quand on sort de la norme hétéro »

Iggy est venue de Mulhouse avec quelques membres de l’association Hêtre, qui accompagne des jeunes LGBTQI+ : « Il y a trop de jugement dans la société. C’est très violent quand on sort de la norme hétéro, encore maintenant. Là, ça fait un bien fou d’être en nombre. C’est une respiration. » Jade, Flora, Cyril et Noémie savourent aussi la fête : « Des jeunes se retrouvent à la rue, souvent, parce qu’ils ou elles sont rejetés par leur famille. Il y a des situations dramatiques. On a l’impression que tout le monde est ouvert d’esprit ici, ça fait du bien ! On est de plus en plus ! »

© Martin Lelièvre

De très nombreuses pancartes demandent « l’accès à la PMA (Procréation médicalement assistée) pour tou.te.s ». Marianne glisse : « Moi je suis bi, peut-être que j’y aurai recours. » Le parlement débat en ce moment sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. « Mais dans le texte, ils n’incluent pas les trans. Ras-le-cul de ces vieux mecs de droite qui veulent décider de nos vies à nos places », se scandalise Noa.

Un lien marqué entre les luttes LGBTQI+ et antifasciste

En fin de cortège, le Bloc Révolutionnaire Insurectionnel et féministe (B.R.I.F) donne de la voix : « Siamo Tutti Antifascisti », « À bas l’État policier ». Une militante explique « l’importance de l’engagement des féministes dans les toutes les luttes contre les oppressions ». Un tract qu’elle distribue rappelle : « Le féminisme est un mouvement social et une analyse politique critique pour faire entendre la voix de toutes les personnes opprimées. […] En tant que tel, le féminisme ne peut être qu’antiraciste, anticapitaliste, sex-positif, antiviriliste, antivalidiste, anticolonialiste et pro queer. »

© Martin Lelièvre

La quasi-totalité des 500 personnes présentes à la marche contre les idées d’extrême droite qui avait lieu le même jour de 13h à 14h15 ont rejoint la marche des visibilités. Pour Cem, le lien entre les luttes LGBTQI+ et antifasciste est évident : « L’extrême droite se mobilise systématiquement contre les droits des personnes LGBTQI+. On l’a vu à Strasbourg et à Lyon, récemment, avec les manifestations contre la PMA. » Idir, du mouvement Révolution permanente, ajoute : « Le climat politique qui penche vers la droite en ce moment est problématique pour toutes les personnes opprimées. Il faut une réponse de la jeunesse et des mouvements progressistes. »

Deux interpellations en fin de manifestation

Le défilé passe par la rue des Grandes Arcades, les places Kléber et Broglie. Difficile d’estimer leur nombre, mais les manifestant.es sont certainement plus de 10 000. Au milieu de la parade, des militant.es font flotter une immense banderole arc-en-ciel. Il est 16h15 quand la tête arrive au Palais universitaire.

Sur le pont d’Auvergne, une vingtaine de personnes s’insurgent de l’arrestation violente de deux manifestants. Plusieurs témoins racontent :« Deux policiers à moto sont arrivés à fond et ils ont bloqué un gars qui ne faisait rien, presque en lui fonçant dedans. Son pote est venu le soutenir, ils l’ont aussi gardé. » Selon un policier interrogé sur place, « les deux sont interpellés pour ivresse publique et manifeste ». Ils sont emmenés dans un véhicule de la police nationale.

À quelques pas, les manifestants et manifestantes continuent de danser sur la place de l’Université. Des petits groupes s’assoient dans l’herbe, dans une ambiance très estivale. Le manifestation est arrivée à son terme mais la fête, elle, n’est pas finie.

Photos : Martin Lelièvre

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