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Le premier crime de masse perpétré sur le sol français a peut-être eu lieu en Alsace

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En 2016, les chercheurs de l’INRAP ont mis au jour les restes de dix individus massacrés au fond d’un vaste silo de 2,50m de diamètre. Une découverte étrange datant d’une époque lointaine et située à seulement quelques minutes de Strasbourg. Tirons cela au clair !


J’ai toujours eu un faible pour les faits divers. Ce qu’ils révèlent de notre (in)humanité, ce qu’ils disent de notre société. Mais alors qu’en est-il à la préhistoire, à une époque où l’humain, justement, ne faisait pas encore société ? Qu’est-ce que les premiers crimes peuvent bien nous dire de nos ancêtres aux cheveux sales ?

Pour comprendre tout ça, pas besoin d’aller bien loin. Il suffit de faire un tour du côté d’Achenheim, à tout juste 10km de Strasbourg en longeant le canal de la Bruche à vélo. Bon, par contre, il va falloir faire un tout petit effort d’imagination. Oublions le canal, les routes, les maisons et tout le décorum. Nous voilà 6000 ans en arrière. En plein néolithique.

Le néolithique est un jalon important dans notre (pré)histoire puisque c’est à ce moment que l’humain abandonne progressivement son mode de vie nomade fait de chasse et de cueillette pour commencer à se sédentariser. C’est le temps de l’agriculture et de l’élevage. Mais on ne peut pas dire que ce soit le temps des copains, car c’est aussi à cette époque que surviennent les premiers conflits violents entre humains.

Normal. À partir du moment où tu choisis un endroit, que tu t’y installes et que tu le fais fructifier, tu vas avoir envie de le défendre. C’est donc dans ce contexte bien particulier qu’aurait eu lieu le premier crime de masse sur le territoire de la France actuelle. Et pas n’importe où en France. En Alsace, à Achenheim donc ! En plus d’avoir inventé la flammenkueche, le bretzel et la choucroute, on a aussi créé le crime.

Détail des nombreuses fractures visibles sur un crâne d’homme adulte (© Michel Christen / Inrap)

C’est en effet en 2016 que les chercheurs de l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) ont mis au jour les restes de dix individus massacrés au fond d’un vaste silo de 2,50m de diamètre (un silo permettait de stocker des céréales). Comment sait-on qu’ils n’ont pas juste trébuché l’un après l’autre au même endroit à cause d’une racine vicieuse ? Eh bien, disons que si six corps sont entiers, le reste est composé de quatre membres isolés : des bras gauches – et je ne crois pas que des bras gauches peuvent trébucher tout seuls. En outre, ces six squelettes d’hommes entiers ont tous reçu de multiples fractures qui prouvent un véritable acharnement. En gros, il y a un mec qui à l’époque s’est rendu compte qu’un silex, ça tranchait aussi des membres et que la hache ne servait pas qu’à abattre des arbres.

Le tout aurait été jeté pêle-mêle comme certains indélicats jettent leurs déchets dans une décharge sauvage en bordure de champ au petit matin. Vite fait, mal fait.

Cela prouve une chose ; ce n’était pas des habitants du village. Sinon ils auraient reçu une sépulture, il y aurait eu des funérailles. Ce fut donc probablement ce qu’on appelle des prises de trophées, ramenées sur place, certainement après un raid contre un groupe ennemi. L’outrage fait à ces corps laisse en effet penser qu’ils étaient considérés comme des étrangers, ne faisant pas partie de la même humanité. Il est intéressant de constater que c’est à cette époque que le groupe culturel alors dominant dans la région va se faire progressivement remplacer par autre groupe venu d’ailleurs. Ceci expliquant certainement cela.

Ces deux facteurs liés au mode de vie (sédentarisation = défense de ses ressources et de ses réserves alimentaires) et aux frictions territoriales entre groupes régionaux auraient donc donné naissance au plus ancien massacre que l’on connaisse en France. Ici, en Alsace.



© Photo de couverture : vue générale de la fosse 124 d’Achenheim / Philippe Lefranc, Inrap

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