Ce 23 avril à Strasbourg, plus de 200 personnes étaient réunies contre la réforme de l’assurance chômage, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet 2021. Celle-ci aura notamment pour conséquence une diminution des indemnités chômage de plusieurs centaines d’euros pour des millions de Français. Reportage.


« Cette réforme va faire basculer des centaines de milliers de chômeurs et de travailleurs précaires dans la misère ! », assure Brigitte, de la CGT. Avec plus de 200 personnes, elle manifeste en cette matinée du 23 avril contre la réforme de l’assurance chômage. Le cortège part à 11h30 de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny. La militante poursuit :

« Face à la crise sanitaire, le gouvernement a donné ou prêté des milliards d’euros aux sociétés du CAC 40, qui continuent à verser des dividendes à leurs actionnaires tout en licenciant massivement. L’État fait aussi cadeau de 20 milliards d’euros aux entreprises tous les ans à travers le CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), censé encourager l’emploi, mais qui n’en a créé que 100 000 en 5 ans. Avec la réforme de l’assurance chômage, Macron veut économiser 2,3 milliards d’euros par an seulement. C’est ridicule et ça aura de lourdes conséquences. Moi je cotise pour être solidaire, pas pour encourager des entreprises qui enrichissent leurs actionnaires.« 

© Thibault Vetter

40% des chômeurs perdront 200 euros par mois

Parmi les éléments particulièrement décriés de la réforme, il y a l’augmentation de 4 à 6 mois de la période travaillée pour pouvoir s’inscrire comme demandeur d’emploi. Aussi, pour calculer le salaire journalier de référence, on ne tiendra plus compte des seuls jours travaillés, mais aussi des périodes chômées : la moyenne du salaire et les indemnités s’effondreront donc.

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En tête de cortège, Boris Ruck, du comité chômeurs et travailleurs précaires, tient la banderole. Il est scandalisé par le contenu de la réforme, dont l’entrée en vigueur est prévue au 1er juillet 2021. Ses premières dispositions ont été mises en place en novembre 2019. « Dans la période actuelle, c’est exactement l’inverse que l’on devrait faire », s’insurge le militant :

« En France, il y a 10 millions de chômeurs, dont 9 millions ont moins de 950 euros par mois et 3 millions touchent moins de 500 euros mensuels. 40% des chômeurs perdront 200 euros par mois et 400 000 auront 400 euros mensuels en moins en moyenne. La précarité va très fortement augmenter, avec des conséquences graves pour certains. Notre réalité, c’est la peur des huissiers, le frigo vide, les divorces, les suicides ou la rue. Le gouvernement choisit de nous enfoncer encore plus. »

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Un marché du travail du plus en plus dur

Boris insiste sur la précarisation croissante du marché du travail : « Il y a de moins en moins de boulot. 87% des embauches se font en CDD, ce qui implique des périodes de chômage régulières pour les gens. Nous revendiquons le retour des cotisations sociales pour le chômage et une indemnisation de tous les sans-emplois à hauteur du SMIC. Il faut augmenter les salaires bruts dans les entreprises en remettant en place et en augmentant les cotisations sociales chômage des salariés pour financer une indemnité chômage digne à tous les demandeurs d’emploi. Ce n’est pas à nous de trinquer si le système nous précarise. »

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La manifestation avance, ambiancée par deux percussionnistes et un instrument à corde appelé cura. Antoine Splet, conseiller municipal PCF à Schiltigheim, est présent dans le cortège. Pour lui, le gouvernement « fait la chasse aux chômeurs au lieu de faire la chasse au chômage » :

« Cette réforme est le produit d’une idéologie purement libérale. Nous proposons exactement le contre-pied : les services publics devraient embaucher massivement, notamment pour le soins. Il faudrait aussi taxer l’usage des CDD et passer à la semaine de 32 heures pour provoquer un gisement de 4 millions d’emplois. »

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Les occupants du TNS dans la mobilisation

Une dizaine d’étudiants et occupants du Théâtre National de Strasbourg manifestent aussi. Marion estime que « la réouverture des lieux de culture est devenue la dernière des revendications » de son mouvement :

« Dans la culture comme les autres domaines, la priorité, c’est des protections sociales. Par exemple, une réouverture des théâtres sans prolongation et extension de l’année blanche – indemnisation des intermittents jusqu’au 31 août 2021 pour l’instant – à tous les travailleurs précaires ne voudrait rien dire. »

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Gaël est venu avec quelques amis archéologues. Il fait partie des personnes qui seront très touchées par la réforme à venir :

« Aujourd’hui, quasiment tous les archéologues qui commencent sont obligés d’être autoentrepreneurs. Ils sont payés à la prestation par des grosses boites. Et sinon, il y a énormément de CDD de 2 ou 3 mois, donc forcément, des temps de chômage qui seront de plus en plus difficiles. Comme dans tous les domaines, le travail se précarise et les moments de non-activité sont récurrents. Avec la période travaillée de 6 mois et le peu de contrats possibles, il faudra attendre très longtemps avant de pouvoir recharger notre chômage.« 

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Prochain gros rendez-vous : le 1er mai

À l’arrivée devant le TNS vers 12h30, des prises de parole se succèdent. Un représentant de la CGT spectacle pointe du doigt « la mise à mal de l’emploi » :

« Les politiques néolibérales, vont dans le sens de la délocalisation du travail. Nous sommes pour la relocalisation et la diminution du temps de travail, qui permettraient de créer de nombreux emplois. Aussi, la CGT planche sur un nouveau statut salarié, impliquant notamment le droit de conserver un emploi jusqu’à en retrouver un autre. »

Puis, le forum des étudiants du TNS débute un peu après 13h. Le thème aujourd’hui : l’ubérisation de la société, qui conduit à la précarisation des travailleurs. Des livreurs Deliveroo sont invités à raconter leur expérience. La majeure partie des manifestants reste sur place. Tous appellent au rassemblement du 1er mai, dont l’organisation sera notamment discutée mardi 27 avril à 16h dans l’amphithéâtre Ortscheidt, dans le bâtiment Escarpe, sur le campus universitaire.

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